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Solidarité

Inverser les rôles dans le but de changer l'hébergement des réfugiés

Par : 
Rodrigo Acosta et correspondants

Le 6 avril, à la Péniche de Triel, le Comité de soutien des Tilleuls a innové en mettant en œuvre le concept de "conférence inversée" en matière d'hébergement des réfugiés. Il s'agissait de faire parler les premiers concernés par cette problématique : les réfugiés eux-mêmes. Le sous-préfet Stéphane Grauvogel et les élus locaux présents se sont prêtés au jeu. Une grande première dans les Yvelines ! 

Webtélé 2R. 

Le Comité des Tilleuls a organisé, au nom du Réseau pour l'Accueil des Migrants en Yvelines (RAMY)  dont il est membre, une "conférence inversée"  sur le thème de l'hébergement des migrants. Les chiffres actuels montrent une offre insuffisante de logements pour accueillir les réfugiés dans les Yvelines. C'est le cas dans l'ensemble de la Région Île-de-France. L’installation de campements en pleine rue (à Paris) et sur des zones en friche (dans la plaine d'Achères) en est une triste démonstration ; le résultat est que les migrants partagent la situation inacceptable de l’ensemble des trop nombreuses personnes sans domicile fixe. Cette situation engendre pour les migrants des difficultés parfois insurmontables pour l’accès à leurs droits, retardant leur intégration dans la société française. 

Les 40 réfugiés(1) présents se sont organisés pour mieux faire comprendre cette situation et débattre de propositions dans une ambiance studieuse. Une nécessité est apparue, celle de faire, d'abord, intervenir les migrants puis de faire réagir les experts et les décideurs. De trois semaines à quatre mois dans la rue, avant une prise en charge dans un hébergement d’urgence, c'est le parcours-type d’un demandeur d’asile dans les Yvelines. Ce parcours du combattant peut s'allonger pour les demandeurs d'asile qui se trouvent dans la catégorie dite de Dublin(2). Certains peuvent attendre 12 mois de plus ou peuvent être renvoyés dans le pays de leur arrivée dans l'espace européen. 

Une attente a souvent été exprimée par les réfugiés présents : héberger les demandeurs d’asile dès leur arrivée ! Comment procéder alors que les moyens financiers se sont taris ? L'Etat, les collectivités locales et les élus n'ont plus de marge de manœuvre ! D'où la demande récente des grandes villes de France que l'Etat augmente les moyens disponibles. L'aveu de la quasi-inefficacité de la politique du gouvernement est entériné par Michèle de Vaucouleurs, députée de la 7e circonscription des Yvelines : "On devrait accueillir les migrants dignement, malgré la complexité de la tâche. On n'a pas de moyens de faire sans les bénévoles !

"Heureusement, les bonnes volontés sont là", pourrait-on acquiescer mais cette situation démontre l'inefficacité relative de l'action publique. La multiplicité des acteurs et des fournisseurs (sous-traitants ?) dans la chaîne de décision et d'action pour héberger les réfugiés pose problème. En outre, la logique de demander plus aux fournisseurs, comme la Croix-Rouge, en les payant le moins possible, est invariablement une impasse. On pourrait également ajouter quelques changements de façade, tels qu'une meilleure responsabilisation des réfugiés qui passent par la case hébergement d'urgence ou hébergement ad hoc.  

Voilà un certain nombre de points-clés abordés lors de cette "conférence inversée" sur l’hébergement des réfugiés,  à Triel. Espérons que la parole de ceux que l’on n’entend jamais aura permis aux décideurs une meilleure compréhension des problèmes concrets et précis, vécus par les migrants : un hébergement tardif, discontinu, dont les conditions sont souvent difficiles (promiscuité, règlements ressentis comme "infantilisants", insuffisance de l'accompagnement social). Cet état de fait crée bien évidemment des difficultés, parfois majeures, dans l'accès aux droits et à l'intégration dans notre pays.
 

Organisée par le Réseau AMY(3) sur l'initiative de bénévoles, avec  la volonté des pouvoirs publics et l'appui des élus, cette conférence a exposé les difficultés actuelles de ce chemin sinueux pour accueillir les réfugiés. En prenant l'exemple de la politique d'hébergement des migrants, Triel a été la vitrine permettant de montrer la méthode à généraliser : faire remonter l'information à partir de la base.

COMITE DES TILLEULS DE TRIEL-SUR-SEINE

Cours de Français • lundi 17 h-19 h • mercredi 9 h-11 h • jeudi 17 h-19 h A la Maison des Associations (44 rue des Créneaux, en haut de la rue du Centre d'hébergement)

Permanence administrative : Aide aux démarches administratives pour les papiers (préfecture, OFII, OFPRA, convocation etc.), en complément de celle des assistantes sociales du centre. Tous les vendredis de 17 h 30 à 19 h 30 à La Péniche (bateau sur la Seine au niveau du supermarché Auchan)

Café Voisins : Rencontre autour d'un café ou d'un thé avec les voisins et les membres du Comité de soutien des Tilleuls Tous les premiers samedi de chaque mois (2 septembre, 7 octobre, 4 novembre ...) dans le garage devant l'entrée du Centre d'hébergement.

Qui ? : Comité de soutien des Tilleuls (voisins, associations Secours Catholique et Ligue des Droits de l'Homme)
Comité des Tilleuls : comite.tilleuls78@gmail.com

 

Notes

1. Une quarantaine de migrants, hébergés notamment à Mézy, Triel, Conflans, Achères et Versailles ou non hébergés, se sont inscrits et préparés pour cette conférence inédite à la Péniche de Triel-sur-Seine.

2. Ce qualificatif indique que le demandeur d'asile est passé par un des pays autres que la France : Allemagne, Italie, Grèce... L'accord de Dublin encadre la procédure à suivre : lorsqu'un demandeur d'asile se trouve dans un pays tiers, il(elle) devrait passer par le premier pays d'arrivée. 

3. http://reseau-amy.org/

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