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La mémoire de GPS&O

Le moulin de Sautour et le haras de Bècheville : une enquête inédite pour les retrouver

Par : 
Michel Kohn - ACV, la mémoire de Villennes

Où, aux Mureaux, pouvait se trouver un élevage de chevaux de course, dont certains se sont illustrés sur divers hippodromes ? Un article d’une revue de 1895 nous a conduits, au-delà de la connaissance d’un aspect de l’histoire locale, à rechercher l’emplacement du haras qui portait le même nom que le château de Bècheville. Notre enquête, qui a concerné également les moulins du ru d’Orgeval, commencée aux Mureaux, s’est conclue dans une zone limitrophe, à Chapet.

De manière inhabituelle, l’auteur de cet article l’a rédigé à la première personne, car l’histoire relatée contient des faits personnels. Elle commence, à l’été 2017, dans le cadre de ses recherches estivales dans la presse des siècles derniers. S’intéressant au patrimoine des Mureaux,  peu connu à l’extérieur de la commune, où sera organisé en mai 2019 le septième rallye pédestre des 2 Rives de Seine (& Oise), il a cherché à mieux connaître plusieurs de ses éléments.

Le domaine de Bècheville

Aujourd’hui, ce nom qui est également celui d’un bois, d'un complexe sportif, d’un théâtre et d’un marché, est le plus souvent employé pour désigner l’un des sites du Centre Hospitalier Intercommunal de Meulan-Les Mureaux. Lorsqu’on se rend au Conservatoire Gabriel-Fauré pour la première fois, on découvre qu’il est situé dans le château de Bècheville, alors qu’aucun panneau ne l’indique et que son entrée n’est pas facile à trouver dans un quartier de grands immeubles d’habitation construits dans une partie de son parc. Les élèves de ce conservatoire de musique et les musiciens qui utilisent ses studios de répétitions et d’enregistrement connaissent-ils la riche histoire de ce lieu ?

Je ne décrirai pas ici la bâtisse qui appartenait aux seigneurs des Mureaux et de Bècheville, avant son acquisition, en 1811, par le comte Pierre Daru, ministre et secrétaire d’État de Napoléon Ier, ni la grande demeure de style Louis XIII, résultant de sa transformation, pendant dix ans à partir de 1855, sous la supervision de l’architecte Henri Parent. Elle a été réalisée par le fils du précédent propriétaire : prénommé Napoléon, filleul de Napoléon Ier et de Joséphine, il était  alors député avant de devenir ministre des Affaires étrangères.

Le haras de Bècheville, décrit dans l’édition du 1er octobre  1895 de la revue Le Sport universel illustré, se trouvait-il dans ce domaine ? Des vestiges existent-ils encore ? Ce sont des questions qui ont surgi lorsque j’ai découvert cet article. Avant de relater mon enquête, je résumerai l’histoire de cet élevage de chevaux, à partir de ce document et de quelques précisions trouvées dans d’autres publications de cette époque, grâce à la bibliothèque numérique Gallica de la Bibliothèque nationale de France.

Le haras de Bècheville

Cet établissement d’élevage avait été établi en 1890 ou l’année suivante. L’article décrit ainsi sa situation et son environnement :  « Protégé contre les vents du nord et de l'est par une ceinture de collines boisées, il occupe une large vallée arrosée dans tous les sens par une série de ruisseaux qu'alimente le ru d'Orgeval, qui descend des hauteurs de Chapet  ; ce ru ne tarit jamais, même par les plus grandes sécheresses. Il alimentait jadis le moulin de Sautour, autour duquel ont été construits les bâtiments du haras.

On en a très ingénieusement capté une partie pour la faire passer à travers un massif de sable et filtrer l'eau qui est donnée aux chevaux. Cette eau filtrée est montée dans un réservoir par une pompe élévatoire adaptée à la roue de l'ancien moulin ; elle alimente ainsi avec une pression suffisante les cinq robinets répartis dans la cour du haras.

