Data Centers en France : Un enjeu stratégique pour les territoires
Alors que le site Stellantis à Poissy traverse une période d’incertitude, il est opportun de se projeter dans l’avenir. Et si les data centers pouvaient remplacer la construction d’automobiles ? (Photo, un data center dernière génération, à Pékin. DR)
Alors que notre consommation en données augmente de façon exponentielle, les stocker est un enjeu très important. C’est dans cette optique que vous avez certainement déjà entendu parler des data centers. Ce sont des bâtiments hautement techniques conçus pour héberger, sécuriser et gérer les équipements informatiques essentiels au stockage et au traitement des données. D’après un article du site OpenData du 1er avril 2026, il existait près de 11 800 data center dans le Monde en novembre 2025.(1)
Les Etats-Unis recensent à eux seuls plus d’un tiers des data centers mondiaux (plus de 4 000) en 2026 et l’Europe en dénombre elle près de 3500 en 2025
En France, on compte près de 350 data centers, regroupés pour leur grande majorité en Île de France. Et leur nombre croit sans cesse. De plus en plus de projets de construction de data centers fleurissent partout sur le territoire français depuis de nombreuses années. Mais ces nouveaux projets, ainsi que ceux déjà implantés, posent de nombreux enjeux et des questions.
Un marché immense ou le risque d’accaparation des richesses par les techno Bro
A ce jour, le marché des data centers est en pleine expansion. En termes de quantité, mais aussi en termes de qualité. Et notamment de la qualité des acteurs qui investissent dans ce marché. Les géants de la tech tels que les américains Microsoft, Google et le chinois AWS investissent énormément pour avoir leurs propres data centers. Par ailleurs, avec l’évolution récente gigantesque de l’IA, la demande d’énergie et de stockage de cette dernière a dû être poussée à son maximum, augmentant la chaleur générée, ainsi que les besoins en refroidissement. Certes, des critiques existent depuis dix ans : Karen Hao, auteur de l’Empire of AI: Dreams and Nightmares in Sam Altman’s OpenAI, (2) avance la thèse que l’IA c’est l’accumulation des procédures ; au fond, il s’agit de s’accaparer du savoir-faire collectif de l’humanité et de le vendre comme un service public (utility). En outre, les techno Bro cherchent à s’approprier les ressources (foncier, eau, et main d’œuvre) pour devenir les nouveaux maîtres de l’Univers.
Ce marché grandissant et relancé notamment par le président Emmanuel Macron lors de la neuvième édition du sommet de l’innovation Choose France cette année, doit aussi permettre à la France de conserver sa souveraineté sur ses données et leur stockage.
Un autre enjeu du marché des data centers est sa décentralisation. Alors que la majorité du marché est implantée à Paris, des entreprises ont vu le jour et se développent ailleurs en France. A Marseille, Damien Desanti a ainsi créé Phocea DC, des infrastructures locales et techniques à haute efficacité énergétique. Leur idée ? Promouvoir une intégration harmonieuse des data centers dans les villes et réduire leur impact environnemental. A Lille, Louis Blanchot a de son côté créé Etix, le leader français du data center.
Une triple nécessité ou un mirage ?
Un des arguments majeurs mis en avant par les constructeurs de data centers est la création d’emplois. En effet, la construction des data centers permet de créer de très nombreux emplois. D’ici 2030, les experts estiment que la construction de data centers créera environ 50 000 emplois directs dans le BTP. Cette idée est souvent débattue et parfois franchement remise en question. Car si la construction des data centers génère des dizaines de milliers d’emplois, leur maintenance et les quelques réparations qu’ils doivent subir en créent beaucoup moins. D’après le cabinet Trendeo, 67 milliards d’euros ont été investis dans le domaine des data centers en France en 2025, pour seulement 2800 emplois créés.
L’autre doute important qui entoure les data centers réside dans leur impact écologique. Ces centres de stockage de données génèrent une chaleur gigantesque qui n’est souvent pas utilisée, pour chauffer des habitations par exemple, comme le préconisent certains détracteurs de ces constructions. Enfin, le site Reporterre (3) a mis en avant la consommation en eau et en sols énormes de ces constructions, fragilisant des ressources majeures. Ce site Internet a également soulevé les critiques venant des riverains au sujet du bruit «énorme» généré par ces constructions.
Les data centers ont aussi suscité une importante vague de contestations de la part de militants écologistes. Ces contestations se sont manifestées autant aux Etats-Unis, dans l’Oregon notamment. En France, la montée en puissance récente des data centers, notamment liée à l’essor de l’IA, provoque également d’importantes contestations, comme à Tours dans le centre de la France.
Dans les Yvelines, un data center a récemment été mis en activité dans la commune d’Aubergenville. En déplacement sur le site yvelinois, le 31 mai 2026, Roland Lescure, ministre de l’Economie, des Finances et de la souveraineté industrielle, énergétique et numérique, a rappelé la triple nécessité des politiques publiques : « souveraineté des données, création d’emplois et réussite de la transition écologique ». De surcroît, c’est un effort de plus pour la ré-industrialisation de la Vallée de la Seine. La société Thésée Datacenter a encore prévu d’investir 60 millions d’euros et d’augmenter la capacité à 10 mégawatts. Le chantier doit commencer en 2027.
Au mois de juin 2026, 52 nouveaux projets de data centers sont en cours de construction en France. Il sera important d’organiser un débat public afin d’évaluer les avantages et inconvénients de ces sites, par rapport à l’utilité du centre de Poissy et de tous ceux de la Vallée de la Seine par exemple.
Notes
- Combien de data centers en France 2026 : 350 sites et 714 MW
- Empire of AI: Dreams and Nightmares in Sam Altman’s OpenAI. Karen Hao. New York: Penguin, 2025. 496 pp.
- Article « Un bruit constant » : en Virginie, les riverains des data centers paient le prix fort de l’IA


