Résiste
Le visage éclairé par la lumière bleue de l’écran, le curseur clignote dans le coin gauche…
Casque sur les oreilles, le son stimule ma dopamine, augmente mes pulsations… mes doigts courent sur le clavier.
« Si on s’organise une vie bien dirigée, où tu t’oublieras vite… »
Combien de personnes, combien de résistants faut-il pour résoudre une crise ? Ou du moins enclencher une dynamique positive. Combien de personnes peuvent changer la société ?
Tu te sens déprimé, catastrophé par la situation actuelle ? Rassure-toi, tu n’es pas seul.
Serge Moscovici a montré qu’une minorité cohérente pouvait, avec le temps, transformer la manière de penser de la majorité.
La musique pénètre dans mon cerveau :
« Résiste ! Prouve que tu existes, refuse ce monde égoïste… »
Notre société démocratique cherche avant tout à rester stable, à garder le contrôle. La réponse politique ne se sent pas investie de la responsabilité de gérer le bien commun des gens qui n’en font pas partie, elle ne souhaite pas révolutionner un système auquel elle appartient. La cohésion et l’organisation d’un plan pour les 20 à 30 ans à venir sont totalement absentes des débats politiques, cette cohésion, ce but commun, nous pouvons l’atteindre.
Alors, que devons-nous faire ?
« Si on te fait danser sur une musique sans âme, comme un amour qu’on quitte, si tu réalises que la vie n’est pas là… Résiste. »
Ces enjeux démocratiques et sociaux concernent chacun de nous. Afin d’atteindre nos objectifs communs, nous devons partir de la société civile, pour agréger des gens qui ont la volonté d’aller dans la même direction en proposant des idées, des choses qui, mises bout à bout, construiront un moyen global. Les solutions ne viendront ni du monde de l’économie ni de celui de la politique : ils ont bien trop à perdre, jamais ils ne seront prêts, car ils sont dans l’impréparation permanente. L’impulsion viendra du citoyen engagé qui, lui, est prêt.
Revenons à cette minorité active et cohérente, adaptable à des situations perpétuellement changeantes sur le terrain. Notre histoire est truffée d’exemples de citoyens qui l’ont fait basculer : de la Révolution française à la Libération. 18 juin 1940, le général De Gaulle prononce-t-il un discours pour une majorité ? Alors qu’il était capitaine, le futur général avait rencontré des officiers anglais et, parlant de l’un d’eux qu’il admirait : « C’est un excellent soldat, mais il a un défaut : il ne sait pas désobéir. » Une loi n’est pas toujours synonyme de justice et la légalité d’aujourd’hui n’est plus automatiquement légitime. Devenons cette minorité qui séduira la majorité, par son engagement dans l’action.
Comment la majorité peut-elle basculer ? Les suffragettes sont un exemple d’influence minoritaire, l’idée d’un droit de vote pour les femmes a d’abord été perçue comme : Ridicule, puis un nouveau mot apparaîtra pour qualifier ce mouvement : Dangereux.
Aujourd’hui, pour une grande majorité d’entre elles, c’est une : Évidence.
France Gall chante dans mes oreilles :
« Résiste, suis ton cœur qui insiste, ce monde n’est pas le tien, viens, bats-toi, signe et persiste. » Salomé Saqué souligne régulièrement les effets du désengagement démocratique sur notre vie publique. Comment réaliser cette cohésion ? L’engagement et l’exemple sont la première étape du changement. Nous autres adultes constatons chaque jour l’abondance dans la chambre de nos enfants, mais l’image que nous renvoyons est-elle l’exemple de bon sens et de retenue que nous leur demandons ?
Arrêtons d’opposer décroissance et croissance. Militons pour une augmentation de la croissance dans l’éducation, la culture, la santé.
Nous sommes arrivés au dernier carrefour, ou bien nous restons avec cette majorité à l’influence normative, cette conformité publique à laquelle nous appartenons. Ou nous choisissons de rejoindre le camp de l’action et de la réflexion pour modifier les codes de la pensée, par de l’innovation et de la persévérance. Créons un doute pour la majorité afin de reconsidérer la vision du monde plutôt que de se conformer à la pression sociale. Ridicule ? Dangereux, diront certains. Évident pour la jeune génération.
« Tant de liberté pour si peu de bonheur. »
Comme le rappelle Jean-Marc Jancovici, nous vivons une époque où l’énergie est en contraction, le climat se dérègle et nos ressources ne sont pas infinies. Les trois crises auxquelles nous sommes confrontés, les pandémies, les guerres et le climat, vont mécaniquement mettre notre système de pensée et de comportement à l’épreuve.
Alors que faire ?
Les générations X, Y et toutes les lettres de l’alphabet, les nations qui peuplent notre Terre se ressemblent plus qu’on ne le croit. La priorité doit être la cohésion face à l’épreuve, trouvons plus qu’un sens, construisons un cadre, enclenchons le mouvement, l’action, ce besoin de sensation, de fraternité à travers un but commun, pour nous sentir vivants et utiles.
Résiste, prouve que tu existes, cherche ton bonheur partout, va.
Une réflexion citoyenne d’Eric Bégé


