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Canicule, Enedis, Sncf, l’heure des comptes !

Ici la photo d’une réunion devant la gare de Villennes-sur-Seine, le 1e juillet 2026, pour faire le point sur l’arrêt de service temporaire entre Poissy et le Mantois.

Parmi les plus importantes sociétés de service en France la société ENEDIS et la SNCF symbolisent une sorte de fragilité structurelle lors des événements climatiques. Des risques inhérents à une société moderne (canicules, coupures d’énergie, arrêt de services de transports) vont certainement se reproduire; il est important de faire un premier bilan et de demander des comptes aux responsables (politiques et agents économiques…)

Est-ce la chaleur écrasante qui l’a rendu si fébrile ? Ou l’aveu, plus profond, d’une capitulation politique ? Interrogé, jeudi 25 juin 2026, sur l’impréparation de la France au réchauffement climatique, le président Emmanuel Macron a versé dans le déni lorsqu’il a affirmé : « Il y a un gros travail qui a été fait ».

­Le chef de l’État a salué « l’organisation du gouvernement » face à la canicule historique qui s’est abattue sur la France, neuf jours durant. Tout juste a-t-il regretté la baisse des crédits dédiés à la transition écologique — dans le cadre du Fonds vert, les subventions allouées aux collectivités ont été divisées par près de quatre en deux ans. Mais plutôt que de remettre en cause son action à la tête de l’État, Emmanuel Macron a expliqué ce recul par son absence de majorité au Parlement, qui aurait conduit à des « compromis [avec] certaines formations politiques ». En l’occurrence la droite et l’extrême droite. « Allez les voir pour leur demander pourquoi ils ont coupé ces fonds », a même osé le président de la République. On se souviendra en avril 2027.

On se souviendra

On se souviendra également des morts pendant la canicule de juin 2026 : Jean-Pierre Dos Santos, maire d’Andrésy s’est fâché avec ENEDIS (« Vous avez communiqué comme des sagouins » avait-il lancé au représentant d’ENEDIS) car leur communication était insuffisante et pas de toute pertinente. Trois jours sans électricité; pas de groupes électrogènes dans l’immédiat. Il fallait le faire savoir pour se préparer et expliquer cela aux habitants. Plus de transparence et de compétence !

A Villennes-sur-Seine, par exemple, Mme le maire a dénoncé, le 2 juillet 2026, la gestion de cette crise par SNCF Voyageurs (filiale de la SNCF) : « Dès le début, (Villennes-sur-Seine) n’a reçu aucune information directe sur l’interruption du trafic, alors même qu’elle est l’une des plus durement touchées. Les élus locaux ont découvert la situation en même temps que les usagers, sans concertation ni coordination. (Mme le maire) déplore également qu’aucun dispositif de transport de substitution n’ait été prévu immédiatement pour les milliers de voyageurs privés de train. Il a fallu les interventions répétées des maires du territoire et de nombreuses sollicitations auprès de la Région, de la Préfecture et des autorités compétentes pour obtenir le renforcement des dessertes et la mise en place de bus de remplacement.« 

Quatre jours après le début de cette crise, Mme le maire de Villennes-sur-Seine a constaté que les engagements annoncés ne sont toujours pas pleinement respectés : « Les besoins des heures de pointe restent insuffisamment couverts, certains bus arrivent déjà saturés et d’autres ne desservent pas le centre-ville de Villennes-sur-Seine, laissant de nombreux habitants sans solution. Pour les plus de 3 000 usagers de notre gare, cette situation est devenue insupportable.« 

Quant à Grand Paris Seine & Oise, qui est chargé des grandes compétences comme l’urbanisme, les transports et l’économie (c’est-à-dire le commerce), des élus et des agents de GPS&O se sont réveillés et ont agi longtemps après la bataille. Pour faire quoi ? Oui pour communiquer ce que l’on savait déjà. Voilà à quoi sert cette grande intercommunalité, la plus grosse de France nous vantait-on en 2015.

