Commerces de centre-ville : peut-on éviter leur disparition ?
Depuis plusieurs années maintenant, les centres-villes des petites et moyennes communes perdent en dynamisme. Les petits commerces de proximité, qui faisaient autrefois rayonner villes et villages, disparaissent dans un monde en perpétuel mouvement qui se terminera par éliminer la notion de proximité.
D’après la Confédération des Commerces de France, la «vacance commerciale», c’est-à-dire «l’état d’un local non exploité, pour une durée indéterminée. Source d’inquiétude chez les élus, les urbanistes et les commerçants, elle nuit à l’image des centres-villes et de la santé économique d’une ville»(1), en France et en 2025, s’élevait à 11,7 % des commerces de centres-villes. Les chiffres d’une étude de la fédération interprofessionnelle Procos de juin 2026 corroborent ces constats accablants. Sur un panel de 140 enseignes ayant des boutiques sur toute la France, 18 % du parc total ont fermé depuis 2019, dont des grands noms comme Andre, Kiabi ou Célio. Sur la même période, leur nombre de clients fréquentant des boutiques a été réduit de 13 %.
Un commerce local attaqué partout
Ces dernières années, plusieurs commerces de proximité ont dû fermer leurs portes. Plusieurs raisons peuvent expliquer ces fermetures. Procos affirme également que la demande pour les hypermarchés a diminué. Par ailleurs, la baisse du pouvoir d’achat, la difficulté à accéder à ces commerces ainsi que l’apparition des «pure players» a aussi impacté durement les commerces de centres-villes. Par exemple, en 2025, 72 % des participants à une enquête «Mon avis citoyen»(2) estimaient qu’il ne fallait pas interdire les voitures dans les centres villes, notamment pour favoriser l’activité des commerçants. La plupart de ces commerces modestes ont subi de plein fouet la pandémie de Covid-19 à partir de 2020. Confinement, baisse de fréquentation, baisse de revenus, la période a vu de très nombreux commerces s’effondrer.
Ainsi, le marché du livre est un des plus touchés économiquement parlant. Les communes de Triel-sur-Seine, Verneuil-sur-Seine ont vu la fermeture d’une librairie depuis deux ans. Internet et les grandes enseignes comme Cultura ont grandement détourné la clientèle de ces petites librairies. Ainsi, la librairie des Chatelaines à Triel a annoncé fermer définitivement ses portes le 25 juillet dernier, après un dépôt de bilan.(3)
Mais le plus grand coup porté aux commerces de centres-villes est double, avec l’influence des centres commerciaux et de la vente du neuf ou des biens d’occasion sur Internet. Aujourd’hui, les centres commerciaux, apparus en France à la fin des années 1960, apparaissaient restent comme la référence pour des achats hebdomadaires. Les prix y étaient souvent inférieurs aux commerces de proximité. Ces centres commerciaux avaient – et continuent à avoir — l’avantage géographique, étant accessibles facilement pour la clientèle qui favorisent la voiture comme moyen de déplacement ordinaire.
Mêmes les centres commerciaux en patissent
Car l’un des gros problèmes des commerces de centres-villes est leur accessibilité. De nombreuses villes interdisent de plus en plus le stationnement dans leur centre, ce qui empêche les petites boutiques d’attirer une clientèle motorisée. Le coût de stockage et les coûts fixes comme les loyers, de plus en plus onéreux en centre-ville, freinent encore davantage l’activité.
Aujourd’hui, et depuis quelques années désormais, les centres commerciaux eux-mêmes sont en déclin, dépassés par un nouveau mode de consommation : la fast-fashion. Apparue récemment dans le paysage de la mode et du prêt à porter, cette pratique désigne «un segment de l’industrie du prêt-à-porter qui repose sur un renouvellement ultra-rapide des collections, parfois jusqu’à 36 fois par an, soit environ une nouvelle collection tous les dix jours».(4) Cette mode a surtout un impact sur les prix des vêtements. Etant bien moins chers que dans des boutiques spécialisées et classiques, les vêtements y sont davantage prisés. C’est pour cette raison que des grandes boutiques de vêtements ont mis la clé sous la porte récemment.
