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Grand débat national

Doléances et propositions : réunion publique à Villennes

Par : 
Cadmus

L’une des premières réunions organisées dans notre territoire, dans le cadre du Grand débat national, a eu lieu à Villennes-sur-Seine. Au moment de la rédaction de cet article, il était encore trop tôt pour savoir si les réunions dans des villes voisines se dérouleraient de la même manière et si les nombreuses propositions exprimées par les participants seront prises en compte au plan national.

Le lundi 28 janvier, plus de 60 personnes ont participé, dans la Salle des Arts de Villennes, à la première des quatre réunions prévues dans cette ville. Comme chacun pouvait l’imaginer, aucun participant ne portait un gilet jaune. Dans l’assistance se trouvaient plusieurs membres du conseil municipal, appartenant aux trois « groupes » qui persistent depuis leur élection. Les Villennois étaient complétés par des habitants de villes voisines (notamment de Morainvilliers, d’Orgeval et de Triel), regrettant qu’une telle réunion publique n’ait pas été organisée dans leur commune.

Les animateurs de la soirée

Cette réunion n’était pas à l’initiative du maire mais de son adjoint aux affaires scolaires, Pierre-François Degand ; celui-ci  fait partie de la majorité présidentielle, étant le suppléant de la députée Natalia Pouzyreff, qui était présente. Nous avons entendu dire que cette initiative était positive pour les habitants de Villennes ainsi que pour ce très probable candidat à la fonction de maire ; en effet, « il doit montrer sa capacité à entraîner les Villennois vers une nouvelle gouvernance de la commune ». Katia Lefeuvre, adjointe au maire, assistait Pierre-François Degand, qui est son époux ; elle était  chargée de prendre des notes sur un micro-ordinateur pour rédiger le compte rendu de la réunion et le publier sur le site Internet gouvernemental du Grand débat(1). Pierre-François Degand avait fait appel à deux personnes neutres, des « facilitateurs », pour l’animation et la médiation de la réunion : Jean-Pierre Narbonne de Noisy-le-Roi, médiateur en particulier près la Cour d’appel de Versailles,  distribuait la parole tandis que Martine van der Wielen de Chambourcy, membre de l’Association nationale des médiateurs, inscrivait les propositions sur un tableau de papier.

Si cette dernière tâche ne pose pas beaucoup de problèmes, la gestion de la durée des interventions nécessite de garder son sang-froid, face à certains participants qui demandent trop souvent le micro ou le monopolisent, partant dans de longues digressions.

Cette réunion était-elle un débat ?

Le temps de la réunion a été réparti en quatre parties d’une demi-heure, correspondant aux quatre thèmes du Grand débat national : transition écologique, fiscalité et dépenses publiques,  démocratie et citoyenneté, organisation de l’Etat et des services publics. Une dernière partie les a complétées pour des sujets n’entrant pas dans ces catégories « imposées ».

Mme van der Wielen a bien précisé, dès le départ, que les interventions des participants ne devaient pas avoir pour but de convaincre mais d’énoncer des propositions. C’est pourquoi les règles qui ont été annoncées et affichées (respect, courtoise, pas d’insulte, écouter, ne pas interrompre) semblent plus adaptées au cas des débats qu’à celui de l’élaboration d’un catalogue de propositions.

Une seule personne considérait qu’il s’agissait d’un débat : la députée Natalia Pouzyreff a pris, plusieurs fois, le micro pour commenter des propositions, en expliquant longuement quelles avaient été, déjà, les actions du gouvernement sur les sujets concernés. Ses interventions ont, toutefois, énervé certains participants, dont le temps de parole étaient très limité.

Les intervenants et leurs propositions

Nous ne pouvons pas résumer, ici, toutes les idées émises au cours de la soirée. Vous devriez pouvoir les trouver dans le compte rendu qui a été annoncé (« restitution » sur le site Internet du Grand débat).

