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Liberté, santé, inégalités

Voici la réflexion d’un citoyen Eric Bégé sur l’état de nos services de Santé dans la Vallée de la Seine.

Un citoyen sur liste d’attente
— Tu as un médecin traitant ?
— Non. Le mien est parti à la retraite. Cela fait bientôt trois ans que je n’ai pas consulté. D’ailleurs, je cherche un dermatologue. Tu en connais un ?
Cette conversation ne se déroule pas au fin fond d’un désert médical. Elle se déroule à Poissy.
Et pourtant, notre ville ne reste pas inactive face aux problèmes de santé. Poissy est à l’origine du premier centre de vaccination Covid « Chez Mauricette ». Elle soutient également la prévention à travers la Maison Bleue, les campagnes Octobre Rose et Movember, ou encore des activités sportives et des consultations ponctuelles de dermatologie organisées place de la République. Nous avons un hôpital de qualité, des professionnels compétents, une maison de santé.
Mais le sentiment qui en ressort est que la situation se dégrade. Obtenir un rendez-vous chez certains spécialistes relève parfois du parcours du combattant.
Selon l’indicateur APL (Accessibilité Potentielle Localisée) de 2023, Poissy dispose d’une densité de médecins généralistes supérieure à la moyenne nationale. Pourquoi sommes-nous alors si nombreux à galérer pour trouver un généraliste à Poissy ? Pourquoi ce décalage avec le réel ?
La Maison de santé de la Collégiale affiche clairement : « Nos médecins généralistes ne prennent plus de nouveaux patients », comme la plupart de nos praticiens de la médecine de ville. Il est possible d’obtenir un rendez-vous d’urgence, mais qu’en est-il du suivi ?
Les médecins de Poissy ne soignent pas seulement la population de Poissy, mais aussi celle de Carrières-sous-Poissy, Villennes-sur-Seine, Chambourcy, Achères, Orgeval et Médan. Or, les Yvelines ont perdu 20 % de leurs généralistes en dix ans.
Les médecins ont eux aussi vu leur rapport au travail évoluer. De nombreux praticiens approchent de la retraite et les nouvelles générations aspirent à davantage d’équilibre entre vie professionnelle et vie personnelle. Le temps partiel et la diversification des modes d’exercice font également partie de cette évolution.
Alors, pouvons-nous trouver des solutions ensemble ? Que peut faire une ville lorsqu’un besoin essentiel de ses habitants n’est plus correctement satisfait ?
Elle ne forme pas les médecins. Elle ne décide pas de l’organisation nationale du système de santé. Pourtant, est-elle totalement impuissante ? Certaines collectivités expérimentent des solutions. Elles financent des maisons de santé, Poissy en est déjà pourvu, accompagnent l’installation de praticiens ou soutiennent les étudiants en médecine en échange d’un engagement d’exercice sur le territoire pendant quelques années.
La ville peut-elle aller plus loin ? Faciliter l’installation de jeunes praticiens, mettre des locaux à disposition, accompagner le recrutement ou renforcer les structures existantes ? Le CPTS (Communauté Professionnelle Territoriale de Santé) tente d’organiser et de répondre à ces questions.
Mais un acteur est absent de ces discussions : le patient, le citoyen. Pourtant, ce citoyen est capable de comprendre les contraintes, les arbitrages et d’apporter sa contribution à la réflexion collective.
Interrogeons-nous sur ce problème national qui devient également notre problème municipal. Notre système de santé repose sur un financement collectif par l’intermédiaire de l’Assurance maladie. Il est donc légitime que les citoyens s’interrogent sur son organisation lorsque l’accès aux soins devient plus difficile.
La présence des médecins sur le territoire est-elle mal répartie ? C’est une évidence pour la Cour des comptes. D’autres professions de santé, comme les pharmaciens, les infirmiers ou les sages-femmes, sont soumises à la législation destinée à mieux les répartir sur le territoire. Pourquoi cette question reste-t-elle si sensible lorsqu’il s’agit des médecins généralistes ? Quels seraient les bénéfices, les limites ou les risques d’une régulation plus forte de leur installation ? La Cour des comptes a souligné à plusieurs reprises que les aides financières à l’installation n’avaient pas permis, à elles seules, de résoudre durablement la question des déserts médicaux.
La maladie nous concerne tous. Nous avons tous un proche confronté au cancer, à la dépendance, à la santé mentale ou aux maladies chroniques. Il y a 80 ans naissait notre système de santé basé sur la solidarité ; la France de 2026 a-t-elle moins de moyens qu’au sortir de la guerre dans un pays dévasté ? C’est face à ce constat qu’il est temps d’ouvrir un débat local.
Un habitant qui ne trouve plus de médecin, c’est un problème de santé publique. C’est aussi une question d’égalité territoriale et de cohésion sociale. Poissy investit dans ses logements, ses équipements et ses transports ; ne laissons pas l’offre de santé devenir le maillon faible de son attractivité.
Je crois en l’intelligence collective. Organisons une grande réflexion pour faire l’état des lieux de la santé dans notre commune. Réunissons habitants, CPTS, professionnels de santé, associations, mutuelles et élus à Poissy pour comprendre les besoins et les attentes de chacun sur notre territoire. Impliquons les collectivités locales, les professionnels de santé et les habitants. Ensemble trouvons les moyens d’améliorer l’accès aux soins pour tous. Le prix de l’inaction sera bien plus élevé que celui de l’action. Accepter que ces difficultés d’accès persistent, c’est accepter que les inégalités se creusent davantage.
Habiter un territoire, c’est pouvoir se soigner, accompagner ses proches, vieillir dignement et trouver autour de soi les institutions qui prennent soin de notre bien le plus précieux : notre santé.

Une réflexion citoyenne d’Eric Bégé