Les jolies colonies de vacances
Un moment de détente, c’est à saisir pendant les périodes estivales.
Samedi soir dernier, j’ai invité mon vieux pote à venir boire l’apéro, ça fait un bail que l’on ne s’est pas vus. Vous connaissez tous ces moments où votre ami arrive et la conversation reprend presque où elle s’était arrêtée la dernière fois.
Pour une fois, je vais me faire mentir. F. engage la conversation : « Je suis passé par le centre-ville en venant, tu as vu les structures gonflables du village d’été pour les gamins, la ville fait des trucs sympas maintenant pour les jeunes, nous, de notre temps, l’été… c’était long parfois, on a passé du temps à tenir les murs ! »
Oui, tu as raison, mais souviens-toi des séjours en colo. On partait la boule au ventre en quittant sa maman et le quartier, mais à l’heure du retour, nous étions changés, pleins de souvenirs et de coups de soleil, la valise remplie de linge sale.
Je n’étais pas le plus fier dès les premiers tours de roues du car qui nous emmenait en Normandie dans un vieil hôtel dont la ville de P. avait fait l’acquisition. C’était pas le Ritz, et le premier soir on entendait les sanglots dans les dortoirs, mais personne ne s’est jamais moqué de celui qui pleurait l’absence de sa mère ; bien au contraire, on le réconfortait en le prenant avec nous. Je le sais car j’étais dans le camp de ceux qui avaient du mal à quitter leur maman.
Je ne suis pas si vieux que ça et je me souviens d’un texte au collège, en cours de français, qui parlait des enfants de l’immédiat après-guerre qui étaient envoyés « au bon air ». Pas un cri, pas un rire dans les wagons des enfants traumatisés par la guerre et souvent affamés. Le séjour les transformait à jamais. Nous parlons d’un moment de notre histoire où les préoccupations étaient nombreuses et les finances inexistantes.
Combien d’enfants de nos villes, de nos jours, ne connaissent pas la campagne, la mer ou la montagne ? Combien ont eu un rapport avec des animaux de ferme ou de nos forêts ? Combien n’ont jamais vu le ciel étoilé d’une nuit d’été ou ressenti le silence peuplé par les insectes ?
Combien de parties de pêche, de rires pour rien, de promenades en canoë en écoutant le clapot sur la coque ?
Combien de flirts, ce premier baiser de l’été des premiers amours ?
Le ruisseau que nous traversions pieds nus, je sens encore sa fraîcheur.
Au milieu du séjour, il y avait « LE MOMENT ! » La nuit en bivouac ! C’était un périple à lui seul, puis venait le moment du montage de la tente. Elle ne se montait pas en cinq secondes ! Le soir, autour du feu qui grillait les merguez, nous chantions les chansons de Graeme Allwright ou de Maxime Le Forestier, accompagnés par le mono à la guitare. C’était la plus belle chorale du monde sous le plus beau ciel de la Voie lactée.
Nous revenions à la colo heureux et fiers de raconter nos aventures aux plus petits qui n’avaient pas encore l’âge du bivouac.
Enfin, nous devions donner des nouvelles à la maison, il fallait écrire une carte postale pour expliquer aux parents, dans un français du cœur à défaut de celui du Bescherelle, que tout allait à merveille.
Comme tout a une fin, le dernier soir était le moment des chansons, du spectacle parfois, et de la dernière bataille de polochons.
Puis c’était le retour, heureux de retrouver la maison, mais la boule au ventre en pensant à la rentrée. Odeur des cartables et des cahiers neufs.
Une société, c’est et sera toujours du lien. Offrir des vacances à un enfant, ce n’est pas seulement lui offrir une semaine loin de chez lui. C’est lui offrir un souvenir qu’il racontera peut-être, un jour, autour d’un apéritif avec son vieux copain de colo pour la vie.
Je sors au bon air pendant qu’il y en a encore.
Une réflexion d’Eric Bégé.