Une fin inéluctable du commerce de proximité ?
Dès 2018, face au déclin des centres-villes et de leurs commerces, l’Agence Nationale de la Cohésion des Territoires (ANCT) lance le programme Action Cœur de Ville (ACV). L’objectif est alors simple : améliorer les conditions de vie des habitants des villes moyennes et de conforter le rôle moteur de ces villes dans le développement de leur territoire.(5)
Concernant les commerces, Action Cœur de Ville devait «favoriser un développement économique et commercial équilibré». A l’origine, 222 villes ont pu en bénéficier, alors que 244 nouvelles villes candidataient pour Action Cœur de Ville en 2025. Ici, au nord des Yvelines, les villes des Mureaux, de Mantes la Jolie et de Meulan en Yvelines ont bénéficié du programme.
Malgré sa mise en place et ses aspects positifs tels que la stabilisation de la vacance commerciale sur les dernières années, qui n’a cependant pas diminué, on constate que la situation n’est pas idéale partout. Le programme n’a pas résolu tous les problèmes que rencontrent les centres villes. En juillet 2025, un rapport de l’Union Sociale pour l’Habitat sur l’évaluation du programme établissait que ce dernier avait eu un impact positif sur le logement, mais que l’impact sur les commerce et leur redynamisation restait encore limité et difficile à établir.
«Ils suggèrent aussi d’inciter les communes et intercommunalités à définir une véritable stratégie de redynamisation commerciale s’appuyant sur un diagnostic de territoire. Ils proposent également d’améliorer les outils de suivi et d’évaluation et de mieux coordonner les producteurs de données.» Extrait du rapport de l’Union Sociale pour l’Habitat.
Le J2R avait déjà posé la question d’une manière brutale en avril 2017 : la mort du centre-ville est-elle inéluctable ? (6) Au-delà des subventions, des nouvelles règles d’urbanisme ou de commerce locale, la réponse réside sur le citoyen avec sa casquette de consommateur. Les nombreux problèmes que rencontrent les commerces de centres-villes posent plusieurs questions. D’abord, on a longtemps demandé aux commerçants de s’adapter aux évolutions des pratiques de consommations. Et certains l’ont fait, en proposant plusieurs services différents de ceux de leur commerce initial. Plusieurs commerces font aussi relais colis, proposent des services de réparation en tous genres.
Mais à l’heure où nos petits commerces de proximité souffrent et ferment davantage chaque jour, l’adaptation a une limite : le comportement des consommateurs. Car la perte de vitesse des commerces de centre-ville vient aussi de nos habitudes de consommation. Tout le monde doit s’adapter, et nous, consommateurs, ne dérogeons pas à la règle. La consommation de 2026 passe de moins en moins par le local, par les petits commerces, et davantage par la facilité du digital et d’Internet.
Ce que la population doit penser ou repenser aujourd’hui, c’est sa manière de consommer, en acceptant de payer peut-être un peu plus cher pour avoir des produits et biens de meilleure qualité et qui promeuvent les commerces locaux. Si l’on ne fait pas tous cet effort, les commerces de nos centres-villes vont définitivement disparaître. Alors posons nous la question. Quels commerces voulons-nous soutenir aujourd’hui ? Et quelles habitudes pouvons-nous laisser de côté ou, à l’inverse, adopter à l’avenir ?
Notes
- Qu’est-ce que la vacance commerciale ? – Altim conseil
- Interdiction des voitures en centre-ville : ce que révèle l’enquête de Mon Avis Citoyen – Curiosités Magazine
- Source : (20+) Facebook
- Fast fashion — Wikipédia
- Action cœur de ville | ANCT – Agence Nationale de la Cohésion des Territoires
- « La mort des centres-villes est-elle inéluctable ? », numéro n° 131 du J2R, en date de mars-avril 2017
https://journal-deux-rives.com/2026/06/j2retro-la-mort-des-centres-villes-est-elle-ineluctable/