Un grand jeu de dominos

Dans cet effondrement intellectuel et politique, les risques continuent en France comme partout en Europe. Au nord des Yvelines, une triple crise a marqué les habitants, les acteurs économiques et l’environnement : coupure d’énergie à répétition (merci ENEDIS), canicule de la semaine du 21 juin et des orages le soir du samedi 27 juin… Ce dernier phénomène climatique a conduit à l’arrêt du service de la Sncf d’une artère importante entre Poissy et le Mantois. « Il faut imaginer ces risques comme un grand jeu de domino où chaque domino serait une menace ou un risque…. Si nous nous représentons intellectuellement une menace par un domino, nous pouvons imaginer de très nombreux scénarios catastrophe à effet boule de neige, un comble pour une période de réchauffement climatique.« (1)

Les réponses sont multiples mais elles doivent être axées sur trois domaines majeurs : l’habitat, le transport et l’économie tout en mettant un peu d’écologie partout. En réalité, la transition énergétique dont on parle est une transformation de la société car la construction, les transports et l’économie consomment beaucoup d’énergie et crachent également beaucoup de CO2. Ces sont des sources de pollution majeures pour le globe et par conséquent pour les communes du nord des Yvelines.

Investir pour nous sauver demain

Pour l’habitat, la notion de planification urbaine (ou territoriale) doit revenir sur le devant la scène politique; construire mieux et moins tout en préservant notre environnement devrait être le cœur des politiques publiques dans ce domaine. Mettre en cause les totems comme la loi SRU, la voiture individuelle, certaines normes « punitives » est un préalable pour avancer dans cette voie nouvelle qui rendra le monde plus vivable. M. Jean-Marc Jancovici l’a répété : il s’agit de choisir « la sobriété et non pas la subir » car le dernier choix revient à devenir de plus en plus pauvre dans un monde de plus en plus inégalitaire. Pour cela, il faut reprendre la rénovation thermique des logements (5 milliards par an, soit 20 Md pour les 5 années à venir)(2); renouer avec des investissements en matière de transport (3 Mds par an). Un malus « politique » devrait être discerné à des politiques comme M. Pierre Bédier qui avait insisté à construire un pont d’Achères (coût de 25 millions d’euros) qui ne servirait à rien pour la période catastrophique qui s’annonce.

Quant à la Sncf et Ile-de-France Mobilités, l’axe Paris-Normandie devrait être pensé globalement pour donner un souffle nouveau à des transports moins polluants et surtout cohérents avec un souci de coopération entre les différentes entités « délégataires du service public ». Quid des liaisons entre les rives gauche et droite ? Quid des couloirs pour mobilités alternatives comme le vélo et les trottinettes ? Fabien Aufrechter, maire de Verneuil-sur-Seine l’a souligné la nécessité « des gros investissements dans des réseaux (ENEDIS et SNCF) vieillissants » à court et à moyen termes. Au boulot les agents et acteurs de l’économie nationale, et européenne. Montrez-nous la voie ! Investissez dans les services publics de proximité.

En outre, l’agriculture et des espaces naturels devraient être repensés pour pouvoir faire face à ces catastrophes annonciatrices de pénurie alimentaire et de pénurie de bien-être. L’exploitation massive et machiniste des sols ne devrait pas être l’alpha et l’oméga des nouvelles manières de produire de denrées agricoles. Pleins d’efforts existent pour une agriculture raisonnée et raisonnable. Il est urgent de mettre en place des politiques publiques avec le concours des associations et citoyens pour préserver ces espaces verts qui pourraient nous sauver demain.

En conclusion, les crises à répétition exigent plus de transparence, plus d’investissements dans les services de base pour le fonctionnement d’une société sobre. Sinon, le pire est à craindre dans une société dépassée et par conséquent vulnérable aux sirènes des populistes.


Légende photo ci-dessous : équipe ENEDIS en train de réparer le réseau dans un endroit endommagé en province.

Notes
1. page 78, « Face à l’effondrement » si j’étais maire ? Comment citoyens et élus peuvent préparer la résilience”, Les éditions Yves Michel, Alexandre Boisson et Marjolaine Gaudard, janvier 2025, 216 pages.
www.yvesmichel.org

2. “Adopter la France à + 4° , besoins, financement”, Institute for Climate Economics, 12 septembre 2025.