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Procès, plaintes et polémiques, l’autre bilan du mandat de Cédric Aoun

Après six ans d’une mandature chaotique, le bilan du maire de Triel-sur-Seine est loin d’être rose. (Photo archives du J2R : M. Cédric Aoun en interview au J2R, 2022)

Derrière la vitrine attractive et dynamique d’un maire qui se positionne comme le chef d’entreprise de la Ville de Triel-sur-Seine, Cédric Aoun a dévoilé, au cours du mandat 2020-2026, un portrait autoritaire et manipulateur illustré par une série d’épisodes et quelques affaires entre les mains de la justice.

4 septembre 2026. Tribunal correctionnel de Versailles. La date est sans doute notée en rouge dans l’agenda de Cédric Aoun. C’est un rendez-vous qu’il ne peut plus manquer après avoir raté les deux précédents (lire Cédric Aoun obtient le report de son jugement pour harcèlement, pour la seconde fois).(1) La Présidente de la chambre correctionnelle a prévenu, elle ne reportera pas une troisième fois le procès pour harcèlement sur ex-conjoint qui attend le maire sortant de Triel-sur-Seine, candidat à sa réélection le 15 mars prochain. De son côté, le maire dénonce « une tentative d’instrumentalisation de la justice » (lire Harcèlement : Cédric Aoun dénonce « une tentative d’instrumentalisation de la justice »).(2)

Une mission d’espionnage commandée par la Ville

Il s’avère que la plaignante a aussi travaillé pour la Ville, en lien direct avec le maire, une information confirmée par Sophie Kerignard, conseillère municipale d’opposition, qui avait, le 28 avril 2024, signalé au Préfet l’étrange mission d’espionnage confiée à un détective privé par la municipalité. La proximité de la plaignante avec le gérant et le personnel de « La Très Belle » (ou Trbl), le bar à bières de la place Philippe Prevost, serait aussi un élément à mettre en lien avec le conflit qui oppose l’établissement au maire depuis mars 2024.

« Un jour, un serveur a demandé à Cédric Aoun de quitter le bar parce qu’il a jugé que son comportement à l’égard d’une cliente posait problème. Il s’est avéré que la cliente est la plaignante dans cette affaire de harcèlement. Nous avons subi le pouvoir de coercition du maire ensuite, avec notamment l’arrêté municipal qui a réduit notre horaire d’ouverture », raconte Rodolphe Basse, le patron de « La Très Belle » qui dirige aussi la brasserie du même nom à Orgeval. Contraint de fermer ses portes à 22h30 en semaine à partir de mars 2024 puis 21h après un nouvel arrêté en juillet 2024 (23h les vendredis et samedis), il a du réduire sa masse salariale. « Le manque à gagner était trop grand. C’est un emploi local détruit et une affaire mise en péril. C’est dommage parce que le projet de la place Prévost était séduisant au départ. Aujourd’hui, on est loin de la promesse initiale. » Le patron du bar attend désormais que le Tribunal administratif se prononce sur la validité des arrêtés municipaux.

Dès septembre 2020, l’éviction de l’adjointe au maire déléguée aux finances s’était déroulée sur fond d’accusations douteuses. En tentant d’asseoir son autorité sans aucune considération pour la vie privée, la présomption d’innocence, la protection des mineurs ni même la dignité d’une mère, Cédric Aoun a écrit le premier épisode d’une mandat autoritaire et manipulateur. 14 de ses colistiers, dont 6 des 9 adjoints, quitteront son groupe en moins de trois ans.

La valse des agents et des directeurs

Depuis bientôt 6 ans, la valse des agents et des directeurs, qui ne s’est pas s’arrêtée à la purge des premiers mois, témoigne de l’instabilité chronique des services municipaux. Valérie Duval-Lefuel, première adjointe au maire déchue en 2024, a compté « une trentaine de directeurs de service qui ont quitté la mairie » au cours des quatre dernières années, dont 8 directeurs des ressources humaines. Parmi les agents qui ont quitté la Ville, il s’en trouve un qui a signalé au Procureur de la République deux procédures de la police municipale, des rapports d’intervention, entachées d’irrégularités qui témoignent, a minima, d’une certaine légèreté au sein du service. « Faux et usage de faux, c’est un crime. Le maire a voulu étouffer ces affaires et j’en ai subi les conséquences, avec une réaffectation à la voirie et un état de santé qui s’est dégradé », affirme ce témoin, agent de surveillance de la voie publique à l’époque, devenu policier municipal dans une autre commune aujourd’hui. 

Ce dossier serait même l’élément déclencheur qui a scellé la rupture entre Cédric Aoun et son monsieur « Sécurité » de la campagne de 2020. Adjoint au maire délégué à la sécurité, Pascal Gilles fait partie de ceux qui ont définitivement fait basculer la majorité du coté de l’opposition entre décembre 2023 et janvier 2024. Accusé par le maire d’avoir pris part à des séances de tirs illégales – « j’ai fourni toutes les réponses aux enquêteurs et je n’ai pas de nouvelles de l’enquête » a-t-il confié à ce sujet – le premier adjoint sans délégation confirme le témoignage de l’ex-ASVP. « Non seulement Cédric Aoun n’écoute personne, mais il cherche systématiquement à salir ceux qui le contredisent. Il n’hésite pas à s’en prendre à leurs proches sans se préoccuper des dégâts psychologiques », assène Pascal Gilles.

