La villa Savoye, un ouvrage hors-normes, fête ses 10 ans au Patrimoine mondial de l’UNESCO
Villa Savoye, située dans le Parc Messonier à Poissy , va célébrer les 10 ans de l’entrée dans la Panthéon du Patrimoine mondial. (Photo Louis Bavage)
Le 17 juillet 2026, la villa Savoye, imaginée par l’architecte Le Corbusier et construite à Poissy, célèbre les 10 ans de son classement au Patrimoine mondial de l’UNESCO. Retour sur l’Histoire d’une villa qui sort de l’ordinaire.
Quand nous sommes allés rencontrer Côme Parent, gestionnaire culture et communication à la Villa Savoye, sur place, l’architecture de l’édifice nous a tout de suite marquée. Cette villa, blanche, sur pilotis, avec un grand toit terrasse reconnaissable, correspond parfaitement au style Le Corbusier. La Villa Savoye est construite entre 1928 et 1931 par l’artiste pluridisciplinaire Le Corbusier et commandée par le couple Savoye. Si elle possède cette architecture si particulière, c’est parce que son concepteur n’était pas un architecte à proprement parler. Il connaissait plusieurs disciplines, dont l’architecture. La Villa Savoye fait partie de l’ensemble de constructions appelé les «Villas blanches», imaginées par Le Corbusier.
Une villa novatrice …
Les idées du Corbusier pour le couple Savoye sont très innovantes l’époque. La villa s’inscrit dans l’architecture «moderne» mais aussi fonctionnaliste. La maison doit être optimisée au mieux pour y habiter. C’est pour cela que Le Corbusier en parle comme d’une «Machine à habiter», car elle réunit les meilleures conditions de vie, selon lui. Cette philosophie se traduit par cinq points clés : les pilotis, qui permettent de «dominer» le jardin et la nature. Cette idée correspond aussi aux thèses hygiénistes de l’époque, qui favorisaient la préservation de l’hygiène et de la santé par tous les moyens. On retrouve aussi la façade et les plans libres, qui permettent à la villa de ne pas avoir de murs porteurs. Cette idée a donné à la villa des très grandes pièces, qu’elles soient des chambres ou des pièces de vie. Les fenêtres en bandeau et le toit terrasses ont permis d’apporter énormément de lumière à l’intérieur de la villa, en plus d’avoir un espace de vie immense en extérieur, sur le toit de la demeure.
A l’intérieur, Le Corbusier intègre plusieurs innovations pour l’époque, comme l’eau courante, le chauffage ou encore un parking, pouvant accueillir trois voitures en simultané. Le Corbusier s’inspire beaucoup de l’architecture arabe, ayant beaucoup voyagé et étant fasciné par ce style. Les pièces sont peu meublées, une grande partie du mobilier étant directement intégrée dans les murs des différentes pièces. Les pièces sont spacieuses, ont toutes une vue très claire sur les jardins. Les chambres sont minimalistes mais confortables, la salle de bain de la chambre parentale est connue pour son style arabe et le faible cloisonnement avec la chambre. La cuisine est aménagée pour permettre le lien avec le salon. Cette cuisine est d’ailleurs située à l’étage, une idée originale encore aujourd’hui.
…mais difficile à habiter
Malgré toutes ses innovations, la Villa est finalement peu utilisée par le couple Savoye comme résidence principale. Elle est difficilement habitable à l’année, car elle est très froide en hiver, et conserve trop de chaleur en été. Dans les années 1930, le couple et leur fils viennent pendant les vacances, le jardinier s’occupant de la demeure le reste du temps.
Peu à peu, avec la seconde Guerre mondiale et pendant les années 1950, la villa est laissée à l’abandon. La municipalité de Poissy souhaite même la détruire dans les années 1950, afin de favoriser la construction du Lycée Le Corbusier. La destruction est évitée de peu, notamment grâce à l’intervention d’André Malraux, alors ministre des affaires culturelles. Les jardins sont tout de même amputés de six hectares pour les travaux. A partir des années 1960, alors que Le Corbusier est au sommet de sa carrière, la villa est progressivement rénovée et est partiellement ouverte au public dans les années 1970. Sous l’impulsion de Malraux, les travaux se poursuivent pendant des décennies.
Une ouverture plus large et des plans de protection
Après être passée dans les mains de l’Etat dans les années 1960. Une procédure de classement aux Monuments Historiques est lancée du vivant de Le Corbusier et est finalisée le 16 décembre 1965, quelques mois après la mort de l’architecte. Les travaux de rénovation se terminent en 1997, et l’ouverture totale au public est lancée la même année.
En 2016, l’UNESCO classe au Patrimoine mondial 17 monuments de Le Corbusier, étalés sur 7 pays et 3 continents, témoignant de l’attrait de l’artiste pour les voyages et les cultures étrangères. Ce classement permet aujourd’hui d’organiser un réseau entre les différents monuments et leurs équipes, notamment au niveau de la médiation culturelle. Il permet aussi de faire vivre le monument, en lui offrant une belle publicité. Beaucoup de touristes, provenant du Japon, de Corée ou encore du Brésil, viennent admirer l’œuvre de Le Corbusier.
En 1967, la Fondation Le Corbusier est également créée, et permet de gérer la marque de l’architecte, ainsi que le réseau entre ses ouvrages. Des projets communs sont également mis en place, comme des expositions communes. L’idée est également de conserver les œuvres et le patrimoine de l’artiste, ce dernier n’ayant pas de descendants.
La villa accueille aujourd’hui entre 40 et 50 000 visiteurs par an, et emploie entre 10 et 20 personnes. Le 17 juillet 2026 la Villa Savoye a organisé une journée de festivités pour célébrer les dix ans du classement au patrimoine mondial de l’UNESCO. Une après-midi complète d’évènements est prévue. La journée est gratuite pour tous les publics. Un goûter est prévu dans l’après-midi, et des représentations de danse et un DJ set sont prévus. La maire de Poissy, Sandrine Berno Dos Santos, pourrait être présente. De nombreux acteurs locaux seront mis à l’honneur, notamment des associations. Des collectes de fonds sont aussi prévues.



