Vous êtes ici

Préservation des ressources naturelles

L’agriculture bio protège les nappes phréatiques et la ressource en eau potable

Par: 
Martine Cartier

Le Groupement des Agriculteurs Biologiques (GAB) d'Île-de-France a organisé en partenariat avec Suez une journée de formation fin novembre au Pôle Molière de la Ville des Mureaux. Il s’agissait de présenter les avantages de l’agriculture bio à la fois comme outil de développement local et comme outil de protection de la ressource en eau potable.

Mieux vaut prévenir que guérir :
vers une démarche de préservation Des pollutions d’origine agricole

L’agriculture utilise 95 % des pesticides vendus en France (CGDD chiffres 2011). Les causes du mauvais état des eaux proviennent à parts égales des nitrates et des pesticides. En 2009, des pesticides ont été détectés dans 91 % des points de suivi de la qualité des eaux superficielles et dans 59 % de ceux des eaux souterraines (CGDD chiffres 2007).

Ainsi, en moyenne, 400 captages sont abandonnés chaque année en France, principalement en raison des pollutions d’origine agricole (DGS 2012) ; elles provoquent également des marées vertes et l'intoxication des coquillages.

Or l’agriculture biologique n’utilise pas ces intrants. Les agriculteurs travaillent avec des techniques différentes pour apporter l’azote nécessaire aux cultures. Ces pratiques sont basées sur l’apport en azote par d’autres plantes, des rotations longues et un désherbage mécanisé pour restructurer naturellement les sols et améliorer la biodiversité. Ce « rapport plus harmonieux avec le sol et l’hydrosystème permet au paysage rural de retrouver la double fonction qu’il a assuré pendant des millénaires : produire à la fois la nourriture et l’eau des hommes », affirme Gilles Billen, directeur de recherche au CNRS.

Accueil par la Mairie des Mureaux au sein d’un éco-quartier, au Pôle Molière

La démarche entamée depuis l’Agenda 21 par la ville a permis la mise en place d’une stratégie d’adaptation efficace. Les éco-quartiers avec leurs bâtiments HQE permettent de ne plus rejeter les eaux de pluie dans le réseau. Elles sont réutilisées, puis absorbées « à la parcelle » via une stratégie mettant en œuvre des noues, des plantations d’arbres, de la création d’espaces verts et de potagers partagés. Le quartier a ainsi pu remarquablement absorber les eaux exceptionnelles de juin 2018.

La protection des captages bien moins coûteuse que le traitement

« Les procédés de traitement de l’eau ne traitent pas toutes les molécules et les substances traitées ne sont pas totalement éliminées. Avec le temps, apparaissent de nouveaux pesticides et des métabolites de pesticides, ce qui remet en cause l’efficacité à long terme du traitement curatif et pose des questions « d’effet cocktail ». Pour les services d’alimentation en eau potable, en rythme de croisière, le coût du préventif est toujours inférieur à celui du curatif. Le coût du curatif peut représenter jusqu’à 87 fois celui du préventif ! »(1) 


A Munich, une première territoriale en Europe 

Dès 1991, la ville de Munich(2) a décidé de concilier préservation de la qualité de l’eau et maintien de l’activité agricole, en incitant les agriculteurs de la zone de captage à se convertir en agriculture biologique. Elle a créé une contractualisation entre la ville et les agriculteurs et introduit des produits biologiques locaux en restauration collective. Les résultats sont probants : entre 1991 et 2006, la teneur en nitrates a diminué de 43 % et celle en produits phytosanitaires de 54 %. En 2012, la totalité de la surface agricole utile (SAU) sur les captages a été convertie en agriculture biologique.

Le programme de soutien à l’agriculture biologique coûte environ 750 000 €/an à la ville, soit moins de 0,01 €/m3 d’eau distribuée ; ce coût est  très inférieur à celui d’une usine de dénitrification : 0,27 €/m3 distribué en moyenne.

Notes
1. AESN. Le préventif coûte-t-il plus cher que le curatif ? Extraits. EcoDécision. Juillet 2011
2. Service de distribution municipal des eaux de Munich

Aider à la conversion au bio pour protéger les captages, l’exemple de l’AAC Flins-Aubergenville

En France, au niveau national, un dispositif de 12 sites pilotes « Eau & Bio » a été créé depuis 2007 afin de faciliter le passage à l’agriculture bio dans ces territoires à « enjeu eau potable ».

Dans le territoire de GPS&O, c’est l’Aire d’alimentation de captage (AAC) de Flins-Aubergenville qui est retenue. Elle alimente 500 000 habitants en eau potable.

Suez, qui en est l’opérateur, a donc choisi de travailler sur la prévention. Mille cinq cent hectares en surface alimentent 90 % des points de captage. En partenariat étroit avec le GAB Île-de-France et avec le soutien de l’Agence de l’Eau Seine-Normandie, sa démarche est de travailler pour faciliter la conversion des agriculteurs, pour la plupart cultivateurs céréaliers, au bio.

Effectuée récemment, une étude faite auprès d’agriculteurs de l’aire d’alimentation de captage sur le sujet des freins à la conversion révèle de nombreuses réticences : les changements significatifs de techniques, le risque financier, l’investissement en nouveau matériel, le retard important des versements des aides de l’Etat et la politique foncière.

Par contre, des leviers existent : les débouchés sont bons, car la demande en bio ne faiblit pas, en particulier en culture céréalière. Enfin, un autre levier est le passage à une part de bio dans les cantines publiques et dans les restaurants d’entreprise.

L’association Terre de Liens, avec le Pôle Abiosol*, qui aident et accompagnent la préservation des terres agricoles et la transformation en bio, l’une sur les sujets fonciers, l’autre sur l’accompagnement de l’installation des paysans en bio, l’affirment : aujourd’hui en Île-de-France, il y a plus de foncier disponible que de porteurs de projet. De fait, ceux-ci, une fois formés, choisissent fréquemment de partir pour une autre région, sans doute plus agréable à vivre !

Les outils des collectivités locales

Les enjeux du développement local, de la préservation de la ressource en eau potable, d'une alimentation saine et en circuit court sont importants mais le travail pour y parvenir également. Cela mobilise de nombreux acteurs : la Région Île-de-France, les collectivités locales, les associations et les entreprises, les Chambres d’agriculture…

Sur ce sujet, les collectivités locales ont des compétences pour protéger les terres agricoles au travers des documents d’urbanisme et grâce à des zonages de protection comme les zones agricoles protégées (ZAP) et les périmètres de protections des espaces naturels et agricoles périurbains (PAEN). Elles agissent aussi à partir des schémas de cohérence territoriale (SCoT) dans le cadre des plans d’aménagement et de développement durable (PADD) et des plans locaux d’urbanisme intercommunaux (PLUi).

Le travail est en cours !

 

* Terre de Liens fait partie du Pôle Abiosol : un partenariat Terre de Liens, GAB Ile-de-France, Amap Ile-de-France, Champs des possibles, pour accompagner les porteurs de projets à l’installation et les transmissions de fermes en bio.

https://www.bioiledefrance.fr/     https://terredeliens.org/    https://aires-captages.fr/sites/default/files/document-sandre/1-fiche_aubergenville_v4.pdf

Publicité