Centre Peguy : conférence sur l’Ukraine pour trouver « une paix juste »
Salle comble ce samedi 21 février 2026 pour assister à une série d’événements dont la conférence d’Antoine Arjokovsky, ancien diplomate et professeur au Collège des Bernardins.
Le samedi 21 février 2026 au club Péguy, où le Réseau européen de Poissy accueillait le conférencier Antoine Arjakovsky pour une rencontre consacrée à la culture ukrainienne et à la paix juste. Qu’est-ce qu’une paix juste ?
À défaut de savoir ce que l’on veut, il est toujours pertinent d’exprimer ce que l’on ne veut pas.
Dan, un jeune Ukrainien de dix ans, sait ce qu’il veut ! Lui qui n’a connu que son pays en guerre, là, devant nous, fier, le regard franc et le cœur pur. Son premier mot est simple : « Merci. »
Merci d’être présent si nombreux, merci de soutenir les Ukrainiens. Car personne ne veut plus la paix que les Ukrainiens eux-mêmes. L’émotion est là, apportée par un jeune qui nous montre le courage de tout un peuple qui se bat pour nos valeurs démocratiques.
Mais de quelle paix parle-t-on ?
D’une paix où la victoire signifie la récupération des terres occupées, le retour des prisonniers et des réparations. Une paix qui ne soit pas seulement la fin des combats, mais la restauration de la justice.
Imaginons un instant cette jeunesse sacrifiée : pas d’études, pas de vie sociale, pas d’insouciance — seulement la possibilité de grandir avec le dégoût, l’hostilité et la colère contre la Russie.
Puis viennent sept minutes de témoignages qui ont bouleversé l’auditoire. Sept minutes d’une intensité et d’une émotion profonde. Des femmes, des hommes, des familles qui ont tout quitté, tout perdu, pour reconstruire une vie ici, en Europe, en France, à Poissy.
Vous les croisez chaque jour.
Leurs enfants sont à l’école avec les nôtres.
Ils font déjà partie de la jeunesse française de demain.
Ils connaissent le prix de la liberté.
Le prix de la paix.
Le prix de la détermination.
Puis l’historien et ancien diplomate Antoine Arjakovsky nous éclaire sur ce que pourrait être une paix juste.
Il évoque Sloviansk et Kramatorsk, deux villes de plus de 50 000 habitants, séparées de seulement douze kilomètres — cent mille vies suspendues sous la menace russe. Un point stratégique, un point humain : 100 000 habitants qui ont choisi de rester sur leur terre. Il décrit les morts, la barbarie, et au-delà, un affrontement de visions du monde.
D’un côté, un ordre vertical, impérial, autoritaire.
Le « rachisme » résume cette idéologie, contraction de « fascisme russe ». De l’autre, l’aspiration à la liberté, à la dignité, à l’État de droit et au droit à la justice. Le droit à la justice transitionnelle : payer les destructions, dédommager les morts et les victimes de la guerre, les 55 000 soldats ukrainiens à minima, les 20 000 enfants kidnappés, obligés de prendre un passeport russe. Utopique ? Impossible face au pouvoir de l’argent roi ? Face aux dictateurs ?
Les juristes et les historiens ont défini le génocide en cours : la persécution, l’extermination, le déni. Antoine Arjakovsky nous a montré que les dix critères qui définissent le génocide sont remplis. Devrons-nous attendre encore combien de temps ? Combien de morts faudra-t-il encore ?
Impossible, me diront certains… Pour éclairer ces enjeux, le débat s’inscrit aussi dans une perspective historique et intellectuelle, rappelant que la notion de paix juste s’est toujours construite dans le temps et que l’histoire a prouvé que les démocraties l’ont toujours emporté sur l’autoritarisme.
Les 3 conditions évoquées sont :
1. la justice par la reconnaissance du génocide,
2. la compensation par les réparations,
3. des garanties de paix.
La paix en Ukraine dépend de garanties de sécurité crédibles et durables fournies par la Russie. Mais des garanties sont également attendues de l’Union européenne et des États-Unis. En 1870, la France sort de la défaite contre la Prusse. Elle a perdu l’Alsace-Lorraine et une part de son identité nationale. Ernest Renan propose alors une vision républicaine fondée sur le principe de fraternité et les vertus de la conscience culturelle. Antoine Arjakovsky démontre la puissance de la poésie face à la barbarie, ce samedi 21 février 2026, au club Péguy, jour du 4ᵉ anniversaire de l’invasion russe. Il souligne ce clin d’œil :
Charles Péguy, poète mort pour la France en 1914, disciple des hussards noirs de la République. Je pense à Victor Hugo, qui le premier affirme que la plume est plus forte que l’épée. Il est le premier à parler de l’abolition de la peine de mort et de la création des États-Unis d’Europe.
C’est le moment que choisit Antoine Arjakovsky pour nous lire un extrait d’un combattant de la plume.
Arthur Dron, poète soldat ukrainien :
« Pourquoi viennent-ils se pointer chez nous ?
Pourquoi font-ils tout ça ?
Ne comprennent-ils pas
que ça ne se passera pas
comme ça ?
Nous ne les laisserons pas faire. »
Extrait de : Nous étions là, Arthur Dron, édition Bleu et jaune
NOUS NE NOUS LES LAISSERONS PAS FAIRE.
« Tu dois, donc tu peux » — Emmanuel Kant.
L’Union européenne doit et peut rendre les peuples forts, indépendants, autonomes et résilients. Parce que noblesse oblige — noblesse de la pensée — l’Union européenne détient ce statut et doit assumer ses responsabilités sociales et de protection envers ceux qui l’entourent. Elle n’a pas été créée pour fabriquer une société d’anesthésiés.
La culture, la justice et la démocratie vaincront : elles ont toujours triomphé du nazisme et de la barbarie. Les tyrans paieront pour leurs crimes ; ils ont toujours payé !
N’oubliez jamais que les premiers emprisonnés ou tués dans une dictature sont les poètes, les musiciens, les artistes, les journalistes.
La culture ukrainienne est vivante et plus que jamais abondante : les poètes se battent avec leurs tripes et leurs plumes, les artistes créent, et rien n’arrêtera cette dynamique.
Cette magnifique journée s’est conclue en musique, où nous avons pleuré, ri, écouté des chansons tristes et des chansons gaies, puis mangé et bu entourés de nos amis, Maryna & Eric du Réseau Européen de Poissy.
Contribution d’Eric Bégé

A droite, Antoine Arjokovsky, ancien diplomate et professeur au Collège des Bernardins a exposé sur la recherche d’une paix juste.