Les quatre-vingts hectares de prairies, dont se compose le haras, s'étendent sur un terrain argilo-calcaire, un peu sablonneux sur certaines parties, fort peu étendues d'ailleurs. L'herbe est courte, mais fine, très dure et très tonique. »

Les travaux d’aménagement avaient consisté en l’agrandissement des bâtiments de l'ancien moulin, où trente-six boxes, spacieux et bien aérés, avaient été installés. L’homme d'écurie chargé de la direction du haras (stud-groom) était installé au milieu de la cour, d'où il pouvait surveiller à peu près tous les boxes.  La ferme de Comtesse, située à l'entrée du haras, sur la route des Mureaux à Chapet, avait reçu douze boxes ainsi que l’infirmerie. Le chemin privé qui conduisait au haras avait été empierré et transformé en une route carrossable. J'ai appris, ensuite, que le nom Comtesse avait été donné au quartier sud des Mureaux, en hommage à Agnès de Montfort, comtesse de Meulan qui, au XIIe siècle,  avait fondé une maladrerie ; destinée à isoler et soigner les lépreux, elle avait été placée bien à l’écart de sa ville, sur le chemin de Fresnes (devenu Ecquevilly). J’étais prêt à commencer l’enquête sur la localisation du haras et sur les personnes qui l’avaient fondé et dirigé.

Où se trouvait l’ancien haras ?

En l’absence d’une association d’histoire locale, j’interroge, d’abord,  Damien Delerin, rédacteur du J2R qui, résidant aux Mureaux, en est le correspondant dans cette ville qu’il connaît très bien. Il n’a jamais entendu parler du haras et ne reconnaît pas les bâtiments représentés sur les photos de l’article.

Une recherche rapide sur Internet m’apprend qu’un ancien moulin du XVIIe siècle et du XIXe est devenu le presbytère de la paroisse Notre-Dame-des-Neiges. Le cadastre napoléonien de 1821 m’apprit, plus tard, qu’alimenté par le ru d'Orgeval, il était nommé « moulin de Bercheville »  (orthographe de Bècheville à l’époque). Ces bâtiments se situent, toutefois,  assez loin du parc de Sautour, dont le nom est celui du moulin recherché. Je vais, donc, me balader dans ce parc et dans ses alentours : je vois, à l'une de ses extrémités, près de l’avenue de l’Europe, un colombier qui pourrait ressembler à un moulin mais à vent. En fait, il s’agit du seul vestige de la maladrerie de la comtesse, qui comprenait un hôpital, des prés, des vignes ainsi qu’un moulin. Ces derniers bâtiments, en très mauvais état, ont été rasés en 1982.

Aucun bâtiment n’est visible autour de la partie du ru d’Orgeval qui longe le parc, à l’est, à proximité de l’étang ; le parc ayant été créé en 1985, les vestiges du moulin auraient-ils disparu lors de l’aménagement de cette pièce d’eau ou lorsqu’a été construite la butte qui la domine depuis 1988 ? Ou bien était-il à l’emplacement du Lycée François Villon voisin ? La ferme de Comtesse était, également, le nom d’une ferme du Jardin zoologique d’acclimatation du Bois de Boulogne, où des volailles étaient élevées. Où se trouvait celle, à proximité de laquelle l’article de référence situait le haras ?

En septembre 2017, je profite des Journées du Patrimoine pour visiter le château de Bècheville. Un article du J2R  a relaté  l’intéressante présentation par Patricia Kabuya, chargée de patrimoine et développement des publics au Service d'action culturelle de la Ville des Mureaux(1). L’un des autres participants, dont le T-shirt était orné du logo d’un club de horse-ball, attire mon attention ; nous engageons la conversation qui, rapidement, conduit à mon interrogation sur le haras. Le hasard m’avait fait rencontrer l’homme de la situation : Benoît Beaunez est le fondateur et dirigeant d’un centre équestre de Chapet, spécialisé dans le horse-ball(2). Il connaît bien les chevaux ainsi que l’ancien haras, qui se trouvait à proximité de son village : il avait le projet d’y installer un poney-club. Toutefois, le bail précaire qu’il a obtenu de l’organisme propriétaire ne lui a permis que de nettoyer l’emplacement de l’ancien haras détruit mais pas d’effectuer d’importants travaux d’aménagement. En effet, ce terrain fait partie de ceux acquis, au début des années 2000 par l'Etablissement public foncier des Yvelines (EPFY), qui a été intégré en 2016 dans l’Etablissement public foncier Île-de-France (EPFIF), pour lequel le devenir de cette zone reste flou. La situation évoluera-t-elle à l’occasion de l’élaboration du Plan local d’urbanisme intercommunal, en cours ?

Benoît Beaunez me précise l’emplacement de l’ancien haras, qui se trouve bien face de l’étang du Parc de Sautour.


