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Poissy : budget participatif et démocratie locale

ENSEMBLE À POISSY : Et si les habitants pouvaient investir dans la démocratie locale ?

Une fois les élections passées, on devrait s’interroger sur les voies et moyens de raviver la démocratie locale. Voici une contribution au débat par Eric Bégé.

La liste de Sandrine BERNO DOS SANTOS, ENSEMBLE POUR POISSY, remporte les municipales à Poissy avec 52,96 %, soit 6 876 voix. Le taux d’abstention est de 43,07 % au second tour. Sur les 23 793 inscrits, 10 247 électeurs ne se sont pas rendus aux urnes.(1) Pourquoi plus de dix mille électeurs ne se sont-ils pas déplacés au second tour ? Comment la liste Ensemble pour Poissy réalise-t-elle une progression de 20,54 % entre les deux tours ?

Je ne commenterai pas ces chiffres. Je respecte le principe démocratique et reconnais sans discussion la victoire de Madame BERNO DOS SANTOS. Aujourd’hui, je me demande ce que je peux faire pour ma ville avant de me demander ce qu’elle peut faire pour moi. C’est le mot « ENSEMBLE » qui m’intéresse. Amorçons une réflexion citoyenne pour lutter contre l’abstention.

Poissy propose déjà une initiative audacieuse avec le budget participatif citoyen. Et si nous allions plus loin ?
Imaginons une nouvelle forme d’engagement : une évolution démocratique qui unirait plutôt que d’opposer.
Une démarche simple, fondée sur trois piliers : la participation citoyenne, le volontariat et une contribution financière encadrée. L’engagement d’aujourd’hui ne se limite plus à un parti. La démocratie électorale reste essentielle, mais elle ne peut ignorer la démocratie civile. Voter tous les six ans ne suffit plus à faire société, surtout face à l’abstention. La participation continue est une condition d’une démocratie vivante.

Alors, apprenons à créer du commun. Et si la démocratie ne s’arrêtait plus au vote, mais s’étendait aussi à l’investissement ? Nos choix quotidiens comptent. Ils montrent l’importance des acteurs locaux dans la construction d’une citoyenneté réelle. Prenons un exemple concret. Une récente distribution de pommes de terre à Poissy a permis à une famille d’économiser environ 20 €. Et si ce montant devenait le point de départ d’un investissement citoyen ?
Pris individuellement, 20 €, c’est peu. Mais à l’échelle collective, cela devient significatif. Donc : 20 € × 23 793 inscrits sur les listes électorales = près de 476 000 € (475 860 €). À titre de comparaison, le budget participatif de la ville est de 100 000 €, dans un budget municipal de 137 millions d’euros. Il ne s’agit pas de remplacer le budget municipal, mais d’y ajouter une contribution citoyenne volontaire et encadrée.

Aujourd’hui, les citoyens participent déjà à travers le budget participatif. Mais pourquoi ne pas renforcer cet outil pour investir directement dans notre ville ? Des dispositifs proches existent ailleurs, mais rarement de manière directement articulée à un budget participatif municipal.

Imaginons que les habitants puissent, sur la base du volontariat, contribuer financièrement aux projets qu’ils ont eux-mêmes choisis. Une épargne citoyenne locale viendrait ainsi compléter le budget participatif existant.
Les projets continueraient d’être proposés par les habitants, étudiés avec la mairie, puis soumis au vote. Une fois sélectionnés, chacun pourrait décider d’y contribuer, même modestement. Les fonds collectés permettraient de financer davantage de projets, en s’ajoutant au budget existant, ou d’accélérer leur réalisation.
Plus qu’un placement, ce serait un acte d’engagement. Une manière concrète de participer à la transformation de son territoire et de se réapproprier l’intérêt général. Le budget participatif deviendrait alors un levier d’action collective, capable de financer des projets plus ambitieux et des projets associatifs ponctuels.
Bien sûr, un tel dispositif suppose un cadre juridique solide, de la transparence et une vigilance face aux inégalités d’influence. Mais ces défis ne sont pas insurmontables.

Dans un contexte de défiance envers les institutions et de recherche de sens dans l’épargne ou l’impôt volontaire, cette évolution pourrait ouvrir une nouvelle voie : celle d’une démocratie plus continue, plus concrète, où chacun devient acteur du développement de son territoire. Loin d’être une utopie, c’est peut-être une évolution naturelle de nos démocraties. L’innovation ne réside pas dans l’outil, mais dans la combinaison : vote + contribution volontaire + cadre local.

Contribution d’Eric Bégé

1. Source : Ministère de l’Intérieur.