VARENYKY
Photo de Marina. S
L’été permet de nous évader dans la gastronomie et dans l’imaginaire lointaine.
– Pour ton anniversaire, qu’est-ce que tu aimerais manger ?
– Des varenyky !
– Ok rendez-vous chez moi 10h30 dans ma cuisine.
Qu’est-ce qui console, qu’est-ce qui rassemble, qu’est-ce qui nous ramène à l’enfance ?
Le Réseau Européen de Poissy fête ses trois ans, et pour célébrer ce jour anniversaire d’une association qui œuvre pour le partage et la solidarité, les filles ont décidé de confectionner des varenyky.
Ce petit ravioli a le mérite de rassembler, exactement comme le fait l’association Repy. On le retrouve dans de nombreuses cultures : de Varsovie à Kiev, de Tallinn à Bucarest, presque toute l’Europe possède son ravioli familial. Les noms changent, le geste reste le même.
Lundi 10h30 dans la cuisine de Marina :
La préparation bat son plein. Réunie pour pétrir la pâte, l’équipe est disciplinée, dans une ambiance détendue, autour d’Oksana, la championne toutes catégories confondues qui vous confectionne cinquante ravioles en quarante-cinq minutes ! Façonner les varenyky et les manger ensemble, le tout accompagné de blagues et de chansons : une cuisine simple et délicieuse comme ces moments de convivialité qui font du bien.
Car, pour ne rien vous cacher, mon moral n’est pas au beau fixe. Entre les guerres et les incendies qui brûlent dans toute l’Europe, il est parfois difficile de garder le sourire. Je repense à ma grand-mère qui, comme toutes les mères et grands-mères du monde, sentait très bien mes moments de vague à l’âme. Elle avait pour ça le meilleur antidépresseur, le plus efficace : ses fantastiques cannellonis avec une montagne de crêpes en dessert que je faisais sauter dans la poêle avec elle. Nous avons tous en mémoire les odeurs de ces moments qui réchauffent le cœur, souvenirs de notre enfance à jamais inoubliables.
Une chanson très personnelle me trotte alors dans la tête : « Recette pour un cake d’amour », tirée du film Peau d’Âne et interprétée par Catherine Deneuve. « Incorporez beaucoup d’amour dans la pâte… »
Je confesse être meilleur goûteur que cuisinier. Mais parfois il faut savoir déléguer ! Ce soir, j’ai mangé les fameux varenyky ukrainiens. Je me suis régalé avec ce petit ravioli confectionné par des Françaises et des Ukrainiennes, preuve que la table sera toujours le meilleur des réconforts dans les moments difficiles : un bon moment de partage où la conversation légère incorpore de l’amour dans nos vies.
La guerre divise les peuples et la cuisine les rassemble, c’est peut-être ça notre langue commune : le partage d’un plat simple entre ami(e)s. Ce soir, les varenyky ne sont plus ukrainiens, ils sont pisciacais.
À table.
Une contribution d’Éric Bégé



