Insultes racistes, comportements agressifs et faits de harcèlement : Eddie Aït a-t-il fermé les yeux sur un ancien soutien recruté après son élection de 2020 ?
Pendant la campagne de mars 2026, ce type de questions est utile pour éclairer le citoyen dans son choix de vote.
Le 19 décembre 2025, un conseiller municipal de Carrières-sous-Poissy a saisi le procureur de la République de Versailles au titre de l’article 40 du Code de procédure pénale, estimant que des faits portés depuis plusieurs années à la connaissance de l’exécutif communal sont susceptibles, s’ils étaient avérés et juridiquement qualifiés, d’appeler une appréciation judiciaire. La rédaction a contacté le cabinet de la mairie, mais une réponse dilatoire a retardé la parution de cet article. En attendant, un droit de réponse est attendu à la rédaction.
Ce courrier, que la rédaction du J2R a pu consulter, expose une chronologie détaillée : un agent municipal, entré dans la collectivité en novembre 2020, aurait fait l’objet, depuis son arrivée, d’alertes internes répétées pour des comportements graves. Le même agent est ensuite mis en cause par plusieurs agentes pour des gestes et comportements à caractère sexuel lors d’un événement municipal en décembre 2024, faits ayant donné lieu à mains courantes et plainte selon la saisine.
L’objet du signalement est de permettre à la justice de faire toute la lumière sur cette affaire : comment l’exécutif municipal, et donc le maire, a-t-il réagi face à des alertes persistantes, consignées et “sans ambiguïté” selon les termes mêmes de la saisine ?
Un agent présenté comme ancien soutien de campagne, recruté après l’élection
Le document rappelle tout d’abord que l’agent concerné a été “membre actif du collectif de soutien” du maire Eddie Aït pendant la campagne municipale de 2020. L’agent est ensuite intégré à la commune par mutation le 4 novembre 2020, soit dans la période suivant l’élection municipale, et affecté au service de restauration municipale, incluant la restauration scolaire, ce qui implique — souligne la saisine — un contact régulier avec des enfants. Ce rappel contextualise l’enjeu politique : lorsqu’un agent est présenté comme un ex-soutien de campagne, la moindre impression de tolérance, d’inaction ou de “deux poids, deux mesures” devient un sujet public majeur, même sans favoritisme démontré.
Depuis 2020 : des signalements répétés, décrits comme connus de l’autorité territoriale
Le cœur du courrier repose sur une affirmation clé : depuis 2020, de “nombreux signalements” auraient été portés à la connaissance de l’autorité territoriale, notamment par la DRH et par des agents, visant notamment :
• des insultes racistes envers des collègues ;
• des comportements agressifs et violents ;
• des refus d’obéissance hiérarchique, visant “notamment des collègues féminines” ;
• des faits de harcèlement individuel, détaillés (suivi d’une collègue dans la rue, utilisation de données issues de listings professionnels pour obtenir un numéro personnel, envoi répété de messages malgré demande d’arrêt).
Le signalement insiste sur un point déterminant : ces faits auraient fait l’objet de rapports écrits et signalements internes, reconnus ultérieurement dans le cadre d’une procédure disciplinaire.
Autrement dit, selon l’auteur, on ne serait pas dans l’anecdotique ou le “bruit de couloir”, mais dans une traçabilité administrative.
Une condamnation pénale antérieure, connue de la collectivité selon le courrier
Le document franchit ensuite un seuil supplémentaire : il indique que la commune aurait été informée que l’agent avait été condamné pénalement pour violences et séquestration envers sa conjointe, avec une peine de deux ans d’emprisonnement avec sursis assortie d’une obligation de soins. Surtout, la saisine affirme que cette condamnation était connue avant le courriel d’alerte de la DRH du 18 juillet 2024, mais que “aucune mesure immédiate de suspension, d’éloignement ou de changement d’affectation” n’aurait été prise à ce moment-là.
Le 18 juillet 2024 : l’alerte formelle de la DRH, adressée au maire
L
e document joint à la saisine reproduit un courriel daté du 18 juillet 2024, émanant de la directrice des ressources humaines, adressé au maire (avec copie à la direction générale). Ce courriel décrit un tableau très précis : refus d’exécuter des missions, insultes envers les supérieurs hiérarchiques et un prestataire, refus de parler aux collègues féminines “parce que ce sont des femmes”, intimidation, comportement agressif constant, menaces physiques, accidents de véhicules municipaux sans déclaration.
