Vous êtes ici

Circulation urbaine

La vitesse en débat : "Plus jamais ça !"

Par: 
Rodrigo Acosta

Depuis février, les services techniques de la communauté urbaine ont changé les panneaux de signalisation, à Triel, pour indiquer le changement de la politique locale de circulation : désormais, on roule à 30 km/heure sauf sur un tronçon à la sortie de Vaux (où il est toujours permis de rouler à 50 km/h) et dans une portion de la forêt de l'Hautil (notamment au début de la descente). Tollé, pétition, incompréhension ont dominé les réactions du public et des commerçants ! La finalité est peut-être louable, mais la méthode n'est pas bonne. 

Ralentir la ville, la vie, tel est le leitmotiv de la plupart des urbanistes en France et à l'étranger(1). Le règne du "tout bagnole" est fini. Certes, les pouvoirs publics ont mis du temps pour réagir et, parfois, ils ont procédé avec la mauvaise méthode. 

Le ralentissement généralisé, une bonne solution à Triel ?

C'est le cas de la municipalité de Triel-sur-Seine. Elle a pris un arrêté municipal pour passer d'une vitesse de 50 km/ h à 30 km/h partout en ville. Elle a justifié ce choix par des raisons de sécurité routière. Il est plus facile (rapide) d'arrêter un véhicule roulant à 50 km à l'heure plutôt qu'à 30 km/h. Certes, on ne peut qu'applaudir cette volonté d'assurer la sécurité des personnes en ville. De mémoire, depuis 2001, trois accidents, dont un mortel, ont été à déplorer sur l'axe de la RD 190 traversant Triel. 

En revanche, la sécurité routière sur la route qui traverse le massif de l’Hautil, depuis Chanteloup jusqu’à Boisemont, a toujours été un souci pour les habitants. Des manifestations ont été organisées, depuis 2001, pour sensibiliser les conducteurs et les pouvoirs publics. Les habitants de l'Hautil avaient effectivement peur pour la vie de leurs enfants car beaucoup d'accidents avaient eu lieu à Vauréal sur le Boulevard de l'Oise (cf. photo). A Triel, à l'Hautil en particulier, des aménagements ont été réalisés, il y a quelques années, mais les carrefours restent accidentogènes. Les lieux  concernés sont les croisements avec la route de Maurecourt,  la rue d'Ecancourt,  la rue du Cordon et  la RD2 à la Chapelle. Depuis le passage à 50 km/h la circulation s'est ralentie.

Passer en force

Le 20 octobre 2008, on avait fait l'inventaire de ce qui avait été déjà réalisé et avancé des propositions de futurs aménagements en vue d'achever enfin la sécurisation routière de l'Hautil. En juin 2011, une étude de la Communauté d'agglomération 2 rives de Seine (CA2RS) avait été publiée (elle est consultable sur le site Hautil.org). Le 19 octobre 2012, Arnaud Richard, député de l'époque de la circonscription, informait le Collectif d'une réponse du président du conseil général, Alain Schmitz, évoquant entre autres le "diagnostic" de la CA2RS, la limitation de vitesse, l'absence d'accident corporel (donc, aucune priorité pour des travaux) et se terminant par une formule lourde de sens : "D'une manière générale, je tiens à vous rappeler que, même si le conseil général mène une politique volontariste en matière de sécurité routière, sa responsabilité juridique en cas d'accident  ne peut être éventuellement engagée que si un défaut d'entretien manifeste ou une non-conformité à un texte non réglementaire est avérée."

Depuis, rien n'a été fait ou évoqué sur cette question. Fin 2018, la municipalité trielloise a pris la décision de ralentir la ville sans la moindre concertation et sans étude d'impact. C'est un passage en force ! Pourquoi cette précipitation ? Certes, la ville devrait être paisible pour tous : piétons, cyclistes, automobilistes, commerçants... Cependant, la méthode n'est pas du tout convainquante ; surtout, elle va décrédibiliser les tenants d'une ville appaisée. 

En conclusion, les habitants n'ont rien compris au message de la municipalité de Triel ; de plus, sa décision est propice à l'émergence de forces obscurantistes de la "bagnole à tout prix" (environ 250 commentaires sur le réseau social Facebook sur ce débat ; une pétition a été lancé). En attendant 2020, nous ne pouvons qu'attendre de la municipalité de "ne plus jamais" créer une telle situation de chaos entre Triellois. Nous pouvons toujours rêver. 

 

Une pétition avec des arguments fallacieux
Une pétition, initiée par l'association MieuxvivreaTriel, a atteint environ 280 signataires. Elle a mis en avant un certain nombre d'arguements pour le moins contestables :
En premier lieu, toutes les associations de défense des piétons et des circulations douces sont en faveur d'une limitation de la vitesse à 30 km/h en ville. Donc, ce n'est pas exceptionnel pour Triel, voir en particulier : 
 
Cette pétition reprend un certain nombre d'arguments développés en 2002 par les personnes opposées  à la mise en place des radars de contrôle de la vitesse (dépassements dangereux, les conducteurs regardent leur compteur au lieu de regarder la route, régime inadapté). Il est à noter que les iniatieurs de la pétition  sont néanmoins d'accord pour dire que ces arguments sont tombés au vue du nombre des morts sur les routes, passé de 8000 en 2002 par an à 3500 par an en 2018. Les automobilistes intègrent rapidement les limitations de vitesse sans avoir à regarder en permanence leur compteur. 
 
Ce qui est le plus choquant, c'est que la pétition utilise des arguments environnementaux pour défendre un mode de déplacement hyper polluant ; MieuxvivreaTriel n'a pas peur de la contradiction.  Il va falloir vous adapter à la nouvelle donne de la circulation en région parisienne : l'automobiliste n'est plus le citoyen au-dessus des autres comme il l'a longtemps été. 

Retour en arrière

- 3 novembre 2013 : choc violent contre le portail (voir photo) réparation impossible d'après le ferronnier, le portail a dû être remplacé.

- 13 juin 2012 : choc violent contre le mur de la maison (voir photo). Le ravalement de la façade sur rue a été nécessaire.

- 26 janvier 2008 : choc violent contre le mur du jardin. Le mur de 30 cm d'épaisseur a été déplacé de 4 cm à l'endroit du choc. Cela a entraîné l'obligation de construire un nouveau mur de 16 m.

 

Et aussi, notamment :
- La cabine téléphonique a été, à moitié, détruite en 2010.

- Un véhicule a démoli une portion de la barrière de La Chapelle.

- Un véhicule de la Mairie de Chanteloup qui a fait un tonneau a percuté le mur du jardin.


Notes

1. Nouveaux rythmes urbains : quels transports ? 2001, Edition de l'Aube, Jean-Paul Bailly et Edith Heurgon, 222 pages,  

2. Article en février 2019

3. Article en 2013 

Publicité