Les travaux de la place Prévost dans le viseur d’Anticor

Avec la création de la place Philippe-Prevost, inaugurée en 2023,(3) après des travaux menés tambour battant, Cédric Aoun a permis d’offrir un lieu de vie emblématique à la Ville et un symbole d’attractivité pour mettre en scène son image. Un espace où les commerces, le restaurant et les bars, mais aussi les concerts, les animations, les feux d’artifice, le marché de Noël et toutes les festivités ont nourri une image dynamique indéniable, surtout le vendredi soir. Les travaux de la place seraient dans le viseur d’une association anti-corruption, Anticor, qui s’intéresse à bien d’autres dossiers triellois par ailleurs.

Le chantier de la Maison de la Petite Enfance, arrêté plusieurs mois et repris avec une autre entreprise, et le conflit qui a opposé le maire à Valérie Duval-Lefuel sont l’illustration la plus exacerbée du chaos politique triellois. Derrière la polémique largement exposée sur Facebook, ce sont des soupçons d’infraction au code des marchés, de prise illégale d’intérêt et de délit de favoritisme qui auraient été transmis au Parquet national financier dans ce dossier.

Communication publique ahurissante

Au rayon des dossiers plus ou moins parfumés de soupçons de concussion, il convient de citer le micmac du garage installé pendant des mois dans l’ancienne caserne des pompiers avec un bail accordé à une association val-d’oisienne pour héberger une activité commerciale, les travaux et les centaines d’arbres abattus pour réaménager le chemin des Picardes dans une forêt interdite à la circulation des promeneurs, ou encore le projet de centre technique municipal financé mais jamais réalisé. Il faudra sans doute plusieurs mois pour connaître le sort réservé à ses dossiers.

En terme de communication, Cédric Aoun est devenu un exemple de ce qu’il ne faut pas faire lorsqu’on considère que l’information locale est une mission de service public. Ainsi, il a vampirisé la quasi exclusivité de l’information trielloise sur son compte Facebook personnel, où le moindre commentaire mitigé vaut un bannissement immédiat à son auteur. C’est sur sa page, plus que sur « Ville de Triel-sur-Seine », que l’on peut apprendre le lancement d’un projet immobilier, connaître l’avancement des travaux de voirie ou les restrictions de circulation liées au passage de la course cycliste Paris-Nice.

Les PV du conseil municipal modifiés

Non seulement les séances du conseil municipal ne sont plus retransmises depuis que le maire est en minorité, mais il a fallu de longs mois pour que la rubrique des compte-rendus, des délibérations et du budget soit mise à jour sur le site internet de la commune. « Il y a des procès-verbaux qui ont été modifiés, révèle Bérengère Voillot, la juriste de « Triel c’est vous » en 2020, évincée en 2022. Nous avons porté plainte au procureur » pour ce qui pourrait être caractérisé comme un faux en écriture publique.

Au milieu des innombrables « mises au point » et réponses « à des rumeurs » du compte Facebook de Cédric Aoun, de ses combats politiques personnels (la suppression de l’aide médicale aux prisonniers par exemple), des analyses de Mathias Baccino (auteur de Prenez votre argent en main, devenir riche ça s’apprend !) et de ses prises de bec avec les maires de Verneuil-sur-Seine ou Andrésy, on trouve aujourd’hui la propagande électorale boostée à l’IA de la liste « Triel c’est vous » saison 2. Bonne chance à la commission électorale pour établir ce qui est équitable ou pas dans ce mélange des genres !

Un magazine municipal vient de paraître !

Après avoir mis en délicatesse un policier municipal avec son devoir de réserve en l’impliquant dans la campagne électorale et défilé avec l’écharpe de maire au nouvel an chinois, Cédric Aoun a choisi de programmer la Saint-Patrick le vendredi 13 mars 2026, à deux jours de l’unique tour de l’élection municipale trielloise (il n’y a que deux listes candidates). Cerise sur le gâteau, un nouveau numéro de Triel Mag vient de paraitre, avec une distribution dans les boites aux lettres la semaine de l’élection.

Quand les éditos signés par des maires ont disparu de la plupart des magazines municipaux depuis des semaines, Cédric Aoun choisit de mettre en avant le jugement de la Cour d’appel administrative dans le dossier de la démolition du 177 rue Paul Doumer, favorable à la Ville mais peut-être pas aussi définitif qu’il l’affirme. Mieux, il signe un édito démagogique à plus d’un titre, où le résultat de l’enquête de la Brigade de répression du banditisme sur l’agression et le vol au domicile d’une personne âgée, il y a quatre mois, est attribué à… son bilan en matière de sécurité. La police nationale appréciera.

L.V.

NB. Pour apporter des éléments contradictoires à ce bilan du mandat 2020-2026, Cédric Aoun refusant de parler au J2R, nous avons contacté plusieurs de ses colistiers, anciens et nouveaux. Seul Cyrille Arzel a répondu, pour indiquer qu’il n’était pas disponible avant le 15 mars. 

Pour en savoir plus :

  1. Cédric Aoun obtient le report de son jugement pour harcèlement, pour la seconde fois
    https://journal-deux-rives.com/2026/02/cedric-aoun-obtient-le-report-de-son-jugement-pour-harcelement-pour-la-seconde-fois/

2. Harcèlement : Cédric Aoun dénonce « une tentative d’instrumentalisation de la justice »
https://journal-deux-rives.com/2026/02/harcelement-cedric-aoun-denonce-une-tentative-dinstrumentalisation-de-la-justice/

3. Inauguration de la Place Philippe-Prévost à Triel-sur-Seine, le 16 septembre 2023. Voir la Webtélé 2r