Nous avons retenu les interventions de quelques personnes, caractérisant leur diversité et celle de leurs propositions :
- Un défenseur de l’environnement, pourfendeur du bétonnage à outrance, dont les affirmations étaient très sensées mais proférées sur un ton très véhément qui a agacé l’assemblée.
- Un spécialiste de l’économie mondiale et de la géopolitique, qui minimise l’impact des mesures de préservation de l’environnement prises en France, en raison de sa petite dimension à l’échelle de la planète.
- Deux femmes expertes, qui ont  exposé leur sujet, jonglant avec des acronymes : le CICE (crédit d’impôt pour la compétitivité et l’emploi) pour l’une,  l’ASE (prononcez « azeu » pour aide sociale à l’enfance, autrefois la DASS) et l’AEMO (action éducative en milieu ouvert) pour l’autre.
- Un utopiste mais très réaliste, qui veut supprimer la TVA sur la  taxe sur les produits pétroliers, constituant une large partie du prix des carburants. Une participante idéaliste qui a proposé de revoir l’approche du bonheur. Un architecte,  connaissant bien l’évolution de Villennes et des « villages » voisins, qui a suggéré la création d’un comité écologique local.

A travers leurs exposés et leurs propositions, certaines personnes ont dévoilé un peu leur vie personnelle :
- Un membre de l’assemblée a déclaré bien connaître les problèmes de l’immigration car il a épousé une Africaine ; en ce qui concerne l’accueil des étrangers, il peut parler des différences entre le laxisme de la France et la rigueur de la Suisse, où réside sa belle-famille. Sur les questions d’intégration, un autre a  évoqué les repas assez animés de sa famille, qui comprend un curé, un pasteur et un imam. Une ancienne enseignante, se rappelant les leçons de morale à l'époque de ses débuts, a proposé de les rétablir sous la forme de leçons de citoyenneté. Sa mère ayant longtemps résidé en EHPAD, elle a demandé de mieux valoriser le travail du personnel, en nombre insuffisant, de ces maisons de retraite et de donner plus de moyens financiers pour l’assistance aux personnes âgées dépendantes.
-  Deux propriétaires d’un véhicule Renault Zoé ont eu des échanges sur les avantages des voitures électriques et leurs inconvénients actuels, notamment l'insuffisance du réseau de bornes de recharge, ne permettant pas de les utiliser pour de longs voyages. Un troisième participant a fait remarquer que, malgré les aides de l’Etat, leur acquisition reste réservée aux personnes aisées.
- Une femme qui ne peut pas acheter un tel véhicule et n’est pas concernée par un autre sujet évoqué, la demande de réduction de la taxation des successions, était la participante qui aurait pu porter un gilet jaune : retraitée, elle a travaillé pendant plus de 44 ans depuis l’âge de 16 ans, ayant alors quitté l’école pour aider ses parents ; elle a toujours payé ses impôts, « participant, a-t-elle dit, à la grandeur de notre pays ». Elle a accepté de payer la CSG supplémentaire sur les revenus de sa retraite. Toutefois, elle a beaucoup de difficultés pour subvenir aux besoins de  sa mère, veuve ayant élevé cinq enfants qui n’a droit à aucune aide, et à ceux de ses propres enfants. Elle demande à l’Etat de faire un geste, par des économies sur son train de vie, comme elle l’a fait elle-même, ayant perdu énormément de pouvoir d’achat. Elle a conclu ainsi : « L’Etat qui nous demande de faire des efforts doit en faire lui-même ! ».

Il y a peu de chances que les très bonnes idées exprimées au cours de la soirée remontent jusqu’au gouvernement. La députée, qui a été très attentive, pourra-t-elle faire inscrire quelques unes dans la législation et contribuer à la révision de certaines lois (NOTRe, MAPTAM, ALUR, SRU…), néfastes pour les territoires, notamment le nôtre ?

Note

1. Site Internet du Grand débat national : granddebat.fr

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