Un citoyen à la fenêtre
De moments d’échange sont de plus en plus difficiles dans ce monde complexe et submergé par la vitesse.
« Quelle galère ! Si tu passes à la maison, essaye de venir tôt. En repartant avant 16 h 15, tu éviteras le chaos en ville. »
« Tu as raison, je passerai sur l’heure du déjeuner. Demain, je suis en télétravail ! »
Cette conversation, ou une variante de celle-ci, vous la connaissez bien, elle est devenue familière dans bien des villes de notre région. À Poissy, elle résonne particulièrement depuis plusieurs mois. Mais puisque nous sommes Pisciacais, restons un instant spectateurs depuis notre fenêtre.
Justement, pourquoi sommes-nous toujours les spectateurs contraints des décisions qui façonnent notre territoire ?
Je ne suis pas assis dans le bureau de Madame le Maire lorsque des décisions d’aménagement urbain sont prises. Je me doute qu’il existe des contraintes invisibles : financements, maîtrise foncière, autorisations, coordination entre collectivités, calendriers de l’État, de la Région, des opérateurs de transport, etc.
Mais il y a quelque chose qui cloche, quelque chose qui m’agace. Le citoyen attend davantage qu’une communication d’image.
Nous sommes capables de comprendre les mécanismes de décision, les arbitrages, les contraintes et les choix à long terme qui façonnent Poissy.
Chaque jour, nous gérons des situations complexes dans nos associations, nos entreprises ou nos familles. Je reste persuadé qu’une telle communication renforcerait la confiance. Nous avons besoin d’une information honnête, plus complète, sur les choix qui engagent notre avenir. Lorsque les citoyens ne comprennent plus les décisions qui les concernent, la défiance s’installe et la démocratie s’abîme.
Prenons l’exemple de l’aménagement de notre ville. Des questions légitimes peuvent se poser lorsque les infrastructures semblent suivre plutôt que précéder les nouveaux logements.
• Pourquoi le prolongement du boulevard de l’Europe (RD 30), à Poissy, promis aux habitants du quartier Robespierre il y a plus d’une décennie, ne sera-t-il finalement livré qu’en 2027 ?
• Pourquoi ce calendrier plutôt qu’un autre ?
• Quelles alternatives ont été étudiées ?
• Quelle est la vision globale de ces choix pour les vingt ou trente prochaines années ?
Poser ces questions ne signifie pas s’opposer. Cela signifie vouloir comprendre. La gestion de nos affaires communes relève de la politique ; emparons-nous de ces sujets dans la société civile en expérimentant des choses pertinentes à l’échelle locale. Non pas pour remplacer la décision politique, mais pour l’éclairer par la participation citoyenne et la délibération.
La démocratie ne s’arrête pas le soir du scrutin. Elle vit dans l’action au quotidien, dans la participation, dans les associations, les débats publics, les engagements citoyens et les échanges qui permettent de mieux comprendre les choix collectifs. Déjà 16 h 15, je rentre… à pied.
Une contribution citoyenne d’Éric Bégé



