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Edito de l'édition 142

Double passion, communale et démocratique !

Par : 
La rédaction

Le Grand débat national s'est répandu dans la République, dix mille réunions s'étant déjà tenues. C'est un moment quasiment historique pour que le débat démocratique prenne un nouvel essor. Voici notre éditorial pour le numéro 142. Voir aussi la Webtélé 2R. 

En quittant la Mairie de Bordeaux, Alain Juppé a fait ce constat glaçant : « La montée de la violence sous toutes ses formes, verbales et physiques, le discrédit des hommes et des femmes politiques réputés "tous pourris", la stigmatisation des élites dont tout pays a pourtant besoin [...] dans ce climat général infecté par les mensonges et les haines que véhiculent les réseaux sociaux ». Dès lors, s’interroge le philosophe Alain Finkielkraut : « Comment faire de la politique dans un monde à ce point éclaté ? ». Chacun ressent, y compris à l’échelle locale, l’épuisement de l’organisation politique de la société française. La responsabilité incombe aussi aux citoyens lambda quand certains alimentent l’hystérie et beaucoup d’autres sont devenus indifférents à la chose publique ! Ainsi, les élus dont la base électorale se réduit comme peau de chagrin s’éloignent mécaniquement de leurs représentés.  Conséquence : nous choisissons des élus supposés investis de l’intérêt général et en même temps nous contestons vertement leurs décisions dès lors qu’elles nous déplaisent. À notre échelle locale, une décision absurde a été prise : à peine la Communauté d'agglomération 2 Rives de Seine s'installait dans les esprits en répondant aux besoins de mise en commun des services publics locaux, il a été décidé de rassembler les regroupements de communes, en créant une usine à gaz trop éloignée : la Communauté urbaine Grand Paris Seine & Oise (GPS&O).

Parmi les causes de la crise que nous traversons, il y a le manque de transparence : les décisions structurantes des communes, des communautés de communes et du département sont trop souvent ressenties comme prises dans l’opacité malgré les règles qui organisent la consultation préalable et leur publicité. Par exemple, le choix des fournisseurs pour les marchés publics est un domaine particulièrement préoccupant. La situation renforce l’idée de l’entre-soi des élus et jette le discrédit sur leur action. De plus ou à cause de cela, beaucoup de citoyens s’éloignent de la chose publique. Cela tient aussi au manque d’éducation à la citoyenneté. Le citoyen est devenu davantage un client. L’individualisme règne. Il ne s’implique que ponctuellement lorsque l’action publique l’atteint directement. Le souci du bien commun s’éloigne. Pourtant, le rejet des politiques et des institutions est une impasse et, au final, nous sommes tous perdants.

Parmi les remèdes, certains avancent la prise en compte du vote blanc. En réalité, il ne fait qu’encourager “le tous pourris”. Les citoyens seraient responsables de la situation en se défaussant, alors qu’il faut réinvestir le débat public. Dans le même temps, les politiques doivent faire le choix de la vraie transparence. Pourquoi ressentons-nous régulièrement qu’il y a des petits cercles d’initiés qui savent et qui décident en catimini ? Combien de fois sommes-nous mis devant le fait accompli ? Le citoyen doit avoir accès à la même information que les élus. Aujourd’hui, les moyens existent pour une complète information des citoyens et la transparence des éléments de leurs délibérations ; Internet ne se limite pas aux réseaux sociaux.

Une solution, selon Gérard Larcher, président du Sénat, serait de « remettre de la proximité et du dialogue dans les pistons de la République ». Quelle que soit la taille de la commune, la double passion, communale et démocratique (de notre petite république, la commune), devrait s'étendre pour revitaliser la grande, la République Française. C'est une des réponses à la triple crise de la proximité, de l'écoute et de la reconnaissance. Il convient, en effet, de remettre de la confiance en pariant sur l’intelligence et la décision collective, sur l’éducation et l’information.

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