« Fight, fight, fight » jusqu’à l’épuisement
« Danser encore » de Charles Aubert est un roman biographique inspiré de la vie Johann Trollmann, dit Rukeli, boxeur tsigane qui a vécu en Allemagne nazie et qui a été exécuté en 1943. Publié en 2023 par Istya & Cie. Paris.
En dix chapitres ou 10 rounds, l’auteur Charles Aubert, nous livre la tragédie grecque, inspirée de la vie de Rukeli, un enfant Rom. Johann Trollmann, dit Rukeli, boxeur tsigane qui a vécu en Allemagne nazie et qui a été exécuté en 1943 dans le camp de concentration de Neuengamme. Né à Hanovre en 1907, il est sacré champion d’Allemagne des poids moyens en 1928.
Surnommé le Tsigane dansant, comme Mohamed Ali, Rukeli a fait de la boxe sa passion, son art et surtout la méthode pour gravir les échelles de la société où il vivait, l’Allemagne des années 1920 et 1930. Il a boxé, gagné le titre de champion d’Allemagne : il dansa, il s’était inspiré de la musique tsigane et de sa forêt pour embrasser sa profession et son art. Mais le régime Nazi l’a empêché de savourer sa réussite sociale et sportive. Quasi invincible, il a mis K.-O tous ses adversaires sauf le régime qui progressivement a détruit sa famille, son amour, Olga et son avenir : il a été stérilisé et, quelques mois plus tard, déporté comme les Juifs, les homosexuels.
« À l’époque des combats contre Adolf Witt (NDRL : l’adversaire arien qui était encouragé par le régime), Olga avait comparé son mari à Sisyphe condamné par les dieux à faire rouler perpétuellement un rocher jusqu’au sommet d’une montagne... » (page 172) Lorsque Rukeli était devenu prisonnier dans le camp de Neuengamme (près d’Hambourg) où il allait mourir, il devait boxer, boxer, boxer jusqu’à la mort car Lütkemeyer, son bourreau, a monté un ring de boxe pour faire boxer des capos, des soldats SS contre Rukeli, affaibli et, surtout, n’ayant pas la possibilité de boxer à sa manière. En effet, Rukeli devait subir immobile les coups…
« Là il [était] plutôt Prométhée qui, tous les jours, se fait dévorer le foie par un vautour, et qui, toutes les nuits, voit ce même foie repousser de façon que son supplice n’ai jamais de fin. Telle lui semble être sa peine, elle a quelque chose à voir avec une malédiction. L’histoire éternelle des hommes.« (page 172)
Peut-on échapper à son destin ? Voilà la question posée par ce livre. A priori non, mais le geste, à la fin de ce livre, nous conduit à penser que l’on peut tenter de le faire; puis si la mort nous empêche d’échapper à son destin, tant pis. On aurait essayé. C’est Camusien car le monde est absurde (voire tragique) et c’est à nous de nous effrayer un chemin et vivre en tentant de donner un sens à ce moment infiniment petit dans l’histoire éternelle de l’Humanité. « Fight, fight, fight » jusqu’à la mort.
Danser encore, Auteur : Aubert, Charles (1966-….). Auteur
Type de document : Livre
Classification : Romans
Année de publication : 2023
Editions : Istya & Cie. Paris
ISBN
978-2-88944-230-0
EAN
9782889442300
Numéro du document
9782889442300
Langue
français


