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Littérature

L'association Octave Mirbeau peut-elle tourner la page ?

Par : 
Samuel Lair, président de la SOM

Un changement de direction ou de cap est relativement facile dans le monde des affaires. Il suffit d'évaluer et de monneyer son bien. Ce n'est pas le cas pour les associations, en particulier la Société Octave Mirbeau, qui met en avant l'œuvre de l'illustre écrivain triellois Octave Mirbeau, mort en 2017. Nous publions ci-dessous la tribune du président actuel, Samuel Lair.

Le 5 mai 2018, j’acceptais bien volontiers des mains de Pierre Michel le relais de la présidence de la société Octave Mirbeau (SOM). Solidement entouré des onze membres du CA, épaulé par l’équipe du bureau, il m’apparaissait que la principale préoccupation était le maintien d’une activité éditoriale féconde et durable, à travers les Cahiers Octave Mirbeau. Amorcer ce nouveau tournant s’est avéré en réalité une expérience singulièrement délicate, dont je voudrais retracer quelques-unes des étapes, en m’interdisant de me situer dans une posture polémique. Mieux, je voudrais mettre un point final aux tensions sans cesse avivées par voie de messages électroniques, en exposant les faits de façon objective ; les mails ab irato ont longtemps abreuvé les messageries respectives des membres du CA. La suite nous dira si nous avons bien fait.

Le souhait de voir la SOM continuer à remplir les missions qui sont les siennes depuis plus d’un quart de siècle exige en effet d’être attentif à la qualité du gros Cahier annuel, en termes de choix du contenu et des illustrations, de prise en compte de la présentation formelle, etc. En outre, aucun des membres de la SOM ne souhaitait se charger des tâches ingrates relatives à la réception des commandes, à la gestion de celles-ci, à la mise sous pli des livraisons, à leur envoi postal, etc. Il nous fallait par conséquent amorcer le choix d’un véritable travail collectif, là où jusqu’à présent, Pierre Michel assurait la totalité du travail. Changement de cap d’importance.

Lors de notre AG du 5 mai 2018, à Triel-sur-Seine, j’ai par conséquent annoncé qu’une première démarche de ma part auprès du responsable des Classiques-Garnier aboutissait à une proposition faite par ce dernier. En outre, mon interlocuteur se disait tout à fait favorable à l’édition en poche de certains textes de Mirbeau, à condition de leur adjoindre une préface, rédigée par nos soins. C’était là le signe que les efforts de la société Mirbeau depuis plus d’un quart de siècle portaient leurs fruits et la possibilité réelle pour nous de compter sur une diffusion que seules des maisons d’édition de cette importance peuvent assurer.

J’ai par conséquent présenté ce projet lors de notre réunion de bureau, en octobre. Nombre d’entre nous en ont vu immédiatement l’intérêt et la portée. Pierre Michel s’est opposé au contenu et à l’idée même d’un contrat nous liant à Garnier, au principal prétexte que le choix d’un éditeur devait être avant tout conditionné par la recherche d’un éditeur militant et alternatif. Le nom du Petit Pavé a été avancé par lui ; un éditeur angevin dont l'éloignement géographiquei, par parenthèses, compliquait un peu plus ma tâche. La consultation rapide de leur site Internet nous a appris qu’ils ne disposaient que d’un réseau de diffusion très modeste, qu’aucune expérience d’édition de revues littéraires n’était à leur actif, élément très inquiétant pour nous ; enfin, trop de faiblesses résidaient dans la présentation même du site (respect de la charte graphique, orthographe prise en défaut, etc.).

La fin de l’année 2018 a par conséquent été animée d’échanges et de débats autour de la confrontation des deux éditeurs. À la recherche d’une solution médiane, je me suis tourné vers les éditions du Lérot, qui ont à leur actif plusieurs volumes de Mirbeau édités à leur catalogue et proposent des volumes singulièrement beaux. Le fils de Jean-Paul Louis, repreneur, a répondu avec enthousiasme. J’ai communiqué à Pierre Michel le résultat positif de cette démarche ; il ne lui a pas paru utile  ne serait-ce que de relever l’existence de cette recherche.

Le temps passant, plusieurs des membres de notre CA se sont manifestés en se disant favorables à un sondage organisé auprès de notre équipe, à partir des éléments dont nous disposions. Le vote a été organisé auprès des 12 membres de notre CA, chiffre hautement représentatif.

Huit membres se sont prononcés pour Garnier ; trois se sont abstenus ; Pierre Michel a maintenu son choix du Petit Pavé.

