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Projets immobiliers

La marina de la Pointe de Verneuil, serait-ce un projet "privé" financé par les collectivités locales ?

Par : 
Alain Lafon

Quel sont les objectifs du projet de la marina de la Pointe de Verneuil ? Qui y participerait ? Qui paierait ? Ce sont des questions soulevées par ce projet, présenté le 20 mars 2019 par le maire de Verneuil-sur-Seine et la société UrbanEra, filiale du groupe Bouygues Immobilier. Voici une tribune d'Alain Lafon, constituant une contribution au débat local.

Le projet de la marina de la Pointe de Verneuil propose de relier la ville de Verneuil-sur-Seine à la Seine. Elle se situerait dans une ancienne plaine agricole inondable, séparée de la ville depuis cent cinquante ans par des voies ferrées et deux gares de triage. Après l’exploitation des gisements de sables et de graviers présents, les plans d’eau des sablières ont été reconvertis, pour partie en décharges, pour la plus grande partie en base de plein air et de loisirs, l'Île de loisirs du Val de Seine. 

Un espace naturel qui serait, irrémédiablement, détruit

La Pointe de Verneuil représente un corridor entre deux étangs de la base de loisirs, ceux de la Grosse Pierre et du Gallardon. La marina de la Pointe de Verneuil projetée remplacerait un corridor écologique « sauvage » par une marina de cent cinquante anneaux, six cents logements, mille cinq cents habitants, un bon millier de véhicules automobiles ! La continuité écologique serait garantie par des espaces verts entre les logements. Si ce n’est pas une plaisanterie, cela y ressemble beaucoup : une telle mosaïque de routes et de flots d'automobiles, entre des constructions denses d’habitations, constituerait la fin irrémédiable de cet espace « naturel ».

Où étaient les élus non vernoliens et les autres acteurs locaux,  lors de la réunion de concertation ?

L’avis des organismes compétents en la matière semble essentiel pour permettre aux habitants concernés de former leur avis sur ce projet. Le 20 mars 2019, la Ville de Verneuil-sur-Seine a organisé une réunion réglementaire de concertation préalable sur ce projet de marina de la Pointe de Verneuil. Il est remarquable de noter qu’aucun des élus autres que ceux de Verneuil-sur-Seine, pas tous présents, néanmoins concernés par ce projet en tant que financeur, acteur ou simple voisin, n’a participé à cette réunion. On peut citer le SMEAG BPAL VS 78 (syndicat mixte de gestion de la base de loisirs du Val de Seine), le SIEAVV (Syndicat intercommunal pour l’eau et l’assainissement de Verneuil-sur-Seine et Vernouillet), les communes de l'ex-CA2RS (Communauté d'agglomération 2 Rives de Seine), celles de la Communauté urbaine Grand Paris Seine et Oise (GPS&O), les conseillers départementaux du canton de Verneuil-sur-Seine, les conseillers régionaux de la Région Île-de-France, les membres de l’EPFIF (Etablissement public foncier d'Île-de-France), ceux du SMSO (Syndicat mixte d’aménagement, de gestion, et d’entretien des berges de la Seine et de l’Oise). Les représentants des administrations concernées, sous-préfectures, VNF (Voies navigables de France), PAP (Port autonome de Paris), Agence de bassin Seine Normandie, DRIRE, ADEME, EPAMSA (Etablissement public d’aménagement du Mantois Seine aval) étaient également absents. Il semble essentiel de connaître la position officielle de ces différents partenaires « oubliés » de ce projet avant d’engager de nouveaux frais. Aucun chiffrage des financements autre que le coût hypothétique, pour la ville de Verneuil-sur-Seine, de l’éventuel abandon du projet, n'a été présenté. 

Estimation des coûts pour la Ville de Verneuil et les autres communes de GPS&O

Le foncier a été porté par l’EPFIF, pour une durée de dix années, remboursable après « prolongations » en 2020-2021. Le maire de Verneuil a évoqué une charge de l’ordre d’un million d’euros pour la commune de Verneuil-sur-Seine, si ce projet ne se réalisait pas. Certain des acteurs locaux présents le 20 mars 2019 ont indiqué, pour leur part, que le coût global de l’acquisition du foncier des onze hectares de la Pointe de Verneuil pouvait être évalué à onze millions d’euros. Il semblerait que ce montant soit très largement supérieur à celui de l’estimation du service des domaines. Certains évoqueraient plus du triple. Cette charge devant être supportée par la commune de Verneuil-sur-Seine ainsi que par les autres communes de GPS&O, notamment celles de l'ancienne intercommunalité CA2RS. Voir le détail des estimations des charges dans l'encadré ci-après.

Il est sidérant de constater qu’aucune évaluation prévisionnelle raisonnable d’un projet de plusieurs dizaines de millions d’euros n’ait pu être présentée à l’occasion de la réunion de concertation préalable. Ceci explique peut-être l’absence de certains élus incontournables en la matière. La présentation du projet n'a pas abordé son économie globale, notamment celle du financement d'un éventuel déficit d'exploitation de la marina ? Selon certaines sources, l’éventuel déficit d’exploitation de la marina serait supporté par la collectivité. Il serait intéressant d’en savoir davantage.

En conclusion, faudrait-il voir dans ce projet de marina un projet "privé" entre la municipalité de Verneuil-sur-Seine et la société Bouygues immobilier, monté sans appel d'offres connu, dont les aménagements publics nécessaires seraient financés par les collectivités locales ainsi que d’éventuels déficits d’exploitation ? 

inventaire estimatif des coûts
Dans l’hypothèse de l'abandon du projet de marina

• Rachat du foncier à l’EPFIF
• Verneuil-sur-Seine : 5,5 millions d’euros ;
• Communes de l’ex-CA2RS : 5,5 millions d’euros.

Dans l’hypothèse de la réalisation du projet de marina

• EPFIF (Etablissement public foncier d'Île-de-France) :  Dépollution du site qui aurait abrité des activités de fabrication de produits « amiante-ciment » - 20 millions d'euros ?
• Bouygues immobilier : Rachat du foncier à l’EPFIF pour un montant inconnu ; Port de plaisance ; Logements ; Voirie interne ;  Réseaux ;
• Verneuil-sur-Seine : Participation dépollution du site ; Groupe scolaire ;
• Communes de l’ex-CA2RS :  Participation dépollution du site ;
• GPS&O : Chemin rural n° 45 - 2 à 3 millions d'euros ;  Pont-route du Rouillard sur les voies SNCF – estimation reconstruction tabliers deux à trois millions d‘euros ; Promenade vélo-piétons du bord de Seine...  Projets « orphelins »  ; Passerelles d'accès aux gares - estimation passerelle 150 mètres 9 millions d'euros.
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