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Devoir de mémoire

Jean Bedin, président de l'Union Nationale des Combattants à Hardricourt

Par : 
P.-A. Blanchet

Nous nous croisons tous les jours et pourtant nous ne nous regardons pas. Cet état de fait peut durer une vie entière. 

Et pourtant rien n'est plus ordinaire que de ne pas se voir.

Il est temps de s'arrêter et d'échanger, que ce soit dans la vallée de la Seine, à Paris ou en Province.

Aujourd'hui échangeons avec notre passé.

Des monuments aux morts des deux guerres mondiales se trouvent dans beaucoup de villes et villages de France afin de rendre hommage à ceux qui ont défendu notre pays et en sont morts.

Nous passons pour beaucoup devant, sans y prêter plus d'attention que cela, ou même nous ne les voyons plus tellement ils font partie du paysage. Et plus les générations se renouvellent, moins il y a d'ancrage émotionnelle vis-à-vis de ces morts passés. Il n'existe ainsi plus de grand parent pour nous conter l'horreur de la Grande Guerre par exemple.

Comment faire pour continuer à faire vivre cette histoire qui est la notre? Comment ne plus la banaliser?

 

A Hardricourt, il y a un monument aux morts qui fut dressé le 9 avril 1922 en mémoire de ceux tombés sur les champs de bataille lors de la guerre 1914-1918. Quatre ans auparavant, en 1918, Georges Clémenceau et le révérent Père Brottier avaient créé l'Union Nationale des Combattants (UNC), en raison de l'important traumatisme collectif des soldats rescapés des tranchées. Ainsi les traumatisés étaient réunis.

La section de l'UNC est crée en 1922, sous l'impulsion du ministre de la guerre et de la défense nationale, désirant regrouper les sépultures des soldats, qui étaient jusqu'alors provisoires.

 

Aujourd'hui, monsieur Jean Bedin est président de l'UNC d'Hardricourt. Il fait perdurer le souvenir des nos combattants. Son propre père a été blessé sur le front lors de la première guerre mondiale.

Nous nous rencontrons un matin dans un bar proche de la gare de Meulan-Hardricourt.

Et nous échangeons sur l'UNC, sa stratégie pour transmettre notre histoire aux nouvelles générations, et d'autres sujets divers. Voici en substance ce que monsieur Jean Bedin a avancé.

 

L'objectif principal de l'UNC est donc de continuer le devoir de mémoire, de penser aux morts passés mais aussi à venir. Elle vient également en aide aux familles des victimes.

Les soldats à l'époque de la première guerre mondiale, dont nous avons fêté l'année dernière le centenaire de son issue, arrivaient à l'armée sans distinction d'opinion, de religion, d'histoire. Tout le monde allait à dans les régiments. Une cohésion régnait car alors la cause était commune. Le chef des armées, qui était déjà à l'époque le président de la République, avait appelé à la mobilisation générale et tout le monde se devait d'aller défendre l'honneur de la France face aux allemands. Peu remettait son appel en question, étant élu démocratiquement.

L'UNC, essaie de transmettre la mémoire de ces personnes là, entres autres. Et, au fur et à mesure du temps qui passe, elle transmet le flambeau du souvenir à d'autres qui seront chargés de faire de même aux générations suivantes.

Jusqu'en 2002, l'UNC d'Hardricourt faisait partie de la fédération de l'UNC nationale. Dorénavant, elle est devenue une section indépendante.

Voici quelques autres évènements dont cette association perpétue la mémoire des victimes: la seconde guerre mondiale le 8 mai, la journée des déportés le dernier dimanche d'avril, la journée nationale de la Résistance le 27 mai, etc.

Seulement, Jean Bedin explique qu'il faut être vigilant au nombre de commémorations afin de ne pas créer une certaine lassitude de la part des riverains. Le fait est également, qu'aujourd'hui, les fêtes nationales étant souvent des jours fériés, les personnes désirent souvent partir en week-end prolongés. Et donc les journées commémoratives ne s'en trouvent que moins suivies. Une mauvaise météo impacte aussi ces dates symboliques.

Afin de transmettre la mémoire de notre passé et d'en tirer des enseignements, Jean Bedin invite les enfants des écoles d'Hardricourt à déposer des gerbes de fleurs et de porter les drapeaux lors du 11 novembre par exemple.

Il leur confie aussi à lire un texte adapté de Robert Hertz et des lettres de poilus.

Et pour finir il leur propose de faire de même lors de leur majorité, afin qu'ils puissent réaliser ce devoir de mémoire, sans la contrainte possible de leur parents. Pour ne pas oublier ceux qui parfois sont morts trop jeunes pour défendre une paix qu'ils souhaitaient, et que l'on a de nos jours en France.

A Hardricourt, en 1918, n'habitaient que 400 personnes et pourtant 25 sont mortes dans le premier conflit mondial.

Certains jeunes arrivés à la majorité effectuent ces geste symboliques et Jean Bedin les remercie publiquement le 11 novembre. Mais il est arrivé une fois qu'il retrouve son invitation dans le caniveau: cela l'a marqué.

Un autre pan de l'action de l'UNC consiste en la collecte des bleuets de France, le symbole de la mémoire et de la solidarité envers les anciens combattants, les victimes de guerre, les veuves et puis les orphelins.

Ce symbole a été créé en 1914 aux Invalides.

L'argent récolté est reversé à 60% à l'Office Nationale des Anciens Combattans (ONAC) située à Versailles et les 40% restant servent au bon fonctionnement de la section locale de l'UNC.

En 2017, 150 bleuets furent vendus à Hardricourt à environ 1 euro.

Une dernière action méconnue de l'UNC, s'apparente à de l'humanitaire. Envers les africains et en particulier les descendants des tirailleurs sénégalais. En collectant des radios argentiques et en les revendant à des industries récupérant le sel d'argent, elle acquiert de l'argent servant à acheter des médicaments qui sont alors fournis au dispensaire de Dakar. Le dentiste a ainsi pu être sauvé dans cette ville.

Des pots de confiture sénégalais sont également vendus: environ 1000/ans. Et l'argent récolté est utilisé dans le même but que celui des radios argentiques.

 

Derrière monuments commémoratifs, des hommes et des femmes comme Jean Bedin par exemple, essaie de transmettre une mémoire, une histoire qui est la notre et qui malgré son ancienneté, n'est pas à négliger.

Apprenons, et pour cela, souvenons-nous. Sinon nous reproduirons.

 

Au cours de notre rencontre, Jean Bedin dit aussi comprendre le mouvement des gilets jaunes. Avec le respect qu'il a pour la démocratie française et le président de la République, il saisit les difficultés actuelles. Nous pouvons être patriotes sans être inactifs, mais force de proposition et de construction.

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