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Le bruit des arbres

Koan Zen : L’arbre qui tombe dans la forêt fait-il du bruit quand personne ne l’entend ?

Juin 2026, 5h30, en pleine réflexion avec mon bol de thé et ma tartine, j’écoute le bulletin météo : « Aujourd’hui, températures très élevées, supérieures à 40 °C. »

7h, je chausse mes runnings pour mon entraînement matinal. Bien plus tôt que d’habitude… Seul dans la forêt de Poisy-Saint-Germain, je cours. La solitude du coureur de fond… Parfois, je discute au hasard des rencontres : un bûcheron, un promeneur, c’est selon… C’est souvent dans ces moments que me viennent mes idées pour organiser et écrire mes projets. J’aime ces chemins qui mènent aux réponses de ces questions qui m’obsèdent. Jamais un seul de mes problèmes ou de mes soucis n’a résisté à un running matinal.

7h30, étoile Saint Joseph, le Quercus et le charme m’observent tous les matins : force tranquille.
Grâce à l’exercice, le corps et le cerveau entrent en symbiose. Ma santé mentale est dépendante de ce moment de course. Tout est lié. Quand mon manomètre mental entre dans la zone rouge, ma femme me sort mes runnings : « Va courir, ça ira mieux après. »

7h45, la foulée est bien posée, ample et souple…
Ces températures nocturnes perturbent le sommeil et mettent nos nerfs à rude épreuve. Les nuances de vert des différentes essences, leurs odeurs, le jeu des ombres et de la lumière agissent sur mon cerveau. elles réduisent mon anxiété sans éteindre mon signal d’alerte qui me dit que la situation n’est pas normale.

7h50, mon taux de cortisol est abaissé, la production d’endorphines est en marche…
Le moment est venu de changer nos comportements, habitués que nous sommes à tourner le robinet pour obtenir de l’eau potable, à trouver les rayons des supermarchés avec leur abondance de produits mondialisés. Où est notre conscience de notre rapport à la nature qui nous nourrit ? Cette forêt qui sépare Poissy de Saint-Germain devient la chaloupe de notre âme qui nous aide à supporter l’insupportable.

7h55, mon âme et mon corps sont en étroite connexion… je vole.
Catastrophe, un hêtre est au sol, coupé en deux, le coup de vent d’hier lui a été fatal.
Entrons dans le pragmatisme et l’entraide, car nos défis sont immenses.
Des solutions sont envisageables. Notre génération et les suivantes n’en verront pas les améliorations, ce n’est pas un prétexte pour ne rien tenter. Agissons et observons le retour du réel plutôt que de rester assis sur nos certitudes en répétant que tout est foutu. Je préfère la lucidité qui propose l’action, l’engagement et l’épanouissement qui vient avec, contrairement à l’anxiété et cette peur qui tétanise.

8h, le deuxième souffle, celui qui vient avec le travail…
Transformons cette peur en acte. La rentrée prochaine proposera son lot d’activités, sautons sur l’occasion pour nous engager : « Toi, à ton niveau, que peux-tu faire pour améliorer ton quartier, ton immeuble, ta maison ? » Il n’existe pas un homme ou une femme providentielle qui sauvera le monde ! Cette femme, cet homme : c’est vous, c’est nous. Collaborons et apprenons des uns et des autres à vivre ensemble intelligemment. Non, il n’est pas trop tard pour agir.

8h10, mes forces déclinent, le coureur expérimenté sait qu’il est temps de rentrer.

8h15, le réel reprend ses droits, un vieil arbre est tombé en travers de mon chemin, je vais le contourner. Il est tombé dans la totale indifférence… suis-je le seul à l’avoir entendu ?
Déjà, au-dessous le plus robuste des jeunes arbres peut enfin grandir et étendre son branchage. Il deviendra à son tour un individu fort pour le groupe. 

8h20, sur mes épaules en sueur, un léger rafraîchissement ! Un nuage vient de crever, pluie rafraîchissante, eau, source de vie, si fragile… Il faudra écrire un truc dessus un jour… Je respire, ma foulée est souple, mes idées sont claires, mon mental apaisé.
Merci la forêt de t’être occupée de moi, encore ce matin. À demain.

Une réflexion citoyenne d’Eric Bégé