Vivre chez ses parents, en partir, y revenir
La société moderne évolue tellement vite que la jeunesse cherche des repères.
Entre l’âge médian auquel les jeunes quittent le foyer parental la première fois et celui du départ définitif, près de trois années s’écoulent. Trois années de trajectoires diversifiées vers l’autonomie résidentielle influencées par l’origine sociale, territoriale et le genre. Une exploitation de l’enquête Entrée dans la vie adulte (EVA) éclaire cette étape clé de l’émancipation juvénile.
A un peu moins de 20 ans, un jeune sur deux a déjà quitté le domicile familial une première fois. Pourtant, l’âge médian du départ définitif est de presque 23 ans, soit trois ans après le premier départ. En s’appuyant sur les données de l’enquête Entrée dans la vie adulte (DEPP-Insee-SIES) portant sur les jeunes qui étaient en 6e en 2007, le dernier numéro d’INJEP analyses & synthèses montre que le parcours des jeunes vers l’indépendance résidentielle est rarement linéaire, qu’ils expérimentent des trajectoires variées, marquées par des retours temporaires chez leurs parents.
Des trajectoires marquées par des inégalités sociales et de genre
L’étude révèle que les jeunes femmes quittent le domicile familial plus tôt que les hommes (âge médian du premier départ : 19 ans contre 20 ans), en lien avec une mise en couple souvent plus précoce.
L’origine sociale joue également un rôle clé : à 26-27 ans, 95 % des jeunes issus de milieux cadres ont décohabité, contre seulement 77 % des jeunes dont les parents sont inactifs.
Le niveau de diplôme et la stabilité professionnelle accélèrent le départ : les titulaires d’un bac+5 ou d’un CDI quittent plus tôt le foyer parental, tandis que les jeunes en emploi précaire, sans emploi ou sans diplôme décohabitent plus tardivement.
La recohabitation : un phénomène fréquent
Près de 43 % des jeunes ayant quitté le domicile parental y sont retournés au moins une fois avant 26-27 ans. Ces recohabitations concernent davantage les jeunes hommes (46 % contre 39 % des femmes) et sont plus fréquentes pour les jeunes confrontés à des difficultés économiques (chômage, précarité). Plus de 50 % des jeunes décohabitants aidés financièrement par leurs parents pour leur logement reviennent au domicile parental avant leurs 26-27 ans.
Ces dynamiques de décohabitation et recohabitation reflètent une transition progressive entre la vie entièrement chez les parents et une indépendance résidentielle totale. Elles soulignent le rôle du soutien familial comme filet de sécurité, mais aussi les inégalités d’accès à l’autonomie selon les milieux sociaux.


