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Quand le maire de Triel fait campagne avec la police municipale

Le 3 février 2026, dans les locaux de la police municipale de Triel, le maire Cédric Aoun a fait une vidéo live sur Facebook. (Photo : capture d’écran)

Cédric Aoun, maire de Triel et candidat à sa succession, s’est invité dans les locaux de la police municipale, mardi 3 février 2026, pour démentir les chiffres de la délinquance imprimés dans le programme de son adversaire, Michel Berthomieu. Un agent en tenue a participé à ce « live » pourtant très politique.

Officiellement déclaré candidat à sa succession depuis vendredi 30 janvier 2026, Cédric Aoun n’avait pas fait de « live » sur son compte Facebook depuis deux jours et la présentation d’une colistière de sa nouvelle équipe. On attendait la suite des clips générés par l’intelligence artificielle pour dévoiler les projets par quartier de « Triel, c’est vous » et les interviews des membres de sa nouvelle équipe.

Intervention spéciale en directe de la PM

Le « créateur digital » du réseau social Facebook a surpris ses abonnés. Mardi 3 février 2026, à midi, un « post » titré «Non au charlatanisme politique » a donné rendez-vous à 16, pour « une intervention spéciale ».

Ponctuel et visiblement remonté, le maire de Triel-sur-Seine est apparu à l’écran avec un policier municipal en tenue, dans les locaux de la Ville, un bureau du poste de police. « Une petite vidéo pour démentir un chiffre qui circule actuellement, qui est le +32% de criminalité et de délits sur Triel-sur-Seine. C’est un chiffre qui me fait sourire, vous allez comprendre pourquoi, » a commencé Cédric Aoun. Toujours aussi énigmatique lorsqu’il passe à l’attaque, il n’a jamais cité, au cours des 10 minutes de vidéo, la source de sa colère.

Michel Berthomieu dans le viseur

Il faut avoir lu le programme de Michel Berthomieu, son unique adversaire à ce jour pour les élections municipales des 15 et 22 mars 2026, pour comprendre ce nouveau clash. Dans la double-page « Sécurité, prévention et tranquillité publique » du programme de la liste « Ensemble pour Triel », il est écrit : « Les crimes et délits sur la ville ont augmenté de 32,2% entre 2019 et 2024. » Un tableau précise le nombre de crimes et délits à Triel-sur-Seine (391 en 2019, 517 en 2024), à Vernouillet (348 en 2019, 343 en 2024) et à Verneuil-sur-Seine (550 en 2019, 544 en 2024) et le Service Statistique Ministériel de la Sécurité Intérieure est cité comme source de ces données.

« Comment on peut être aussi manipulateur et en plus prendre les gens pour des abrutis ? (…) Alors Triel est devenu un coupe-gorge ? (…) J’ai peur…Oh Maman, je tremble ! », a poursuivi Cédric Aoun.

Un mode de calcul « manipulateur »

De fait, il a choisi de traiter le sujet de la sécurité en utilisant ses talents de polémiste invétéré. En substance, il s’est surtout insurgé contre « l’addition » effectuée par la liste « Ensemble pour Triel », un mode de calcul qui serait « une manipulation », pour réaliser son tableau. La proposition « d’étudier les opportunités de mutualisation des ressources avec les villes avoisinantes, notamment le syndicat intercommunal SIVUCOP » (page 8 du programme), un syndicat dont il a claqué la porte en 2020, l’a également fait bondir.

« Alors Anthony ? Vous êtes vraiment nuls ! Comment vous faîtes pour être aussi mauvais ? », a encore ironisé le maire en se tournant vers le policier municipal qui a répondu, un peu gêné, en énumérant le nombre d’interpellations « en flagrant délit » effectuées par la police municipale, par année, à Triel-sur-Seine (12 en 2018, 5 en 2019, 0 en 2020, 30 en 2021, 147 en 2022, 211 en 2023, 134 en 2024, 110 en 2025). Il a expliqué les incongruités de ces données et les évolutions de son service.

Règles de campagne ignorées, devoir de réserve bafoué

L’agent municipal, pourtant soumis à un devoir de réserve très encadré, notamment en période électorale, a continué d’échanger avec un maire-candidat en roue libre : défense de ses choix politiques, promotion de sa liste et de ses projets, dénigrement de ses adversaires, allant jusqu’à les accuser de chercher à influencer « des personnes fragiles, des personnes qui peuvent être un peu naïves ». La campagne est lancée sur un drôle de ton.

Interrogé, Michel Berthomieu a répondu : « Je suis étonné par cette instrumentalisation des services municipaux pour une communication politique mais passons. Je voudrais juste préciser que les chiffres que nous donnons sont facilement accessibles par tous les citoyens qui le souhaitent ; ils émanent directement du ministère de l’Intérieur. Nous n’avons rien inventé. »

Invitation au débat contradictoire

Et de poursuivre : « Dans notre programme, nous évoquons une mutualisation possible des ressources, notamment humaines, avec les communes voisines selon le principe bien établi que l’union fait la force. Il me semble que nous n’avons rien à gagner en restant isolés dans notre petit périmètre. »

« Enfin, je ne remets en aucun cas en cause le travail et l’action des policiers municipaux sur Triel. M. Aoun et moi n’avons peut-être pas tout à fait la même conception du rôle que doit jouer une police municipale. Selon moi, elle se doit d’être proche des habitants, d’où notre proposition du concept « café police ». C’est un sujet en tout cas qui mériterait un véritable débat et non un simple étalage sur les réseaux sociaux. Pourquoi pas ? »

À cinq semaines d’un premier tour qui pourrait être le seul si une troisième liste ne se déclare pas, l’événement peut encore largement être organisé. Expert en monologue face caméra, le maire sortant est-il prêt à organiser, avec son adversaire, un débat contradictoire ? En six ans de mandat, c’est un exercice qu’il a souvent terminé de la même manière. Houleuse.

Pour en savoir plus :

Lien URL pour le vidéo live du 3 février 2026


La rédaction du J2R