La CRC, la caution politique anticonstitutionnelle de Cédric Aoun
Décrypter les actions, les choix politiques d’un maire controversé est le but de cette série d’articles. La rédaction du J2R a demandé plusieurs fois une interview à M. le maire. Son refus a été catégorique.
Depuis deux ans, Cédric Aoun utilise les avis de la CRC (Cour Régionale des Comptes) sur les budgets rejetés par le Conseil municipal (en 2024 et en 2025) comme un outil de validation de sa politique, au mépris du principe d’indépendance des collectivités. Anticonstitutionnellement, c’est désormais une garantie de la sincérité de sa campagne.
« Halte au charlatanisme politique, épisode 3. » Après les chiffres de la délinquance et les aménagements de la RD2 vers l’Hautil, le maire-candidat de Triel-sur-Seine a réglé le débat sur les impôts fonciers, dimanche 15 février 2026, d’une publication dotée d’une bonne dose d’outrance comme de coutume. La tête de liste de « Triel c’est vous » accuse donc, sans la nommer, la liste « Ensemble pour Triel » de « charlatanisme » parce qu’elle promet de ne pas augmenter la part communale des impôts fonciers « tout en annonçant un audit des finances. »
L’avis de la CRC lui donnerait raison
Cet audit servirait, toujours selon Cédric Aoun, à « justifier l’impossibilité de respecter leurs engagements » et même à « légitimer une augmentation » des impôts. En conclusion, « Triel c’est vous » est la seule liste capable de garantir la stabilité des impôts, la preuve avec… le logo de la Chambre régionale des comptes (CRC) et un lien vers une page du site de la Ville de Triel-sur-Seine. Elle présente l’avis rendu par la CRC sur le budget 2025 rejeté par le Conseil municipal et un lien pour télécharger les documents officiels.
« Un budget identique à la CRC à 98,75% » affirme ainsi la page du site de la Ville de Triel-sur-Seine pour présenter cet avis « sans appel (…) de la plus haute entité juridique en matière de contrôle des administrations publiques ». Depuis plus de deux ans, Cédric Aoun explique ainsi que le Préfet des Yvelines, qui a rendu le budget exécutoire sur la base des propositions de la CRC, lui a donné raison face à une « opposition bloquante ».
Quid de l’indépendance des collectivités ?
Le maire sortant adore utiliser les avis de la CRC comme des outils de validation de sa politique, au mépris de l’indépendance des collectivités pourtant garantie par la Constitution française. Il le fait depuis qu’il a perdu la majorité au conseil municipal et vu son budget rejeté (en 2024 et en 2025) par des élus qui lui reprochaient un exercice du pouvoir « opaque et solitaire ».
De fait, il a préféré renoncer à appliquer son programme, en tentant de convaincre les dissidents de sa liste ou d’autres élus, pour se retrouver dans cette posture. Rejeté pour la première fois en 2024, le budget avait d’ailleurs été amputé de 2,5 M€ d’investissements nouveaux. Cédric Aoun a plusieurs fois expliqué que, sachant qu’il n’aurait pas la majorité, il construisait un budget conforme à ce que la CRC aurait de toute façon proposée : un budget équilibré permettant d’assurer le fonctionnement et de terminer les projets en cours.
Le sujet mérite d’être clarifié par le Préfet
Désormais, l’argument de l’avis quasi-conforme est utilisé comme une caution politique de sa promesse de ne pas augmenter les impôts. Au-delà de l’outrance d’un message qui n’arrange pas le climat délétère de la vie politique trielloise, le contenu de la publication révèle que le candidat à sa réélection ne s’embarrasse pas d’une interprétation erronée pour tenter d’imposer son récit.
La rédaction du J2R a sollicité, mardi 17 février 2026, le service presse de la Préfecture des Yvelines pour lui proposer de réagir. Il est temps de clarifier le rôle du Préfet et de l’avis de la CRC dans le cadre de cette procédure technique et consultative, mise en oeuvre pour assurer la continuité du service public. Pas pour servir de porte-étendard au candidat-maire.
L.V.