Toutefois, aucun des bâtiments n’a subsisté : fortement délabrés, ils ont été rasés par l’EPFY en 2009-2010. Heureusement Benoit Beaunez, que je remercie pour sa précieuse contribution, les avait photographiés avant leur disparition. Il y avait encore le moulin, une trentaine de boxes, une grange et un puits, mais les charpentes s’étaient effondrées, suite à plusieurs incendies dus à des squatteurs. Une famille d’agriculteurs avait installé sa ferme dans ce lieu avant de le délaisser, en raison de dégradations et de problèmes d’insécurité.

Différentes cartes que l’on peut consulter, notamment sur le site Geoportail(3) de l’Institut géographique national (IGN), me confirment l’emplacement des divers bâtiments mais certaines, actuelles, sont trompeuses car ils y figurent toujours : en effet, celles-ci et le plan cadastral dont elles sont partiellement issues, n’ont pas été mis à jour. Il est intéressant de superposer la vue aérienne récente, qui ne montre, semble-t-il, qu'un hangar, et la carte du cadastre, faisant apparaître la position des anciens bâtiments et des chemins disparus.

J’aurais dû compléter ma recherche initiale sur la vue par satellite de Google Maps par la consultation d'autres cartes :
- Une carte d’Etat-Major, antérieure à 1866, mentionne un moulin et le lieu-dit Comtesse, de part et d’autre du ru d’Orgeval ;
- Une carte des années 1950 est plus précise, indiquant « Fme et Haras de Bescheville », avec une orthographe ancienne, montrant la route qui reliait ce lieu à la ferme de Comtesse ;
- une carte actuelle de l’IGN, contrairement à la carte topographique de cet institut, porte la mention « le Haras de Bécheville » avec un rectangle pouvant représenter un bâtiment, à côté du « Parc du moulin de Sautour », premier nom du Parc de Sautour.

Alors que tous les ouvrages et les articles de journaux consultés localisaient le haras de Bècheville aux Mureaux, cette carte montre qu’il était situé à la limite de cette commune mais sur le territoire de Chapet ! Rappelons-nous, toutefois, que les terres de Chapet et de Bècheville ont eu les mêmes propriétaires : Pierre Louis Randon de Lucenay, seigneur de Bècheville, les a possédées de 1770 à 1795, puis leur acquéreur lors de leur vente comme biens nationaux. 

Il me restait à vérifier la présence du moulin sur le plan du cadastre napoléonien de Chapet, établi en 1821 : effectivement, y figurent deux bâtiments, dont l’un à cheval sur le ru d’Orgeval à un endroit où il formait deux petites îles, des canaux de dérivation ayant vraisemblablement été creusés ; en effet, le débit du ru peut être important comme l’a montré l’inondation du lycée François-Villon et des alentours lors de l’épisode orageux de juin 2018. Le lieu était nommé le « Petit Moulin », tandis que le « Grand Moulin » désignait un ensemble de parcelles agricoles situées un peu plus au sud. A la limite d’Ecquevilly est représenté un bâtiment perpendiculaire au ru ; celui-ci existe toujours à proximité du pont sur l’autoroute A13, à l’entrée de Chapet : le Grand Moulin ou moulin de Maunny avait été le moulin banal de la seigneurie d’Ecquevilly.

Les propriétaires du domaine de Bècheville, lors de l’existence du haras

Le haras, créé selon l’article de référence en 1890 ou 1891, aurait donc été installé après le décès de Napoléon Daru. Le nom du nouveau propriétaire du château, qui l’a acquis en 1891, varie selon les sources : prénommé Félix, il serait soit Hubin soit Dehaynin. En fait, le deuxième était le gendre du premier ; Félix Hubin était, vraisemblablement un industriel normand, dont les usines métallurgiques, fonderies et laminoirs, se trouvaient dans sa ville de Gournay près de Harfleur, à Rouelles et au Havre ; celles-ci produisaient  des tubes de laiton et de cuivre, des barreaux et des barrettes en cuivre et des tuyaux de plomb. Félix Dehaynin (1822-1895) était, conseiller municipal de Paris et trésorier de la chambre de commerce. Sur sa tombe au cimetière du Père-Lachaise, une inscription précise qu’il était officier de la Légion d’honneur et qu’il est décédé en son château aux Mureaux. Le nom du château y est illisible mais il est bien précisé dans les annonces du décès, parues dans la presse. Le dossier de Félix Dehaynin dans la base de données Leonore des Archives nationales sur les membres de la Légion d'honneur m’apprend qu’il était, à Paris, fabricant de produits chimiques en 1874,  puis négociant en charbons en 1891.

