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« Un génocide est de le fait de ceux qui le commettent mais aussi de ceux qui le nient »

Le réseau européen de Poissy a organisé le 6 mai 2026 une table ronde pour aborder le(s) génocide(s) : Pourquoi et comment parler des génocides aujourd’hui. Une initiative osée et formidable dans le cadre de l’Université populaire de Poissy.

Le terme Génocide ou des Génocides ont fait rapidement le tour des intervenants à cette table ronde. D’abord, la définition ne fait pas débat : c’est après la 2e guerre mondiale que les juristes ont voulu caractériser ce « crime sans nom. » (1) Raphaël Lemkin, juriste polonais avait forgé en 1944 le terme et le concept de génocide et l’avait fait valoir d’abord au tribunal de Nuremberg, puis auprès de l’ONU en 1948.(2) Ainsi, il s’agit de la volonté, traduite par une politique publique quelque soit l’échelle, de tuer et d’exterminer un peuple par une action planifiée, coordonnée dans un cadre d’une recherche d’une efficacité sans précédente. En même temps, il s’agissait de déshumaniser « la cible » et déresponsabiliser « les petites mains » de cette politique génocidaire.

Décortiquer la mécanique génocidaire

L’histoire ne se répète jamais à l’identique, mais certaines mécaniques restent les mêmes. Onnik Jamgocyan, docteur en histoire (Sorbonne et E.H.E.S.S) a rappelé le tournant entre le 19e et 20è siècles où la volonté d’anéantir un peuple a marqué l’histoire des Arméniens et des Indiens de l’Amérique du Nord où l’armée fédérale avait comme chant de campagne cette phrase horrible : « Un bon indien était un indien mort ! » Les échanges entre les quinze participants étaient à l’hauteur de la tâche pour prendre conscience de l’atrocité humaine de l’époque.

Cette table ronde a accentué la possibilité de décortiquer la mécanique de ces agissements génocidaires. Quid de la Palestine ? Assiste-t-on à un crime de guerre ou à un génocide ? Le contexte du 20e siècle et les critères ont peut-être changé mais la méthode du gouvernement israélien interpelle et certains le soulignent. Omer Bartov, historien israélien, spécialiste de la Shoah, a accordé un entretien au « Monde », le 7 mai 2026: « Le mot « génocide » est un terme de droit précis. Et ce qui s’est passé à Gaza correspond parfaitement à la définition qui est donnée dans la Convention pour la prévention et la répression du crime de génocide de 1948 : « un acte commis dans l’intention de détruire, en tout ou en partie, un groupe national, ethnique, racial ou religieux, comme tel ». On ne peut, sous prétexte que le terme de « génocide » serait inconfortable, écarter le droit ou dire qu’il s’applique à tous sauf à Israël. Cela minerait ses principes démocratiques, ses valeurs libérales, son attachement aux droits humains. (…)

Dans la semaine du 25 mai 2026, dans le cadre du festival international des écrivains de Jérusalem, Erri De Luca a provoqué un véritable séisme dans le monde intellectuel italien en déclarant publiquement : « Je suis sioniste » et « À Gaza, il n’y a pas de génocide ». Dans un climat conflictuel, ses propos ont immédiatement été salués par une partie de la presse conservatrice israélienne et italienne comme une rupture majeure dans le monde culturel de gauche. Depuis des décennies, M. De Luca représente pour beaucoup une certaine idée de l’intellectuel libre : exigeant, souvent du côté des humiliés, réfractaire aux conformismes et aux appartenances confortables. Un homme qui n’a jamais cherché les applaudissements faciles. C’est justement pour cela que ses paroles résonnent aujourd’hui avec autant de force.

Être ou non du bon côté de l’Histoire

Et sur un point au moins, Erri De Luca rappelle une vérité historique qu’une partie du débat public préfère parfois oublier : le sionisme ne naît pas comme une idéologie d’extermination ou de domination raciale. Il naît d’abord comme un mouvement d’autodétermination d’un peuple persécuté dans l’Europe de l’antisémitisme et des nationalismes du XIXe siècle. Réduire mécaniquement le mot “sioniste” à une insulte absolue n’est historiquement pas convaincant. Mais le cœur du débat aujourd’hui n’est plus là. Il s’appelle Gaza.

Quel côté de l’Histoire doit-on choisir ? Que Gaza devienne un modèle de « génocide économiquement rentable ». Un scénario prévoit en effet de mettre une partie de Gaza sous contrôle de l’armée israélienne, tandis qu’une autre deviendrait une zone touristique financée par des pays du Golfe.(3) Confinés dans des zones contrôlées, les Palestiniens fourniraient la main-d’œuvre.

La table ronde de Poissy a modestement aidé à réfléchir sur les atrocités de l’époque et aux réalités douloureuses d’aujourd’hui. Un horreur n’ efface pas un autre. Le massacre du 7 octobre ne doit pas être ni minimisé, ni justifié. Or, comme la conséquence de ce massacre, Gaza est devenue un champ de ruines, où des dizaines de milliers de civils ont été tués, déplacés, affamés ou mutilés, considérer le mot “génocide” comme une simple manipulation verbale pose une question morale vertigineuse.

Oui, le terme “génocide” engage une définition précise. Oui, l’Histoire impose de la prudence avec certains mots. Mais si ce mot surgit aujourd’hui avec une telle force dans le débat mondial, ce n’est pas seulement par hystérie militante ou par haine d’Israël. C’est aussi parce que beaucoup — juristes, humanitaires, chercheurs, experts internationaux, y compris en Israël même — regardent l’ampleur de la destruction et ne trouvent plus d’autre mot suffisamment fort pour décrire ce qu’ils voient.

 » Un génocide est de le fait de ceux qui le commettent mais aussi de ceux qui le nient, de ceux qui le laissent impuni et de ceux qui l’oublient. Soyons du bon côté de la mémoire, de la vérité et de la justice« . Un grand merci aux initiateurs de cette table ronde du 6 mai 2026. Poissy a choisi de débattre sur un sujet conflictuel mais nécessaire pour l’Humanité. Au moins pour ce qui reste !

Notes

  1. On fait ici allusion aux propos de Winston Churchil qui aurait été souligné la politique d’extermination des Juifs en Europe.
  2. La plupart des pays, y compris la France, l’Allemagne, le Royaume-Uni, les Etats-Unis, Israël, sont signataires de cette convention, qui prévoit que, si vous identifiez qu’un tel crime est sur le point de se produire, vous avez l’obligation de le prévenir. Et si ce crime a eu lieu, vous avez obligation de punir ceux qui l’ont commis.
  3. Voir le projet immobilier proposé par Trump et ses acolytes.