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Transports en commun

Grève : l'art de la résilience ou comment la mesurer !

Par : 
Rebecca Acosta

Tandis qu’il est aisé de mesurer la résistance d’un matériau au choc grâce à son coefficient de résistance, il est plus difficile de saisir dans sa globalité la résilience d’une population face à l’adversité. 

Résilience, substantif féminin : force morale ; qualité de quelqu’un qui ne se décourage pas, ne se laisse pas abattre[1].

Prenons au hasard la grève des transports publics commencée le 5 décembre dernier en France.

Que nous soyons pour ou contre cette grève n’est pas la question : nous devons vivre avec elle. Aller au travail, à l’école, partir en vacances etc. Tout déplacement peut rapidement devenir un calvaire. A Paris, on en est même à regretter l’atmosphère bien particulière de la ligne de métro 13. Je vous conseille notamment l’heure de pointe entre 7 h 30 et 9 h, un bonheur de bon matin !

Alors qu’aux prémices de la grève il était parfois agréable de rater un jour ou deux de travail, de « malheureusement » ne pas aller à cette séance de sport où notre  pote nous traîne toutes les semaines, que faire quand la situation s’éternise ?

Plusieurs mécanismes d’adaptation se mettent en place, entre passivité et action. C’est là que la résilience des usagers des transports publics est mise à l’épreuve.

Profil A : le casanier

Ceux-là ne sont pas très nombreux mais peuvent, du fait de leur situation socio-professionnelle rester chez eux. Quand ils le doivent, ils se déplacent à pied dans un périmètre bien restreint. Petit à petit, ils redécouvrent leur voisinage ; il peut, parfois, même leur arriver de dire bonjour aux passants. Toutefois, pendant les vacances, ils ont été bien embêtés de devoir rester chez eux. Vont-ils accepter de vivre une vie d’ermite jusqu’à la fin de la grève ?

Profil B : l’aventurier

Vous savez très bien de qui je parle. Cette personne va pour la première fois depuis des lustres reprendre le volant de sa voiture, enfourcher son vélo ou même encore pire, se risquer à se déplacer en trottinette électrique. S’il vous plaît, faites attention ! Se déplacer en ville reste une tâche ardue, n’hésitez pas à réviser (un peu) votre code de la route, pensez aux lumières la nuit et portez un casque. Il faut savoir que ce dernier n’est pas obligatoire en France à l’inverse de certains pays où l’amende peut être sévère. C’est à peine si j’ose ajouter : les voies cyclables ne sont pas des zones de stationnement.

Profil C : l’intouchable

La grève ? Quelle grève ? Pour ces personnes, pas de changements notoires dans leurs pratiques de déplacement. Ils faisaient déjà tout en voiture, en vélo ou avec d'autres véhicules pour des raisons écologiques et/ou pratiques. Au vu de la grève, ils ne sont pas prêts de changer. Ils remarquent toutefois qu’il y a plus de monde dans les rues et sur les routes ; des fois cela les soûlent un peu. Du fait de leur ancienneté, ils vont quelquefois jusqu’à donner des conseils aux « nouveaux ».

Profil D : l’obstiné

Après un mois de grève, ils ne sont plus très nombreux. Cependant, ils n’ont pas le choix. Tous les matins, nous pouvons voir leurs publications sur les réseaux sociaux, illustrant des quais noirs de monde. Tous les matins, le même suspens : arriveront-ils à entrer dans la seule rame du RER de la matinée ?

Profil E : l’optimiste

Certains espèrent que cette grève s’arrêtera vite afin que le calme soit rétabli et que reparte la croissance. A contrario, d’autres voient là un premier pas vers une transition écologique durable. Ils espèrent que les voies de déplacement secondaires sans voiture seront développées, peut-être même des axes entièrement piétonniers pour que, finalement, la décroissance s’amorce. Un ralentissement par la solidarité, par la mise en avant d’autres qualités que celles mercantiles. L’avenir leur donnera t-il raison ?

Certes la résilience peut se mesurer par d’autres biais, sans doute plus positifs que la grève actuelle. Cela n’empêche pas le fait que ses effets sont un bon moyen de quantifier notre témérité.

Quand parfois la réputation de râleur nous précède, je me permets toujours de mettre en avant cette pugnacité, cette capacité d’adaptation que nous, français, avons.

Râleurs ? Oui.  Grévistes ? Oui / Non.

Surtout, nous sommes résilients au plus haut point. L’art de la résilience est une force, sans doute à ajouter à cet art de vivre « à la française » !

 


[1] RÉSILIENCE : Définition de RÉSILIENCE, https://www.cnrtl.fr/definition/r%C3%A9silience, consulté le 7 janvier 2020.

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