Son décès a entraîné une nouvelle vente du domaine de Bècheville, dont l’annonce a été publiée, en juin 1896, dans plusieurs journaux, dont Le Temps ; celle-ci ne mentionnait pas le haras mais décrivait ainsi la propriété : « 600 hect. environ, château, communs, parc, eaux vives, fermes et moulins de Bécheville et de Sautour, fermes des Rouloirs et de Chapet. Grand et Petit moulins de Chapet, bois, terres, prés, chasses […] ». Le moulin de Sautour en faisait, donc, encore partie.

Le fondateur du haras 

Si le terrain du haras appartenait à Félix Dehaynin en 1891, ce n’est pas lui qui l’avait créé, comme l’indique la même revue Le Sport universel illustré, dans son édition du 1er juillet 1899 ;  un article sur le marquis Maison, qui venait de disparaître, nous le présente ainsi que son successeur  :
« Depuis de longues années il s'occupait du modeste élevage qu'il avait fondé à Bécheville, puis transporté sur le plateau voisin lorsqu'il cédait son haras à M. Th. Dousdebès. […] Très aimable et excellent homme, il avait un caractère d'une égalité que rien ne pouvait troubler ; jamais on ne l'a entendu se plaindre ni récriminer ;  il laissera à tous ceux qui l'ont connu un sympathique souvenir. »

Ce marquis Maison était-il un descendant de celui qui était général de division en 1813 ? Une recherche sur Geneanet donne à ce Maréchal de France  le prénom Nicolas-Joseph, qui me conduit à sa fiche biographique de l’ouvrage Histoire généalogique et héraldique des pairs de France, des grands dignitaires de la couronne, des principales familles nobles du royaume, publié en 1826. Né en 1871, créé baron de l’empire après la Retraite de Russie,  il fut créé comte après ses victoires sur les Prussiens en 1813. Il fut, ensuite, ambassadeur et ministre de Louis-Philippe. Le titre de marquis a été attaché héréditairement à sa pairie par une ordonnance royale de 1817. Plusieurs descendants actuels donnent des précisions dans leur généalogie : décédé en 1840, il avait trois fils, respectivement marquis,  comte et  vicomte, décédés entre 1869 et 1885. Aucun de leurs fils  ne semble avoir porté le titre de marquis. En effet,  le Dictionnaire des familles françaises anciennes ou notables à la fin du XIXe siècle précise que l’ainé des fils n’avait pas de postérité. Toutefois, il contient une information essentielle : après son décès, Jean Joseph Robert Calmon, fils de sa sœur, ayant obtenu en 1886 l’autorisation d’adjoindre le nom Maison au sien, s’est fait connaître sous le titre Marquis Maison. Une de ses cousines, Isabelle Maison, baronne de Vatimesnil, petite-fille du pair, Maréchal de France, a péri dans l’incendie du Bazar de la Charité, en mai 1897.

Lors de l’exposition universelle de 1867, un marquis Maison a été vice-président d’un jury des beaux-arts comprenant Ernest Meissonnier ainsi que d’autres peintres célèbres (Gerome, Théodore Rousseau…). Il  n’était pas connu comme artiste-peintre mais en tant que collectionneur de tableaux. Dans son ouvrage Les petits mystères de l'Hôtel des ventes, Henri Rochefort a écrit en 1862 : « Une croûte, dans les mains d'un amateur connu, attrape facilement un renom de chef-d'œuvre. Mieux vaut, au point de vue de la spéculation, posséder un Galimard, qui viendrait du marquis Maison ou du docteur Lacaze, qu'un Van Dyck, qui sortirait d'une boutique de la rue Jacob. » L’acquisition de la collection du marquis Maison, en 1868, par le duc d’Aumale, et la vente d’autres œuvres d’art, en 1869, après son décès confirment qu’il s’agissait de l’oncle.

Le marquis Maison était un expert financier : en 1890, il a été nommé commissaire « à l’effet d’apprécier la valeur exacte de l’ensemble de l’actif de la Banque parisienne ». Un fac-similé d’une aquarelle, daté de 1885, mis en vente en 2015, fait apparaître quatre chevaux derrière un personnage dénommé « Mr. le Marquis Maison », mais le contexte semble plutôt circassien.

