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Le monde animal

Nous et les animaux

Par: 
Mac Guffin

Durant sa jeunesse et jusqu’au soir de sa vie, le journaliste, écrivain, amateur d’art, Octave Mirbeau montra beaucoup de tendresse et d‘intérêt pour tous les êtres de la création, sans exclusive.

 
 

Au milieu du vingtième siècle, le paysan de Triel faisait encore la route en charrette attelée jusqu’aux Halles de Paris pour vendre sa production. Les anciens nous disent que l’animal de trait connaissait si bien le trajet qu’il s’arrêtait presque instinctivement là où son maître avait ses habitudes, le sortant de l’engourdissement alors qu’il finissait sa nuit.

destin d'animaux chez les écrivains de la fin du xix° siècle 

Alice et Octave, dans leur propriété qui se situait à l’emplacement de l’actuelle mairie de Carrières-sous-Poissy, avaient un poulailler magnifique. L’écrivain passait beaucoup de temps à observer ses animaux domestiques, mais aussi les insectes, les petits mammifères et les crapauds rencontrés au cours de ses promenades. Dingo, son dernier roman, a pour personnage principal et éponyme, non pas un de ces êtres supposés pensants et dotés de sentiments humains, mais son propre chien. En ces temps, Français et Allemands s’occupaient sur les champs de bataille et, les nombreux chevaux et vaches à viande sacrifiés à la machine guerrière, n’ont, semble-t-il, jamais reçu un vrai hommage de la Nation. Le Médanais Emile Zola, un voisin pour ainsi dire, consacra quelques paragraphes de Germinal au cheval Bataille, le doyen de la mine, un cheval blanc qui avait dix ans de fond :  « Maintenant, l'âge venait, ses yeux de chat se voilaient parfois d'une mélancolie. Peut-être revoyait-il vaguement, au fond de ses rêvasseries obscures, le moulin où il était né, près de Marchiennes, un moulin planté sur les bords de la Scarpe, entouré de larges verdures, toujours éventé par le vent. » Enfin, Maupassant décrit souvent les rapports de ses contemporains avec les animaux dans ses Contes et Nouvelles : Toine est l’histoire d’un bon vivant frappé de paralysie. Devenu inutile aux yeux d’une épouse revêche, il est reconverti à son corps défendant en couveuse. Il finit par se prendre d’affection pour les poussins qui suivent la brouette - comme les oies de Konrad Lorenz - dans laquelle le promène ses copains … ou la nouvelle intitulée Coco, qui raconte le sort funeste d’un vieux cheval, victime du sadisme quotidien d’un stupide garçon de ferme nommé Zidore.

Production animale et humanité

Depuis l’homme s’est éloigné des bêtes et leur sort a empiré. Certains parmi les plus jeunes ne se figurent un poisson que carré et recouvert de chapelure. La basse-cour évoque davantage l’école de Barbizon, la plupart des poules ayant une vie concentrationnaire. La simple évocation de l’élevage industriel des cochons et autres animaux destinés à l’abattoir soulève le cœur mais, les soins et l’attention que nous prodiguons aux animaux de compagnie confortent notre bonne conscience. Le philosophe Alain Finkielkraut, se moquer de lui est devenu une figure imposée dans les rédactions parisiennes, redoute la disparition de la relation de l'homme avec le ruminant : « Si le rapport de collaboration entre les vaches et les hommes est rompu, il n’y aura plus de vaches. On peut libérer les hommes d’une condition d’oppression  ou d’asservissement mais plaquer ce schéma sur les animaux de rente, c’est préconiser en guise de libération la disparition de ces espèces qui ne subsisteront que dans quelques parcs à thème, dans des zoos pour les enfants ». La campagne, infestée par des pesticides, est devenue par endroits si inhospitalière pour les abeilles, les insectes et les oiseaux que des ruches sont aujourd’hui installées dans les villes ou sur les toits des bâtiments d’entreprise, comme le propose Alexandre Valgrès, apiculteur établi à Brueil-en-Vexin.

Songeons que plus d’un tiers de notre alimentation est pourtant tributaire de la pollinisation et méditons sur l’existence de ces hommes plus attentifs aux animaux, comme à la vie de François d’Assise.

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