La décision est donc sans appel. N’entrons pas plus avant dans le détail des échanges qui ont suivi ce choix largement majoritaire, qui sont à créditer au compte des heures peu glorieuses de la société Octave Mirbeau. Pierre Michel nous a fait connaître sa volonté de maintenir le projet du Petit Pavé, en niant même la réalité du vote. Aucun d’entre nous ne souhaitait bien entendu revenir sur la décision collégiale. Pierre a eu des mots que plusieurs d’entre nous ont jugés injustes, à l’égard d’une équipe qui l’a soutenu dans ses moindres projets depuis un quart de siècle. Notre secrétaire Arnaud Vareille, fidèle parmi les fidèles, a donné sa démission le 18 janvier, ne comprenant pas en quoi le choix collégial de Garnier pouvait entraîner la fin de la société Mirbeau ; notre vice-président Yannick Lemarié a estimé ne plus pouvoir travailler avec Pierre Michel, qui lui retirait sa confiance et son amitié, et a remis sa démission peu de temps après.

Les excuses de Pierre Michel nous sont parvenues quelques jours plus tard, accompagnées de la promesse de se résigner au choix de Garnier si telle était la décision collective, sans chercher à faire de cette dissension un objet de débat public, livré à l’ensemble de nos membres. Mais promesses et excuses ont été impuissantes à faire revenir vers nous les deux personnes à qui nous devons non seulement un nombre incalculable de comptes rendus, d’articles dans les COM et de contributions aux colloques, mais par surcroît la haute tenue amicale qui présidait à la vie de notre association depuis 25 ans. Arnaud Vareille et Yannick Lemarié, à ce titre, ont été eux aussi les chevilles ouvrières de la redécouverte d’Octave Mirbeau.

L’œuvre de Pierre Michel est celle d’un passionné et, à aucun moment, nul n’a mis en cause l’étendue ni le résultat de ses efforts.

Mais la société Mirbeau aborde aujourd’hui un inévitable tournant, que ses membres doivent accompagner. Il lui faut dorénavant fonctionner de façon collégiale, afin de survivre. Le choix d’un éditeur institutionnel comme Garnier nous permet de rétablir un mode de financement pérenne : en couvrant la totalité des dépenses inhérentes à l’impression, à  la publication, à la distribution et à la diffusion des Cahiers Octave Mirbeau, sans demander aucune participation financière à la société Octave Mirbeau, comme le contrat désormais signé le précise, l’édition chez Garnier nous force à trouver un mode de fonctionnement moins artificiel. La SOM a beaucoup vécu sous perfusion, grâce à la générosité de son fondateur qui n’a cessé d’alimenter la trésorerie de ses propres deniers : on ne peut reprocher à ceux qui en sont désormais les responsables de chercher dorénavant à en garantir une forme de fonctionnement autonome.

Ce qui vaut pour l’exigence financière est réalité, aussi, pour le travail éditorial. À l’heure où je jette ces lignes sur le papier, quelques-uns d’entre nous ont déjà pris contact avec moi en se réjouissant de l’intérêt qu’ils trouvent à lire le n°26 mais se disent défavorablement influencés par un certain nombre d’éléments plus ou moins techniques : des caractères gras qui viennent se greffer çà et là sur le corps du texte ; un certain nombre de coquilles qui subsistent ; une reproduction inégale des illustrations ; plus grave, un ensemble de 40 pages manquantes entre la p. 90 et la p. 135 ; d’autres notent un ou deux textes trop faibles pour l’édition (à ce sujet, il nous faut savoir tirer la leçon du refus du CNL de financer ce numéro. Le CNL demande « un vrai travail éditorial », et déplore « le caractère inégal des contributions »). Il y a là deux manquements évidents :

1 - Le travail de l’éditeur actuel est ici largement pris en défaut.

2 - La nécessité d’un comité de lecture, que nous impose d’ailleurs Garnier, s’avère incontournable ; en tant que directeur de la revue, jusqu’à présent, je n’ai jamais été invité à lire une seule des propositions d’articles, ou un seul des textes donnés à la publication... Il y là une faille. Nous sommes par conséquent, dès aujourd’hui, en train de travailler à la constitution d’un comité de lecture des prochains COM, et les réponses déjà recueillies montrent que chacun est sensible à cette exigence.      

De la même façon, l’éditeur Garnier nous donne son accord pour publier des illustrations, à condition que nous puissions fournir un copyright. Jusqu’à présent, nous ne payions aucun droit de publication, ce à quoi nous sommes pourtant légalement tenus, notamment en matière de reproduction des œuvres d’art, tableaux, photos, etc. Il y a là un risque évident.

Voilà. De ces points, j’ai eu l’opportunité de discuter avec vous lors de notre belle AG du 6 avril dernier, à la bibliothèque de l’Arsenal, qui a montré que l’esprit de nos déjà nombreuses réunions a traversé les décennies ! Le vote à l’unanimité des rapports d’activité 2018, d’orientation 2019, et du budget est le signe que nos membres souhaitent non seulement accompagner cette évolution des Cahiers Octave Mirbeau mais se montrent enthousiastes à la décision prise de reconstituer un nouveau bureau. Bienvenue à Anita Staron, vice-présidente, et à Alain (Georges) Leduc, secrétaire !

                                   Samuel Lair, président de la société Octave Mirbeau

 

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