Le journal Le Figaro du 12/5/1883 contient une information sur un marquis Maison, alors propriétaire de chevaux : l’un d’eux avait gagné le Prix Vertugadin à Saint Louis de Poissy, c'est-à-dire à Carrières-sous-Poissy sur l’hippodrome que venait de construire un vigneron, M. Lemercier, à côté de son haras. Ceux-ci seront acquis en 1906 par William Kassam Vanderbilt qui bâtira son château à proximité. D’autres journaux mentionnent des succès hippiques du marquis  jusqu’en 1896.

Dans Le Livre d'or du sportsman, publié en 1899 par le comte de Mirabal, se trouve cette information : « Jusqu'à ce jour, le marquis Maison s'était occupé uniquement d’élevage ;  mais, pour utiliser les produits de son haras, il s'est mis à faire courir et, en 1896, l'écurie a gagné six courses s'élevant à 22230 francs. En 1897, ses couleurs, casaque bleue, toque rouge, n'ont pas paru sur le turf. » Il précise qu’il s’occupait alors, donc après avoir quitté le haras de Bècheville, de celui d’Aubergenville. Je n’ai pas encore trouvé de trace de cet autre élevage de chevaux.

L’aménageur et développeur du haras

Th. Dousdebès avait un fils prénommé Paul, également propriétaire de chevaux, qui est devenu, en 1903, handicapeur de la Société d’Encouragement. Le livre d’or du sportsman, déjà cité, évoque le haras de Bècheville et les activités de ses deux dirigeants : « […] MM. Dousdebès père et fils s'occupent beaucoup de leurs chevaux à l'entraînement, qu'ils ont confiés à R. Denman et qui sont au nombre de vingt-cinq, dont seize pour le plat et neuf pour l'obstacle. […] Le haras de Bécheville est un très bel établissement d’élevage ; il se compose de trois étalons : Trajan, Mignon, Accapareur et de dix-sept poulinières, dont l'une appartient à M. Paul Dousdebès. […] Comme on le voit, M. Dousdebès ne néglige rien pour obtenir les bons résultats qui ne peuvent manquer de venir récompenser ses efforts. Ses couleurs sont : casaque blanche, manches et toque vertes. »

Divers documents consultés donnent moins d’informations sur Th. Dousdebès que sur les chevaux de son haras, notamment les poulains qui y sont nés et y ont été élevés, ainsi que sur leurs résultats dans les courses. C’est un article du journal Le Figaro d’octobre 1891 qui fait connaître sa vie antérieure : « Type de notaire breton, breton d'origine. Il a de grandes propriétés dans le Morbihan et à Lorient, sur le square Brizeux, un musée plein de tableaux d'écoles italienne et flamande. Chef d'exploitation de la Compagnie générale des eaux, officier d'académie, philanthrope, fondateur d'une Société de secours mutuels des employés de la Compagnie. Il est devenu sportsman, depuis deux ans on le sent lâcher les eaux pour les chevaux. Les lauriers du turf excitent ses ambitions. » Le journaliste précisait que son fils, l’un de ses confrères, l’avait poussé dans cette voie.

Ce journal mentionne, encore, le haras de Bècheville en 1899 à l’occasion de la vente de ses yearlings et de ceux du haras de Jardy. La publication Les Sports hippiques, annuaire général de l’hippisme, recensant, dans son édition de 1932, le haras de Bècheville (par Les Mureaux), appartenant à M. Dousdebès, il est vraisemblable que Paul Dousdebès avait succédé à son père.

Ce dernier n’aimait-il pas son prénom, Théodore ou bien Théophile, Théophraste, Théodule ? En effet, il était toujours indiqué par ses deux premières lettres, même dans la plupart des annonces de son décès intervenu en 1910. Un faire-part, trouvé sur le site Geneanet, confirme que notre première hypothèse était correcte : à la fin de sa vie, Théodore Dousdebès était, effectivement, chef d’exploitation honoraire de la Compagnie générale des eaux et président de la « Neptune », société de secours mutuels des employés de cette compagnie. Ses anciennes activités hippiques n’étaient pas indiquées.

