Vous êtes ici

Projets de la plaine

Un monticule dans la plaine, pour quoi faire ?

Par: 
Rodrigo Acosta

Christophe Delrieu, maire de Carrières-sous-Poissy, a surpris tout le monde lors de la cérémonie des vœux le vendredi 18 janvier : il a présenté un projet, embryonnaire pour le moment, une sorte de belvédère sur un axe imaginaire de Paris dans la Plaine. Cette idée est surprenante mais elle est loin de faire l'unanimité. 

Lors de ses vœux du 18 janvier dernier, le maire de Carrières-sous-Poissy (78), Christophe Delrieu, a dévoilé son idée de créer une colline de plusieurs dizaines de mètres de haut, en lieu et place de l’actuelle « mer de déchets », située dans la plaine maraîchère de la commune. Devant un parterre d’invités, le maire a détaillé son projet qui autoriserait des entreprises à venir déverser des déchets inertes du Grand Paris dans la plaine de Carrières-sous-Poissy, en échange de quelques contreparties, comme l’évacuation de la décharge sauvage et le recouvrement des déchets en métaux lourds polluants par plusieurs mètres de terres d’excavation du Grand Paris Express ou de déchets inertes, issus de chantiers de démolition.

Un belvédère sur l'axe historique de Paris

L'architecte Antoine Grunbach et la société ECT (Entre ciel et terre) semblent avoir participé à l'accouchement de ce projet sur 30 hectares. Le défi est énorme car il s'agit de traiter avec les 330 propriétaires de 700 parcelles pour acquérir le foncier nécessaire pour faire émerger ce monticule. La réalisation de ce belvédère impressionnera beaucoup de monde par sa hauteur et par l'ampleur de la tâche. L'idée de base est d'accueillir la terre inerte du Grand Paris, qui proviendra des grands chantiers pour l'organisation des JO et la desserte en transports en commun. 

M. Christophe Delrieu était ravi de l'effet produit par la présentation de son projet de belvédère dans la plaine, sur l'axe historique de Paris. Quelques jours plus tard, à Verneuil-sur-Seine, M. Delrieu nous a posé la question  : "Alors, vous en pensez quoi ?". En illustrant son propos, le maire a affirmé que la création d’un belvédère dans l’axe de la voie royale apporterait de nombreux avantages ; cet aménagement « paysager » permettrait, notamment, aux Carriérois de venir scruter l’horizon et de bien voir les avions de la patrouille de France le 14 juillet !

Le fait que la plaine soit au centre de l'intérêt des élus et des acteurs économiques est très positif. Comme souvent, il s'agit de "valoriser" et "dépolluer" sans aucune dépense pour les acteurs publics et les collectivités. Selon nos confrères du Courrier des Yvelines, dans son édition du 23 janvier, "sa réalisation... à partir de terres inertes et surtout l'enlèvement des 7 000 tonnes de déchets existants ne coûteront rien à la collectivité, puisque les opérateurs du BTP [payeront] pour que nous prenions en charge les terres excavées provenant de leurs chantiers." Ainsi, Laurent Mogno, PDG d'ECT, a expliqué les deux avantages de cette démarche : rapidité et transparence. Cependant, le CODEV, organisme ad hoc de la Communauté urbaine Grand Paris Seine & Oise (GPS&O), s'est saisi du dossier et organise une série d'auditions pour préparer un plan d'action à moyen et long termes avec un souci de concertation. Il faudrait que ce plan d'action  instaure une redevance pour l'usage de ce terrain à long terme. Il s'agit d'internaliser le coût du Grand Paris pour que la plaine ne devienne pas la poubelle des autres. Par la suite, ce sera à la Communauté urbaine Grand Paris Seine & Oise de trancher. 

Un dossier ultra-sensible

Si ce projet de « montagne de déchets » s’apparente d’avantage à un ballon d'essai, voire à une idée un peu farfelue, il met surtout en lumière l’absence de solution immédiate pour supprimer la plus grande décharge sauvage de France. L'absence de solution est d’autant plus regrettable que l’État a récemment débloqué 800 000 € pour financer une partie de la dépollution. A quoi servent ces fonds ? A payer des architectes de renom international qui se baladent de ville en ville pour nous apporter des recettes par copier-coller, sans aucun souci d'aménager le territoire de la plaine et au-delà d'une manière cohérente. 

L'association Rives de Seine Nature Environnement (RSNE) a rappelé, dans un communiqué du 23 janvier, qu’en juin 2018, "le maire de Carrières-sous-Poissy et la Députée Natalia Pouzyreff avaient annoncé un début des opérations de dépollution pour septembre 2018. Ces engagements n’ont pas été respectés et la perspective d’une dépollution rapide s’éloigne un peu plus à la lumière de ce projet, qui pourrait mettre plusieurs années à voir le jour, si tant est qu’il le voit un jour." Selon ce même communiqué, ce projet est un danger pour l'avenir de la plaine : "Donner du crédit à ce projet fou et menaçant c’est prendre le risque d’accepter encore plus de déchets sur notre territoire. Donner du crédit à ce projet fou et menaçant c’est baisser les bras et accepter que cette décharge fasse partie de notre quotidien pendant encore plusieurs années."

