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Urbanisme

Dessiner l'évolution urbaine de Triel, une tâche interminable ?

Par : 
Rodrigo Acosta et correspondants

En 2009, Triel-sur-Seine avait déjà fait l'objet d'un diagnostic urbain en bonne et due forme. Il avait été réalisé à partir d'un questionnaire de quatre pages, très bien conçu, pour préparer à la fois la révision générale du PLU (2013) et les projets mis en œuvre par la majorité actuelle. Deux mandats plus tard, il convient de revenir sur les résultats de ce diagnostic pour s'interroger sur l'état réel de la ville de Triel. Ce diagnostic est-il toujours d'actualité en 2019 ? 

Il est de bon ton de faire des diagnostics de l'état de la ville de Triel-sur-Seine. Des acteurs associatifs dont Triel Environnement et l'association Triel Autrement (voir ci-dessous) préparent des analyses à partir de questionnaires qualitatifs (et de sondages sur Internet) qui tentent de donner une image relativement claire de la ville. Or, en 2009, un grand diagnostic urbain a été réalisé par les cabinets Menghetti et Citadia. Ces travaux sur un échantillon représentatif de Triel, comme ceux du Cabinet Coteba, ont été présentés, par la municipalité actuelle, comme le socle de sa politique d'urbanisme depuis le premier mandat du maire actuel, Joël Mancel. Toutes ces expertises ont été diffusées dans un document "programmatique" de synthèse.

Restructurer le tissu urbain

Cette étude de programmation urbaine a révélé une série de handicaps de la ville et a proposé une stratégie globale pour "Dessiner ensemble le Triel de demain !". Selon ces expertises, certains points stratégiques de la ville devraient être requalifiés : les entrées de ville, les alentours du pont des années 1950 et de l'espace Senet ; il faut aussi traiter les infrastructures, les coteaux  et le plateau de l'Hautil avec un même type d'approche paysagère. En outre, il y avait le projet de relier le centre-ville à la Seine. D'une manière intéressante, cette idée est devenue le nec plus ultra de tous les édiles des communes du bord de la Seine, notamment celle d'Andrésy.  

A la question de la nouvelle centralité à dessiner, les experts ont exhorté les élus à renforcer et à restructurer le centre-ville par la mise en place d'une nouvelle dynamique économique. Deux options se présentent :
- Etendre le centre-ville au-delà de son périmètre actuel, en allongeant sa longueur d'environ 300 mètres ;
- Se concentrer sur un noyau dur près du pont, à côté de l'espace Senet.
En outre, il est essentiel de réhabiliter le centre commercial de Châtelaines pour ensuite relier les deux points de commerce de proximité. 

Les experts ont insisté aussi sur la nécessité de densifier la ville, notamment dans les zones où se trouvent des pavillons. On devrait faire la chasse aux dents creuses, qui se situent dans le centre-ville et au nord de la ville. Cette volonté de densifier devrait être accompagnée par des équipements nouveaux et des infrastructures nécessaires au développement démographique de la ville. 

En termes d'équipements et d'espaces publics, il faudrait agir, de manière parallèle, pour relier les commerces existants au supermarché Auchan Market(1) et celui-ci aux différents quartiers de la ville. Dans ce cas de figure, se pose la question du positionnement du centre commercial de Châtelaines : est-il un pôle secondaire ou un point-relais du centre-ville ? Justement, un volet du questionnaire abordait largement les voies et moyens de déplacements intra-muros et à l'extérieur de la ville.

Comment se déplacer demain ?

Ici se pose la question de la place et du rôle de la voiture individuelle dans ces déplacements quotidiens. Sur la mobilité en générale, le constat est triple. D'abord, il faudra hiérarchiser la trame voirie, c'est à dire élaborer un plan de circulation pour la ville. Quels déplacements doit-on favoriser et à quel moment de la journée ? S'ajoutait au diagnostic l'état déplorable des sentiers et de certaines voies de circulation, qui a empiré depuis le transfert de la compétence de la voirie à la Communauté urbaine Grand Paris Seine & Oise.  Ensuite, il faut rendre plus d'espace aux piétons ; la ville de demain devrait être à nouveau une ville piétonnière avec des espaces dédiés pour les vélos. Quant au transit nord-sud, notamment sur la RD 190 (rue Paul Doumer), il faudrait réduire la circulation des poids lourds. Faut-il passer par une nouvelle voie "poids lourds" aux bords de la Seine ? Faut-il créer une liaison en boucle pour raccorder les différents lieux névralgiques de la ville, par la mise en place de ronds-points, en intégrant les entrées de ville ? Faut-il réaliser une déviation, qui serait construite au-dessus de la voie ferrée ? Toutes ces hypothèses de travail ont fait l'objet d'une réflexion de la part des élus sans nécessairement passer à l'action sur le terrain. 

