Vous êtes ici

Littérature

Gavrinis, Apollinaire et Mirbeau

Par : 
Jean-Paul Kervadec

Histoire de respirer, l'auteur Jean-Paul Kervadec nous propose un texte qui jette un petit pavé, de mai 68 et non des gilets jaunes, dans le courant violent de la Jument (le 2ème d'Europe en vitesse, 9,1 nœuds en vives eaux) qui bat la côte de Gavrinis.

Pour les érudits, voir l'excellente étude (en PJ) d'une amie, guide conférencière au cairn de l'île Gavrinis (golfe du Morbihan) et historienne de formation, sur Guillaume Apollinaire et ce remarquable monument mégalithique vieux de 6000 ans, m'amène à évoquer Mirbeau, qu'admirait le poète (voir ci-dessus). 

Apollinaire a rendu compte élogieusement de la 628-E8 et a envoyé à notre Octave un superbe exemplaire de L'Hérésiarque, agrémenté de cette belle dédicace : « A Octave Mirbeau / au maître admirable et puissant / au seul prophète de ce temps / son admirateur / Guillaume Apollinaire ». De son côté, Mirbeau est intervenu en faveur d'Apollinaire lors de son arrestation inique en 1911, pour sa prétendue complicité dans le vol de la Joconde.

Si Florence André conclut dans son article Guillaume Apollinaire et le cairn de Gavrinis (2018) que Guillaume Apollinaire n'est jamais venu à Gavrinis, en est-il de même pour Octave Mirbeau ?

Notre Octave évoque Gavrinis dans son roman en partie autobiographique Sébastien Roch (1890), rédigé peu de temps après son séjour au château de Kérisper en 1887-1888, près d'Auray. A propos du golfe du Morbihan « cette petite mer intérieure », il écrit : « une multitude d'îles la parsèment ; celles-ci cultivées comme l'îIe aux Moines ; celles-là sauvages comme Gavrinis, où les temples druidiques érigent leurs blocs de granit barbare ».

Si Apollinaire n'a connu Gavrinis que par « des représentations figurées », on peut imaginer aisément que Mirbeau a pu visiter le célèbre cairn. Le site préhistorique, dont les gravures ont été découvertes en 1832 et rendues célèbres en 1835 par Prosper Mérimée en sa qualité d'inspecteur des Monuments historiques, est très proche de Kérisper. Et on sait, par sa correspondance, que Mirbeau a navigué dans le golfe, sur le bateau d'un pêcheur du coin, en particulier avec son ami Paul Hervieu, venu lui rendre visite.

Au sujet des gravures de Gavrinis,  Apollinaire y voit du « bertillonnage », renvoyant à Alphonse Bertillon (1853-1914), célèbre criminologue français, qui intègre, dans son système de mesures anthropométriques des délinquants, les empruntes digitales, rappelant au poète les gravures des blocs de pierre verticaux du cairn.

Mirbeau, quant à lui, évoque des « temples druidiques », sacrifiant à la « celtomanie » de son époque. Or, les Celtes et leurs druides ne sont arrivés en Armorique qu'au premier millénaire avant J.-C, alors que le cairn de Gavrinis a été érigé en  4000 avant J.-C. ! Anachronisme mirbellien de 3000 ans, comme dans Astérix !

Mais qu'importe ! Si Apollinaire n'a pas débarqué à Gavrinis, Mirbeau, lui, en voisin, a pu y mettre le pied...  


Sources :

- Florence André, Guillaume Apollinaire et le cairn de Gavrinis, Art des traces et bertillonnage (2018).

- Octave Mirbeau, Oeuvre romanesque, Volume 1, Sébastien Roch, page 628, Edition critique établie, présentée et annotée par Pierre Michel, Ed. Buchet/Chastel, Société Octave Mirbeau (2000).

- Dictionnaire Octave Mirbeau, Ed. L'Age d'Homme, Société Octave Mirbeau, 2011, (consultable gratuitement sur Internet).

Publicité