Le Chemin des Picardes, un chemin de croix pour la municipalité de Triel
Le maire de Triel-sur-Seine, Cédric Aoun a voulu imposer ce projet et son rythme dans le cas d’une gestion chaotique de la forêt de l’Hautil. Le J2R a demandé une interview pour évoquer ce sujet, mais le maire a réfusé.
C’est ce qu’on appelle une fausse bonne idée. Au départ, le projet d’aménager pour ouvrir au public un chemin existant dans la forêt reliant le hameau de l’Hautil situé en haut de la colline au bourg de Triel près de la Seine, c’était a priori sympathique…
Mais les embûches, bien que notoires, n’ont pas été suffisamment étudiées avant la mise en œuvre du projet. En effet le tracé retenu – parmi les deux proposés par la société Dynalogic qui avait fait les études de circulation en 2021 – traverse une zone interdite au public depuis plus d’un quart de siècle en raison des risques d’effondrement.
Une piste cyclable en forêt de l’Hautil
Le projet de la mairie était de créer une piste cyclable en forêt en élargissant le chemin existant, en le bétonnant et en l’éclairant au moyen de 45 candélabres de 6,50m de hauteur.
Un appel d’offres inquiétant
L’aperçu de ce projet décrit dans l’appel d’offres du 3 juillet 2023 avait rapidement fait réagir l’association trielloise qui travaille sur la protection de la forêt et le cadre de vie, Bien Vivre à l’Hautil.
Elle avait alors alerté la mairie par courrier de la dangerosité du projet et de l’aberration d’imperméabiliser un chemin forestier. Mais aussi que tout éclairage en forêt va à contre-sens de la réduction de la pollution lumineuse, nocive pour les rythmes biologiques du vivant et très problématique pour les astronomes.
Malheureusement, le maire n’a jamais accepté de dialoguer. Il a ensuite dénigré les propos de l’association et annoncé dans une vidéo sur Facebook en septembre 2023 qu’il y aurait « à peine 10 arbres abattus ».
Les travaux démarrent
Les travaux ont commencé en novembre 2023, avec un important abattage d’arbres (plus de 500 !)

D’autres associations d’environnement se sont alors jointes à Bien Vivre à l’Hautil pour demander l’abandon du projet. Une pétition a réuni 1 133 signatures, puis une grande marche a été effectuée en janvier 2023 en faveur de l’abandon de ce projet. Rien n’y a fait.
Au final plus d’un demi-millier d’arbres ont été abattus. Aucun intervenant n’a voulu dire où ces arbres étaient passés. Et la maladie de l’encre, évoquée pour abattre ces arbres s’est avérée être un mensonge. Quel gâchis !
La seule consolation des associations est d’avoir, par leur mobilisation le 28 janvier 2024, réussi à éviter deux atteintes à l’environnement : le chemin n’est pas minéralisé, les candélabres ont été abandonnés.
Une erreur de gouvernance supplémentaire
La gestion au doigt mouillé mise en place tout au long du mandat actuel, biaisant toutes les obligations administratives, autorisations préalables, études préalables, permis de construire, risque de s’avérer dangereuse et coûteuse pour la Ville de Triel.
Des travaux sans autorisation sur un site protégé
Les travaux ont été menés à grande vitesse, en décembre 2023 et janvier 2024 pour les abattages d’arbres, puis en mai et juin 2024 pour la « remise en état » du chemin.
Donc, entre décembre 2023 et juillet 2024, la Ville a mené des travaux de coupes d’arbres puis le réaménagement du chemin sans autorisation, au mépris des règles environnementales et d’urbanisme en vigueur dans cette zone très particulière, où les risques d’effondrement liés à la présence d’anciennes carrières de gypse sont importants.
Les associations ont révélé que le projet avait été lancé « sans aucune autorisation d’urbanisme, alors qu’il est situé sur un site protégé. C’est sur un Espace naturel sensible (ENS), avec plusieurs ZNIEFF (Zone naturelle d’intérêt écologique faunistique et floristique), la forêt de l’Hautil est classée comme EBC (espace boisé classé), en zone naturelle préservée réservoir de biodiversité (NPr) au niveau du PLUi (Plan local d’urbanisme de GPSEO). Enfin, de nombreuses zones humides existent dans la forêt dont une importante en toute proximité du Chemin des Picardes.
Des risques d’effondrement sur les zones rouges et bleues du PPRN pris en 1995
Non seulement les coupes ont été réalisées sans demande d’autorisation auprès des propriétaires concernés, mais l’ensemble de ces travaux ont été pratiqués en dépit des risques liés aux effondrements dus à la présence d’anciennes carrières de gypse.
En effet, plusieurs parties du tracé du projet traversent des zones rouges qui correspondent à un risque d’effondrement élevé selon le Plan de prévention des risques naturels (PPRN). Une autre grande partie du tracé se trouve en zone bleue (zones B1, B2a et B2b) de ce PPRN pris par le Préfet des Yvelines en 1995.
La circulation interdite en forêt de l’Hautil depuis 1992
Un arrêté municipal interdit même toute circulation dans la forêt de l’Hautil depuis 1992. Il avait été pris un an après le drame qui avait coûté la vie à un habitant de Chanteloup-les-Vignes, la commune voisine, après un effondrement qui avait créé un trou de 80 mètres de profondeur et 30 mètres de diamètre.
« Il faudrait un nouveau drame pour que les gens se souviennent que c’est dangereux », souffle un sapeur-pompier qui travaille avec l’Inspection générale des carrières et fait partie de l’équipe qui est intervenue, le 1er février 2024, pour sauver un chien tombé dans un fontis.
Des études géotechniques douteuses
Le département a exigé que l’étude de sol géotechnique, qui n’était toujours pas réalisée après réalisation des travaux, soit enfin effectuée et versée au dossier avant d’envisager de verser les subventions. Leurs résultats sont très mitigés et semblent incomplets.
Une procédure en cours
Deux associations d’environnement ont porté plainte et le Parquet de Nanterre s’est saisi du dossier. Affaire à suivre.




