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La grande et belle connerie (The Big Beautiful Bullshit)

Légende : le soirée où Trump a mis en scène une « tentative d’attentat » à son encontre.

Je ne suis pas du genre à croire aux théories du complot. J’ai assez vécu, assez vu, assez côtoyé le chaos des coulisses – musicales, politiques, humaines – pour savoir que parfois, les choses dérapent en direct. Mais là ? Il y a anguille sous roche. Rien de prouvé, rien de confirmé, je ne m’y accroche pas, mais c’est suffisant pour me donner la chair de poule. Parce que le timing, la mise en scène, la maîtrise immédiate du récit… tout cela me paraît un peu trop parfait. Un peu trop opportun. Un peu trop en phase avec un homme qui a passé toute sa vie d’adulte à manipuler le spectacle, à contrôler l’attention et à réécrire la réalité en temps réel.

Soyons clairs : ce fiasco n’aurait jamais dû avoir lieu. Le dîner des correspondants de la Maison-Blanche est censé être une célébration, parfois une satire, parfois une remise en question, de la liberté de la presse et de son rôle de garante des comptes au pouvoir. Et pourtant, la presse a décidé de dérouler le tapis rouge pour un homme qui, depuis des années, les traite d’« ennemis du peuple », dénigre les journalistes, en particulier les femmes, bafoue le Premier Amendement et transforme la vérité en blague. On ne normalise pas cela. On ne célèbre pas cela. On ne partage pas la scène avec cela en faisant comme si de rien n’était. Ce n’est pas du bipartisme, c’est de la complicité déguisée en dress-code.

Et là, sans prévenir, tout dégénère. Des coups de feu à l’extérieur. Le chaos. L’évacuation. La salle où les gens la plus puissants de Washington se réunissaient vidée en quelques secondes. Trump s’éclipse, publiant presque aussitôt, comme s’il s’agissait d’un épisode de télé-réalité : « QUE LE SPECTACLE CONTINUE ! » Évidemment. Car pour lui, tout est spectacle. Toujours une question d’image. Toujours une stratégie. Toujours le prochain coup de la partie d’échecs narrative qu’il mène depuis des décennies, tandis que tout le monde débat encore des règles.

Encore une fois, je ne dis pas que c’était mis en scène. Je dis simplement que les circonstances soulèvent des questions. Car il s’agit d’un homme qui a évité ce dîner pendant des années. Un homme qui ne s’est toujours pas remis de l’humiliation publique subie lorsque Obama l’a ridiculisé sous les rires de toute l’assemblée. Un homme qui ne se rend jamais de son plein gré dans des environnements où il ne maîtrise pas totalement le récit. Et voilà que, soudain, l’année où il décide d’y aller, voilà ce qui se passe ? L’événement déraille, les blagues tombent à plat, les extraits ne circulent jamais, la presse n’a jamais l’occasion de dénoncer les abus de pouvoir devant tout le pays. Au lieu de cela, l’histoire le définit. Sa sécurité. Son leadership. Son autorité en temps de crise. Le pivot même sur lequel il excelle.

Et puis il y a le ton. Imperturbable. Impassible. Presque inhumain. Juste un message instantané. Un cadrage immédiat. Un contrôle immédiat. C’est ce qui met mal à l’aise, non pas l’événement en lui-même, mais la vitesse à laquelle il est assimilé, reconditionné et réutilisé comme carburant narratif. La plupart des gens, après un tel événement, respirent. Analysent. Réagissent comme des êtres humains. Là, on avait l’impression d’assister à une mise en scène.

Peut-être est-ce exactement ce que cela semble être : un véritable incident, réglé à la hâte, sans plus. C’est tout à fait possible. Mais à force d’observer cet homme agir, de déceler ses schémas, ses diversions, sa constante réinterprétation de la réalité, on cesse de croire les choses sur parole. Non pas par désir de croire le pire, mais parce qu’on nous a montré, à maintes reprises, que la vérité est souvent la dernière chose dont on a besoin.

Ce dont je suis certain, c’est que la presse n’aurait jamais dû se mettre dans une telle situation. Inviter quelqu’un qui sape activement son existence à être la vedette de sa propre célébration n’est pas du courage, c’est de la capitulation. Et que ce soit un hasard, le chaos ou quelque chose de plus calculé, le résultat est le même : l’événement est annulé, le message est perdu et, une fois de plus, les projecteurs sont braqués sur lui.

Peut-être que je me trompe. J’espère que non. Mais j’ai assez d’expérience pour me fier à mon instinct quand quelque chose cloche. Et là ? Là, ça cloche vraiment.

Texte repris de la page Facebook et traduit par Google : —Michael Jochum, Pas seulement un batteur : Réflexions sur l’art, la politique, les chiens et la condition humaine.