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Confinement

Banal bloc-note confiné-mental

Par : 
Claude Barouh

Doit-on être optimiste ou pessimiste à propos de l’attaque virale actuelle ? Les auteurs d’épouvante, de  science-fiction ou de fantastique se sont frottés à ce thème avec plus ou moins de réussite pour ne pas dire de réalisme. Maintenant,  le virus  est parmi nous, nous mettant au pied du mur : la menace est là, bien réelle. Scientifiques, politiques, et autres commentateurs entretiennent vaillamment incertitude, espoir et sinistrose mélangés.  La poésie, recours éphémère, tente d’éclairer le débat.

C'était en mars 2020.

Les rues étaient vides, les magasins fermés, les gens ne pouvaient plus sortir mais le printemps ne le savait pas et les fleurs ont commencé à fleurir, le soleil à briller, les oiseaux à chanter… Les hirondelles allaient bientôt arriver, le ciel était bleu, le matin arrivait plutôt que prévu. C'était en mars 2020 ; les jeunes devaient étudier en ligne, trouver des occupations à la maison pour ne pas tourner en rond et les gens ne pouvaient plus faire de shopping, ni aller chez le coiffeur ou chez les copains. Tout fermait. Cinémas, théâtres, mairies... Bientôt il n'y aurait plus de place dans les hôpitaux et les gens continuaient de tomber malades, très malades mais chacun gardait l’espoir de se sortir des griffes de ce virus venu de l'autre bout du monde pour les surprendre dans leur certitude d'échapper au mal.

Paysage sonore 

Avec le confinement, l’espace intérieur a pris le pas sur l’espace extérieur qui s’est transformé. La ville, devenue un désert silencieux est pourtant toujours là mais différente et ce ne sont pas nos sens qui nous trahissent. Si le quartier connu pour être animé, c'est-à-dire bruyant, s’est vidé de ses habitués, pour nous qui sommes confinés dans des appartements de quelques dizaines de m², ou une chambre étroite et mansardée, le bruit dominant venait de l’extérieur, il faisait partie de la vie quotidienne : cliquetis et discussions aux terrasses des cafés, moteurs sonorisant le carrefour tout proche, coups de gueule intempestifs d’irréductibles braillards de trottoir…

D’autres sons, habituellement étouffés par la circulation sur le boulevard, se sont révélés : voisins pianiste ou violoniste, chanteuse accompagnant la radio, bruits de couverts à heures fixes, voix, éclats de rires ou cris d’enfants las d’être enfermés.

Voilà que le voisinage, hier inaudible ou dérangeant, se révèle : il est devenu vivant et sera peut-être regretté après l’épreuve que nous subissons enfermés dans nos appartements. Qu'en est-il des autres confinés, ceux qui ont terrasse, jardin ou verdure à proximité de leur habitation mais, avec l'interdiction d'y d’accéder, supportent-il mieux ce nouveau monde qui nous était inconnu ?

Le corps médical accompagnait les corps malades. Moral, physique, culturel, tout semblait suspendu sauf pour certains irréductibles hors la loi du moment. Le printemps lui ne savait pas, l’hiver avait tiré sa révérence, le soleil brillait, certains arbres fleurissaient déjà ; voilà que le temps d'aller au jardin était arrivé, que l'herbe verdissait et que les jours semblaient avoir commencé à s’étirer. Illusion ! Rien ne serait plus comme avant...

C'était en mars 2020.

Les gens ont été isolés, relégués, étiquetés. Une loi les a mis en confinement. Pour se protéger, protéger les aïeux, les familles, les enfants. Plus de restau, plus de fêtes, plus de réunion ni de repas entre relations, de rencontres familiales, amicales ou autres. "Travaillez, nous nous en sortirons !" Mais c'est le télé-travail qui est conseillé et le chômage partiel est tombé sur de nombreux salariés. Les transports publics comme la communication sont devenus minimalistes parce que pendant quelques temps être proche c’est se tenir à distance. Paradoxe ? Non, formule commerciale pour justifier la fermeture des guichets remplacés par d'improbables rendez-vous par téléphone ou par Internet. 

La fracture numérique ? Nous ne connaissons pas. La peur est devenue si réelle qu’elle a contaminé les relations commerciales. Pauvres interlocuteurs, las de renouveler leurs argumentations, ils abandonnent...

Mais le printemps ne savait pas, il continuait son arrivée théâtrale : les pommiers, cerisiers et autres ont fleuri, les feuilles ont poussé. La nature n’était pas confinée. Mais les gens ? Les gens ont commencé à lire, à jouer en famille, apprendre une langue ; ils chantaient ou applaudissaient à heure fixe sur les balcons en invitant les voisins à faire de même. Ils ont appris une nouvelle langue, le voisinage bienveillant et à être solidaires ; ils se sont concentrés sur d'autres valeurs car les gens avaient réalisé l’importance de la santé, la souffrance de ce monde qui s'était provisoirement arrêté, de l’économie qui risquait de dégringoler et pris conscience qu’il y aurait un avant et un après.

Sans façon, certains optimistes se mirent à rêver. Puisque le printemps ne savait pas, les fleurs ont laissé leur place aux fruits, les oiseaux ont fait leur nid, les hirondelles étaient apparues à l’heure dite et le jour de la libération devait arriver ; les gens l'ont appris à la radio, à la télé, dans la rue. Le virus avait perdu la partie, les gens jetaient masques, gants, gestes barrières et peur de la contagion. L’épreuve, l’épidémie avait appris aux gens le pouvoir de la vie.

Commentaire : « Confinés : Tout va bien se passer, restez chez vous, protégez-vous, et vous profiterez de la vie… »

Voix off : «... aussi longtemps que le prochain virus attaquera le genre humain…»

(D’après un texte d’A. B. revu et développé)

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