Dans ce dossier ultra-sensible, l’urgence est aujourd’hui à la dépollution de cette décharge sauvage ; ensuite, viendra le temps de la concertation et de la co-construction pour un aménagement durable, en tenant compte de la contrainte écologique non seulement de la plaine mais de l'ensemble de la vallée de la Seine. En outre, Pierre Bédier, président du Département des Yvelines et vice-président en charge du développement économique de GPS&O, n'était pas au courant du projet de M. Delrieu. Celui-ci a peut-être commis une erreur stratégique pour le bon déroulement des projets à venir. Enfin, M. le maire de Carrières-sous-Poissy semble oublier le fait que l'intercommunalité a la compétence aménagement et développement économique. Pourquoi avoir agi ainsi ? En tout état de cause, ce projet est une bouteille lancée à la mer des déchets... qui s'accumulent de toute façon pour devenir un monticule d'idées sans avenir !

Eddie Aït : « Projet de belvédère à Carrières-sous-Poissy : notre ville n’est pas la poubelle du Grand Paris ! »

Dans un communiqué du 23 janvier, l'ancien maire de Carrières-sous-Poissy a réagi à sa manière à l’annonce de M. Christophe Delrieu, faite le 18 janvier 2019 lors de la cérémonie des vœux : "Réaliser, sur l’ex-plaine maraîchère de la boucle de Chanteloup, un belvédère avec les déblais du Grand Paris, m’inquiète. Ce projet « farfelu » est dangereux pour l’environnement car ce n’est rien d’autre que l’arrivée massive programmée de nouveaux déchets inertes sur le territoire communal. Un comble alors que l’ex-plaine maraîchère est déjà recouverte de 36 000 m3 de déchets. 

Pour rappel, la construction du Grand Paris Express va générer en une dizaine d'années quelque 45 millions de tonnes de déblais.

Carrières-sous-Poissy n’est pas la poubelle du Grand Paris !

Je dénonce un projet incohérent et un déni de démocratie. Ce «belvédère» n’a fait l’objet d’aucune discussion en Commission ou au Conseil municipal. Il est une nouvelle expression de la déconnexion de nos élus avec les réalités du terrain, le quotidien des Carriérois et les urgences sanitaires liées aux pollutions des sols au plomb et à l'amiante."

 

Alban Bernard : "Tous unis vers un but commun !"

Oui, la ville de Carrières-sous-Poissy est gérée drastiquement, mais en tout cas, le sujet de la plaine avance, certes pas aussi vite que prévu, c'est un fait. 
Mais je sais que ce projet avance et qu'il est suivi en haut lieu, aussi bien par l'état (voir le rapport de l'Ademe publié fin décembre), que par le département. Avec Natalia Pouzyreff, j'ai rencontré Monsieur Stéphane GRAUVOGEL, Sous-préfet de Saint-Germain-en-Laye qui m'a assuré que ce sujet était une priorité. 

A part critiquer et toujours dire que c'est pas une bonne idée, que proposent les opposants au maire ? Pour le moment, rien !
Le projet n'en est qu'à son balbutiement et voilà déjà qu'on veut le clouer au sol alors qu'il serait bien plus intéressant, comme je l'ai suggéré au maire, de participer à son élaboration, de proposer la mise en place d'une cellule de surveillance composés d'experts, de citoyens et des associations locales pour surveiller et être vigilant lors la mise en place des terres.

SVP, Peut-on pour une fois être tous ensemble unis vers un but commun ?
Oui nous avons tous le droit d'avoir des divergences de point de vue mais essayons pour une fois de construire l'avenir ensemble.

Sauf erreur de ma part, le projet de belvédère prévoit que les terres polluées soient évacuées et ensuite remplacées par des terres inertes. J'ai personnellement demandé à l'aménageur de suivre le dossier avec lui. Grace à l'Université de Cergy-Pontoise je participe avec enthousiasme à l'atelier de conduite de projet de développement durable au niveau local organisé dans le cadre du Master MISE (Management et Ingénierie des Services à l'Environnement). Nous avons la chance d'avoir des étudiants qui vont réfléchir sur 2 sujets (sur 13 retenues) concernant :
1 - Comment procéder à la dépollution de la « plaine des déchets » ?
2 - En supposant la phase 1 achevée, la plaine doit être aménagée de façon durable en prenant en compte la globalité du territoire – dont ses habitants, la Seine et le massif de l’Hautil.
Un retour est prévu en juin.

(Source : page FB Déchargeons la plaine, 25 janvier 2019)

 

Achevé le 23 janvier 2019

Publicité