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Sculpture

Giacometti s'invite chez Maillol

Par : 
Pauline Fleury

Rue de Grenelle, jouxtant la somptueuse fontaine d'Edmé Bouchardon, le Musée Maillol présente sous un angle nouveau l'œuvre d'Alberto Giacometti (1901–1966). Le J2R a assisté au vernissage parisien. https://www.museemaillol.com/

C'est à la posture originale de l'artiste "entre tradition et avant-garde”, pour en reprendre le titre, qu'est consacrée l'exposition. Formé dans l'atelier du classique Antoine Bourdelle (1861–1929), Giacometti rejoint un temps, de 1930 à 1935, les rangs du surréalisme. Rapidement, il revient à un travail plus traditionnel sur la figure humaine dit d'après nature, soit d'après des modèles, le plus souvent ses proches (son frère Diego, sa femme Annette, ses amis). Cinquante sculptures de l'artiste viennent témoigner de ce va-et-vient entre tradition et modernité, réparties en neuf sections “à la fois chronologique et thématique” selon les mots de Catherine Grenier, directrice de la Fondation Giacometti et commissaire de l'exposition. Revenant dans un premier temps sur la formation et les diverses influences de Giacommeti, antiques, africaines ou encore cubsistes, puis sa période surréaliste, l'exposition évoque ensuite son œuvre au prisme de différents thèmes qui traversent l'histoire de la sculpture : la représentation de la tête, celle de la femme, celle du groupe, la question du socle et de la relation de la figure au socle. Les chefs d'oeuvre s'enchainent. L'un retient particulièrement l'attention : la Femme en marche. Hiératique. Ou presque : une jambe en avant, elle semble s'avancer vers nous. Quel que soit le format, minuscule figure posée sur un socle ou imposante “clairière” (cf ill. 1) de figures, et la matière utilisée, plâtre, bronze ou crayon (pour les dessins), une seule obsession domine : représenter l'humain. Sa vie durant, Giacometti s'est acharné à sculpter le corps, seulement la tête ou bien pied, en marche ou immobile. Rien d'héroïque ou de monumental dans ces corps sculptés, subsiste seulement de fragiles formes allongées, réduites à l'extrême. Cette “réduction qui va jusqu'à la disparation” ne traduit rien d'autre que la “vision” de Giacometti pour Thierry Pautot, responsable de la recherche à la Fondation Giacometti et co-commissaire de l'exposition.

Giacometti, oui... mais pas seulement. L'exposition met en regard ses œuvres avec celles de ses contemporains, classiques comme Bourdelle et Maillol ou plus modernes tels Rodin, Laurens, Zadkine ou encore Csaky. Ces sculpteurs, et pas d'autres, parce que ceux-ci, nous le savons, Giacometti les a rencontrés et les a regardés”, précise Catherine Grenier. Entre eux et Giacometti, les commissaires n'ont pas choisi d'opérer de comparaisons ou de confrontations. Nous n'avons pas fait de rapprochements formels ou stylistiques”, affirme-t-elle. Choix judicieux car l'on sait l'exercice glissant (pensons ici à l'artificialité des liens qu'avait voulu mettre en avant le Musée Picasso en 2016 entre Giacometti et Picasso). A contrario, la présentation du Musée Maillol consiste à ponctuer les œuvres de Giacometti par certaines réalisations des sculpteurs de son époque (vingt cinq au total) autour de thèmes qu'ils ont en partage. Aucune similitude stylistique entre les volupteuses et rondes Trois Nymphes (1930-1937) de Maillol, les expressifs Bourgeois de Calais (1885) de Rodin, et les longilignes personnages peuplant la Forêt (1950) de Giacometti, et pourtant l'œil se réjouit à les voir ainsi exposés ensemble. Occupant la dernière salle de l'exposition, l'impressionnant Homme en marche (cf ill. 2) défie l'œuvre qui l'a largement inspiré, copié par Giacometti, le Saint-Sébastien d'Auguste Rodin : le meilleur pour la fin !

 

A voir : l'exposition “Alberto Giacometti, entre tradition et avant-garde”, jusqu'au 20 janvier 2019

Musée Maillol, 59/61 rue de Grenelle – 75007 Paris - Lien Internet

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