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Rencontres

Rendez-vous avec "Madame", sur la Seine à Triel

Par : 
Claude Barouh

Les fêtes de jumelages sont parfois l’occasion de rencontres inattendues organisées parmi les cérémonies protocolaires rituellement répétées années après années : discours officiels, chants, remises de médailles et/ou de cadeaux puis renouvellement de la signature du serment de jumelage par des maires actuellement héritiers de traditions durables. Il arrive qu'on se laisse surprendre par une présence...

 

A Triel-sur-Seine, cette année la fête a quasiment explosé en quatre villages événementiels reliés par un petit train aussi touristique que (très) folklorique qui permettait d’explorer, sans se fatiguer, les plus beaux sites historiques (ou non)  et les thèmes proposés :  Saveurs et Artisanat, Culture et Patrimoine, Sports, Histoire et Paysages. Dans ce dernier, la Belle Epoque a été remémorée par une exposition et un évènement-vedette aussi littéraire qu'historique. La culture à la portée de chacun a été vécue in situ.

Samedi 15 septembre 2018 : temps superbe ; la Seine est calme. Triel en fête s’anime tôt ce matin. Les lointains voisins d'outre-Rhin sont venus nombreux. Cinquantième anniversaire du jumelage entre Triel-sur-Seine et Selingenstadt (Allemagne) oblige : 1968 n'est pas si loin et la joie de se retrouver, de se rencontrer est restée intacte puisqu'elle se renouvelle continuellement. Le vrai sentiment de jumelage n’est-il pas présent en permanence dans le cœur et le souvenir des habitants des deux villes qui correspondent et se rencontrent depuis, souvent, des lustres ?

Au bord de l'eau, rive gauche, juste en face du chantier naval de M. Mallard, une structure de toile blanche abrite, bien alignées, des séries de documents anciens qui vont attirer une multitude de visiteurs. Toute la journée grands et petits regardent, discutent, s'interrogent :

Qu'expose-t-on ?

Qui est présent ?

Pourquoi cet enthousiasme ?

Que sont ces livres et ces vidéos ?

Dès le premier coup d'œil la réponse éclaire les visiteurs. Les exposants expliquent : "C'est Guy de Maupassant qu'on honore."

Il est évoqué à l’initiative des associations Triel Mémoire & Histoire  et Sequana (Chatou), lors de son séjour en 1889 à la villa trielloise Stieldorff, située rive droite, le long de l'ancien chemin de halage. Sa présence est largement illustrée par des cartes postales anciennes du Triel de jadis, représentant la maison qu'il habita, ses amis et voisins, leurs activités et surtout la canotage, une des passions de l'écrivain !

De plus, pour faire plus vrai, pour recréer cette ambiance Belle Epoque, une de ses barques, qui navigua réellement ici en son temps, a été convoyée depuis Chatou. Fière réplique de son ancêtre, elle sera tout l'après-midi la vedette de l’évènement et la foule ne s’y est pas trompée. Tout le monde est là pour assister à sa mise à l’eau. 

Toutefois, ce n’est pas tout ! Un sosie de l’écrivain, plus vrai que nature,  s'embarque avec deux amies très chères : l’une, habillée de blanc, représente la première femme de Georges Bizet, la seconde, habillée de noir, joue le rôle de la petite fille d’Alexandre Dumas père. Un jeu ? Non, simplement la reconstitution d’une photo en noir et blanc parvenue jusqu’à nous qui représente cette scène immortalisée par le comte Primoli, un ami italien de Guy de Maupassant en visite à Triel.

Quel choc d’assister à ce spectacle incroyable, à ces aller-retours sur l'eau ! Le paysage triellois d'aujourd'hui est joyeusement animé par les voiliers du Yacht-club tout proche, dans une ambiance musicale de chansons populaires que toutes les personnes présentes reprennent spontanément en chœur.

Les photos de référence qui ont servi à la reconstitution ont été, après agrandissement, exposées dans le stand non pas pour le plaisir des yeux mais pour que chacun découvre l’aspect de ce fleuve qui nous est familier et puisse aussi et surtout voir le vrai Guy de Maupassant, hors des portraits archi-connus et figés que les photographes de l’époque nous ont transmis.

Ce clin d’œil à l’Histoire que les associations TMH et Sequana se sont autorisées est exceptionnel  et les visiteurs ne s'y sont pas trompés car c'est un déplacement qui valait la peine. Il leur a permis, étonnés mais ravis, de charger dans leur boite à souvenirs une rencontre avec Madame près du chantier Mallard, devant lequel se sont passés au fil des ans tant d’évènements nautiques.

Ah ! J’oubliais de vous dire : Madame, c’est le nom de la barque !

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