La formule citée dans la saisine est particulièrement lourde de sens : la DRH écrit qu’il n’est pas possible de “continuer à fermer les yeux” sur cet agent, rappelant qu’il a été “reconnu coupable de violences graves et séquestration”, et plaide pour une sanction disciplinaire plus significative.
Pour un maire-employeur, une alerte de cette nature — factuelle, écrite, nominative — constitue, politiquement, un moment de vérité : il devient difficile de plaider l’ignorance ou la simple “gestion courante”.
Après cette alerte : une sanction limitée et, selon la saisine, aucune réaction “adaptée”
C’est ici que l’article 40 devient politiquement explosif. La saisine affirme que, malgré cette alerte écrite “circonstanciée et sans ambiguïté” :
• aucune mesure immédiate de suspension ou d’éloignement n’aurait été prise ;
• aucune saisine de l’autorité judiciaire “ne semble” avoir été engagée à ce stade ;
• l’agent aurait été maintenu en fonctions.
Puis, en septembre 2024, une sanction disciplinaire de trois jours d’exclusion temporaire est prononcée, mais elle serait strictement limitée à un fait matériel distinct (dégradation volontaire de matériel communal), sans prise en compte — selon la saisine — de la condamnation pénale rappelée par la DRH ni de l’ensemble des faits graves signalés. L’accusation politique tient dans cette chronologie : une alerte majeure, suivie d’une réponse jugée minimaliste, tardive et compartimentée.
8 décembre 2024 : accusations d’attouchements lors d’un événement municipal
Le 8 décembre 2024, lors du banquet de Noël en l’honneur des aînés, organisé à l’Espace Louis-Armand, quatre agentes, issues de services distincts, auraient accusé l’agent de gestes et comportements à caractère sexuel, qualifiés par elles d’attouchements. Selon la saisine, ces faits ont donné lieu à :
• trois mains courantes,
• une plainte pénale
Le document précise que ces faits sont “susceptibles” de qualification pénale au regard des dispositions relatives aux infractions sexuelles, sans préjuger des suites judiciaires.
Le conseil de discipline : confirmation d’un “contexte” connu et suspension tardive
La saisine rapporte que les éléments issus du rapport et du compte rendu du conseil de discipline établiraient que les faits du 8 décembre s’inscrivent dans un contexte antérieur connu, avec des signalements depuis 2020 (insultes racistes, refus d’obéissance envers des collègues féminines, comportements agressifs et violents) et une sanction disciplinaire antérieure.
L’administration qualifie les faits du 8 décembre comme une “violation extrêmement grave des règles d’éthique, du code de conduite professionnelle et des valeurs du service public”.
Et surtout : il est indiqué que la suspension conservatoire n’intervient qu’après ces faits, avant la révocation après avis du conseil de discipline.
La question politique posée au procureur : “risque identifié” et mesures absentes “en amont”
La saisine conclut en expliquant que les faits de décembre 2024 apparaissent comme “l’aboutissement d’un risque identifié, documenté et signalé à plusieurs reprises”, sans mesure de protection ou d’éloignement prise “en amont”.
Le rédacteur précise que sa démarche n’a pas pour objet de qualifier les faits ni de désigner des responsabilités pénales, mais de porter à connaissance du parquet l’ensemble des éléments afin qu’il apprécie l’opportunité d’investigations, notamment l’ouverture d’une enquête préliminaire.
Ce qui met politiquement en cause Eddie Aït
À ce stade, aucune juridiction n’a établi de responsabilité du maire. La présomption d’innocence demeure.
Mais l’article 40 met Eddie Aït en difficulté sur un autre terrain : celui de la gestion et de la protection.
Si la chronologie exposée est exacte, elle pose trois questions publiques, concrètes, auxquelles un maire ne peut se dérober :
1. Pourquoi des alertes internes répétées depuis 2020 n’ont-elles pas entraîné de mesures d’éloignement plus rapides ?
2. Pourquoi l’alerte formelle de la DRH du 18 juillet 2024, adressée directement au maire, n’a-t-elle pas conduit à des mesures immédiates de protection des agentes ?
3. Pourquoi la réaction décrite comme effective (suspension) intervient-elle seulement après des accusations d’attouchements lors d’un événement municipal ?
Cette affaire est de nature à peser lourdement sur la campagne électorale du maire sortant de Carrières-sous-Poissy.



