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Les deux côtés du mur

La prison (ou la Centrale) de Poissy symbolise une partie de l’histoire locale. Mais elle reflète également la société où l’on vit…

Tous les matins, je passe sous les murs de la centrale pour accompagner mon petit-fils à l’école, la connexion est puissante : Éducation, Correction, Réinsertion. Voici la contribution d’Eric Bégé

Dire que du haut de ses murs… putain que c’est vieux, le délabrement saute aux yeux, 3 hectares, en plein centre historique, à 800 mètres à pied de la gare, à deux pas de la collégiale Notre-Dame. Trois hectares cernés de hauts murs entre les pavillons, les immeubles et les terrasses de café, de quoi donner le tournis aux convertisseurs de zonzon en pognon.
Historiquement, les jeunes filles s’y cloîtraient volontairement au XVIIe siècle pour consacrer leur vie au service de Dieu. 1817 marque la transformation du bâtiment en maison de correction avant de devenir aujourd’hui une maison centrale.

Mais tout déraille en 2019, le mur tombe ! La ministre de la Justice de l’époque, Nicole Belloubet, se déplace et annonce 60 millions d’euros de rénovation ainsi que son souhait de maintenir la prison en centre-ville, les détenus attendent encore, les Pisciacais aussi.
En septembre 2023, un contrôle inopiné du Contrôleur général des lieux de privation de liberté (CGLPL) constate un bâtiment tellement dégradé que l’administration elle-même reconnaît ne plus pouvoir l’entretenir : cellules de 8 m² sans douche ni interphone, douches collectives insalubres, plafonds brûlés. Le rapport a été rendu public en octobre 2024. À travers ce rapport, que révèle la prison de Poissy de notre rapport à la dignité humaine ?

Mais paradoxalement, la dignité fait de la résistance derrière les murs, l’architecture permet encore des relations humaines entre les 240 détenus et un personnel mobilisé.
Les détenus disposent, pour la plupart, d’une activité rémunérée, d’une bibliothèque, de cours dispensés par l’Éducation nationale, d’activités sportives et d’outils numériques. Le détenu est un humain comme les autres.

La France compte aujourd’hui plus de 80 000 détenus et possède l’un des taux d’incarcération les plus élevés d’Europe. Pourtant, ces détenus seront appelés à sortir un jour. Ignorer nos faiblesses et nos failles en matière d’éducation et de réinsertion ne permettra pas de résoudre nos problèmes. L’insalubrité et la dégradation du lieu de vie participent à l’augmentation de la violence ; en prison comme à l’extérieur.

Les prisons ne sont pas le seul révélateur de notre manque d’humanité. Nos écoles, nos quartiers, nos hôpitaux ou nos EHPAD témoignent eux aussi d’un lien humain qui s’étiole et participe aux maux dont nous souffrons. N’accusons pas uniquement la politique, l’engagement et le courage ne se délèguent pas.

Poissy est une ville aux multiples symboles, la prison fait sans aucun doute partie de son patrimoine au même titre que l’usine et la collégiale. Interrogeons le ministère de la Justice, propriétaire du bâtiment, sur l’avenir de la prison.

Pensons d’abord à ceux qui y sont incarcérés. Le manque d’action publique, les promesses non tenues, la détérioration des conditions de détention et la mauvaise prise en charge des détenus sont-ils dignes de notre époque ?

L’indignité ne doit plus faire partie de notre société. Nous devons tout faire pour l’éradiquer. Tout se recoupe : le droit de chacun à vivre dans un environnement sûr et digne, chacun a le droit à l’éducation et à une seconde chance, à une reconversion. Que l’on soit détenu, étudiant, ouvrier, policier, migrant ou sans-abri.
Contribuons à humaniser les deux côtés du mur. Je le souhaite car, sans aucun doute, nous en avons les moyens.

Une réflexion d’Eric Bégé, habitant de Poissy.