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Debout sur la table

Avant de partir en vacances, voici une réflexion citoyenne pour en méditer.

Qu’est-ce que tu fais pour les vacances ?
Ah si tu savais ! j’attends ça avec impatience, je vais enfin faire ce que je veux ! Je vais prendre le temps de réfléchir.
La révolution industrielle va organiser notre journée avec ses horaires fixes et définis.

À travers cette idée de vacances, c’est notre rapport au travail qu’on interroge avec ces congés payés. Les congés payés sont une conquête sociale : le droit de disposer de son temps et d’échapper, momentanément, à la logique de la production.
Notre rapport au temps, au découpage de notre journée, a envahi jusqu’à notre temps libre, libre de quoi ?

L’oisiveté a-t-elle disparu ?
Notre société performative a fini par envahir jusqu’à nos loisirs. Il faut organiser, prévoir, optimiser, réserver. À tel point qu’il faudrait des vacances pour se reposer des vacances.

La frontière entre vie privée et professionnelle n’existe pas, c’est une création sociale. On peut très bien se mettre la pression au boulot et de la même façon à la maison ou en vacances « Il faut visiter ce musée, cette ville, faire cette randonnée ». La performance nous pousse à réaliser des objectifs. Des vacances réussies, voilà le but !

Mettons-nous sur pause un instant et montons sur la table pour répondre à l’invitation de John Keating dans Le Cercle des poètes disparus, que voit-on, mon capitaine : qu’il faut apprendre à se réapproprier le silence, l’horizon, le temps du bavardage avec un proche, un ami.

Sénèque nous enseigne qu’il faut être maître de ses heures, les vacances sont cette pause de recherche de la liberté pour définir à quoi l’on va l’employer. Demandez à une personne âgée quels sont ses regrets. Elle vous répondra rarement : « Je n’ai pas assez travaillé. » Elle vous parlera plutôt du temps qui lui a manqué, des moments qu’elle n’a pas vécus, des personnes qu’elle n’a pas assez vues.

À travers ces normes du temps de travail et de repos, notre société est-elle en accord avec les biorythmes de chacun ? Nous sommes en dehors de toute logique : nous concentrons tous nos efforts sur quelques mois, accumulant stress, fatigue et contraintes sans écouter notre bon sens.

Pourquoi les enfants devraient-ils eux aussi subir ce modèle de société valorisant la productivité et la performance ? Nous ne savons plus organiser les temps libres non encadrés qui se font de plus en plus rares alors qu’ils sont essentiels pour leur développement et leur imagination.

Et si nous prenions ce temps de vacance d’esprit pour penser à des solutions pour travailler autrement, plutôt que d’attendre de prendre des vacances pour relâcher la pression ?

Alors mon capitaine, on y monte sur cette table ?

Une réflexion citoyenne d’Eric Bégé