Stratégies et ambitions urbaines

Pour mettre en œuvre une politique d'urbanisme, quatre stratégies ont été décrites dans ce diagnostic de 2009. La première concerne l'espace public avec la finalité de le valoriser par une série d'actions ou de projets : relier l'Eglise Saint-Martin et le Théâtre Octave Mirbeau, en passant par la Poste. C'est devenu le projet dit du théâtre. Ouvrir l'espace Senet pour qu'il devienne une agora ; dans ce but, il faudrait enlever la grille et construire un rond-point qui permettrait de fluidifier la circulation sans avoir à faire appel à un feu (voir photo à g.). 

En parallèle, le diagnostic montrait qu'il est indispensable de mettre en cohérence les deux parkings, celui d'Auchan Market et celui de René Pion [fermé depuis 2017].  Il suggérait aussi de créer une Maison de l'enfance à la place de l'ancien point d'information jeunes (PIJ), où se trouve actuellement le terrain de basket-ball, un espace de loisirs à ciel ouvert. En outre, il préconisait le déplacement du marché vers les quais de la Seine, où il se situait avant l'époque de l'ancien maire Quijoux. 

La deuxième stratégie se caractérise par la création de "places urbaines". Ouverture est le mot-clé de cette stratégie car elle permettrait d'élargir visuellement le parc Senet ; elle valoriserait l'îlot René Pion par la mise en place d'un nouvel équipement public, par exemple une crèche. Elle rendrait enfin facile la marche à pied entre la gare, l'hôtel de ville, l'Eglise Saint-Martin et la Seine. Comment inclure les quartiers du haut de la ville dans cette stratégie ? Ce diagnostic reste muet sur cette question qui est devenue vitale pour rendre la ville durable et vivable dans les années à venir.

Restructurer le centre-ville est au cœur de la troisième stratégie qui consiste à "démolir une série d’îlots vétustes" du centre-ville : entre la mairie et les bords de Seine, le carrefour des rues Paul Doumer et Trousseline (ce qui est devenu le projet Promogim), avec le repositionnement du bâtiment de l'ancienne école Charles Dupuis (devenu la Maison des associations et l'école de danse). Ces restructurations lourdes et ces projets de réhabilitation aux alentours de la gare produiraient des effets en termes de nouvelles constructions, notamment pour atteindre les quotas de logement social (20 % en 2009 et 25 % en 2014 en raison de la loi ALUR). Au final, cette troisième stratégie prétend avoir deux conséquences positives : multiplication des commerces de proximité dans le centre-ville et fourniture de nouveaux équipements publics qui suivraient les équipements déjà réalisés ou en construction (réhabilitation de l'hôtel de ville, des terrains de tennis et  de la Maison des jeunes). Une nouvelle signalétique viendrait redonner une lecture vivante et nouvelle du centre-ville qui deviendrait un vrai centre administratif  ; toutefois, depuis que ces propositions ont été formulées, la Direction départementale des finances publiques des Yvelines a fermé la trésorerie de Triel et la Poste a réduit ses horaires et ses prestations.  

La quatrième stratégie se décline par une densification et déconcentration de la ville, préconisant une densification du centre-ville et des friches près de la gare. La municipalité actuelle considère ce processus n'est "pas une fin, ni un objectif, [mais qu'il s'agit] simplement d'atteindre [s]es quatre ambitions : préserver le territoire naturel et agricole et notamment stopper l'artificialisation des sols tant intra qu'extra-urbains ; préserver la typicité des côteaux et de l'Hautil ; redynamiser le centre-ville et son commerce ; permettre un parcours résidentiel." Cependant, la quatrième stratégie préconise un centre-ville "épaissi" entre l'Eglise Saint-Martin et le bord de la Seine ; déconcentrer les équipements publics de la Seine à la gare en installant de nouveaux équipements, tels qu'une bibliothèque ou une médiathèque, près de la gare et les services publics répondant aux besoins de la population qui s'installe à Triel en raison des nouvelles constructions. En résumé, anticiper ou prévoir reste la clé pour mener à bien une politique urbaine saine et durable. Faut-il mettre en sens unique la rue Gallieni ? Faut-il envisager une liaison rapide pour réduire la circulation aux heures de pointe ? Ces interrogations avaient été soulevées par les experts.

De l'impasse au précipice

Quant au quartier de Châtelaines, le diagnostic évoquait aussi une stratégie spécifique. Faut-il mettre en place un polycentrisme ? De toutes façons, il s'agit de mettre en place des projets et des actions pour renforcer la vitalité et la dynamique des commerces et des services du centre commercial ; étendre et réhabiliter les équipements publics vétustes tels que le COSEC et le terrain de jeu près du centre commercial ; élaborer et mettre en place une coulée verte, c'est à dire un corridor entre le plateau de l'Hautil et la RD 190, voire les berges de la Seine. Un nouveau terrain de sport est à envisager soit à l'Hautil, soit dans l'espace entre Chanteloup et Triel. En outre, faut-il construire dans la zone interstitielle entre Triel et Chanteloup, en suivant une recommandation d'un rapport d'Europan pour l'EPAMSA ? Cette question a été tranchée par les "ambitions" de la majorité actuelle, qui a décidé de préserver les terres agricoles dans cette zone.

En conclusion, ce diagnostic urbain a été l'outil de réflexion de la politique urbaine actuelle qui a promu la densification de la ville sans, pour autant, anticiper les besoins en équipements nécessités par les nouvelles et denses constructions. Le constat reste malheureusement d'actualité car un retard a été accumulé pendant tant d'années d'immobilisme : une note interne de la municipalité, en date du 9 novembre 2017, l'admet : "Malgré l'élan impulsé, l'Etat impose à ce jour encore 707 logements sociaux à construire dont 233 permis à déposer avant le 31 décembre 2019, faute de quoi les pénalités financières(2) seront alourdies, le préfet mettra à exécution ses menaces : confiscation de la compétence urbanisme et instauration d'un Projet d'intérêt général (PIG). Depuis 2014, l'équipe municipale respecte strictement ses obligations sans plus : pas un seul logements de plus que ne l'exige l'Etat"(3)

En somme, ce diagnostic démontre que les racines du mal triellois sont structurelles. Triel est dans l'impasse et risque,  au regard de l'image de la ville en 2019, de tomber dans un précipice(4) si une  politique plus efficace n'est pas rapidement entreprise

(Texte achevé le 16 janvier 2019)

 

Les Girondins de Triel ont donné la parole aux Triellois

Le 13 décembre, l’association citoyenne Triel Autrement a présenté le bilan d’une enquête de terrain « Quand 1 000 triellois nous parlent de leur ville ». Quatre points ont été évoqués : développement durable, prospectives, citoyenneté et commerce de proximité. Les enseignements de six mois d’entretiens avec les habitants ont ainsi été présenté devant un auditoire d'environ 50 personnes, dont des élus municipaux de la majorité et de l’opposition. Sur le plan qualitatif ces résultats ont déjà souligné l'état des lieux de la ville : la ville s’est dégradée durant ces dernières années pour 7 triellois interviewés sur 10. Cela dit, le bémol statistique ressort, il ne s'agit pas d'une méthodologie scientifique ni statistique.

Quant à la qualité de vie, les raisons majeures de ce recul du bien vivre à Triel concernent l’accessibilité (29%), l’urbanisme (26%), les commerces de proximité (23%), la propreté de la ville, (20%). Le sujet sensible de la sécurité est également exprimé par 20 % des triellois, notamment les plus jeunes générations interviewées (34% des 30/44 ans). A la question « Et si demain vous étiez élu maire.... » les triellois interviewés ont exprimé comme priorité d’action la revitalisation du centre ville en agissant sur son attractivité (offre commerciale) et sur son accessibilité (stationnement et circulation). Quant au commerce de proximité, une enquête en ligne récemment réalisée, a permis de cibler sur précisément le rapport des triellois au centre-ville et leurs attentes (260 réponses globales) qui passent par la valorisation des bords de seine, l’embellissement de la ville et la diversification de l’offre commerciale.  Pour améliorer l’accessibilité du centre-ville les triellois interrogés ont notamment mis en avant le stationnement (57%) la réduction de la circulation des poids lourds (53%) et la déconcentration du centre-ville (49%). A l’issue de cette rencontre citoyenne, Triel Autrement prolongera cette démarche d’écoute durant les prochains mois pour co-construire un projet citoyen de développement durable en vue des élections municipalres de 2020.

Dans cette perspective, l’association a également annoncé le lancement en début 2019 d’un support numérique pour faciliter la contribution des habitants à cette démarche citoyenne. Dans la même veine, des formes innovantes de débat seront proposées au second trimestre 2019 avec l’ambition de favoriser la participation du plus grand nombre à l’écriture partagée d’un projet d’avenir pour Triel. Autant de démarches qui s’inscrivent dans une dynamique de revitalisation de la démocratie et de la citoyenneté à l’échelle locale.

Notes

1. A l'époque, il s'agissait de Simply Market, marque de la société Auchan.

2. Les Triellois ont supporté une charge de 707 x 259,74 € = 183 636 € en 2017 ainsi que les deux années suivantes. Par exemple, les 24 logements au 8 Grand rue de Pissefontaine, retardés depuis 2 ans par le recours administratif de deux voisins, coûtent 24 x 259,74 € = 6233,75 € par an aux Triellois. Ce sont près de deux millions d'euros perdus par Triel depuis l'applications de la loi ALUR, malgré la sorie de carence fin 2016.

3. M. le maire a exposé à la députée et au président du Sénat combien il est nécessaire que le législateur le seuil de 25 % et, a minima, en recule l'échéance. En l'absence d'une réflexion parlementaire susceptible d'aboutir, attendre que la loi change serait irresponsable et vain, plongeant Triel dans l'impasse. 

4. Selon les dires d'un connaisseur du dossier, la ville de Triel risque d'être à nouveau en carence en matière de production de logement social. 

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