Les meuniers et les employés du haras

Heureusement, les archives de la commune de Chapet ont été versées aux Archives départementales des Yvelines, qui permettent leur consultation en ligne. Le dernier recensement de la population disponible est celui de 1911. La plupart des Chapetois habitaient dans le centre du village. Un moulin était vraisemblablement, encore, en activité dans l’écart (groupe de maisons isolé) nommé Grand Moulin, un meunier y étant recensé avec sa famille. Une dizaine de personnes, dont un garde et un ouvrier agricole, résidaient dans l’écart nommé Petit Moulin. Toutefois, c’est dans le lieu-dit Sautours que l’on trouve sept habitants dont quatre étaient des employés de M. Dousdebès : un régisseur, un charretier, un garçon d’écurie et un palefrenier. Dans les quinze années précédentes, il y avait déjà un régisseur ou un éleveur et deux palefreniers. Auparavant, la ferme de Sautours était occupée par des cultivateurs.

Revenons à l’époque de l’établissement du haras : en 1861, trois personnes habitaient dans le moulin (Petit moulin) : le meunier, sa femme et un domestique-meunier ; quatre, dont le fermier et un domestique-meunier, étaient domiciliées dans la ferme de Sautour. Le recensement suivant, cinq ans plus tard, a été le dernier faisant apparaître que le moulin était toujours exploité par un meunier et son épouse.

Comme dans toutes les communes françaises, l’instituteur de Chapet a rédigé une monographie en 1899, comme il leur avait été demandé dans le cadre de l’Exposition universelle de l’année suivante. Ce document contient des informations intéressantes : sur le dessin du plan de la commune, le Grand moulin était devenu le Petit Moulin (nom d’un chemin qui subsiste), tandis que le Petit moulin était nommé Moulin de Sautour. Le ru d’Orgeval y est nommé bizarrement « rû de Gonsaint » ; ce nom était celui d’une fontaine de Morainvilliers, commune qu’il traverse. Quant aux propriétaires de Chapet et de Bècheville, l’instituteur a ajouté un nom, par rapport à d’autres sources, entre le dernier seigneur de Bècheville et M. Bidermann qui les vendit au comte Daru : Jacques Roman, jusqu’en 1908. Il confirmait que le propriétaire était M. Dehaynin lorsqu’il a écrit à propos de la ferme de Sautour : « Cette ferme avait un moulin actionné par le ru d’Orgeval. Depuis une dizaine d’années, elle a été transformée en haras, qui compte une centaine de chevaux ». Il a décrit, également, le Petit moulin (précédemment Grand Moulin) : « Il a été possédé par les mêmes propriétaires que Sautour. Autrefois moulin actionné par le ru d’Orgeval, a été transformé, il y a une trentaine d’années d’abord en chamoiserie puis en mégisserie. Aujourd’hui l’ancienne roue hydraulique n’actionne plus qu’une machine à battre où la plupart des cultivateurs de Chapet vont battre leurs grains. »

Notons une mention de la monographie communale écrite par Paul Aubert vers 1936 : « Près de Bescheville est le haras de Sautour créé par M. Dousdebès. »

Ces monographies apportant des informations intéressantes, j’ai « feuilleté » également celles des Mureaux. L’instituteur mentionne le moulin de Bècheville : « Comme industrie, deux moulins, celui de Bècheville et cellui des Mureaux, en plein village, auxquels le Rû d’Orgeval fournit la force motrice. » Paul Aubert a précisé l’emplacement de ce deuxième moulin : à l’angle de la rue du Moulin et de la rue Paul Doumer. A propos de Bècheville, il nous donne une confirmation à propos de l’élevage de chevaux qu’il a nommé, par ailleurs, « haras de Sautour » : « Le haras de Bècheville, qui appartient à M. Dousdebès, est situé sur la commune de Chapet. »

Cet article a mis en évidence la proximité, géographique et historique, entre une partie importante de la commune des Mureaux et celle de Chapet ;  rappelons un lien ancien entre Chapetois et Villennois : au milieu du XVIe siècle, ils ont eu le même seigneur, Jacques Ier Bourdin, conseiller notaire et secrétaire du roi François Ier.

Notes et références

  1. http://www.journal-deux-rives.com/actu/07284-journees-patrimoine-nouveau-deux-jours-dinteressantes-visites-notre-territoire
  2. L’association d'équitation et de horse-ball  M.A.S.H. (Maisons-Laffitte Association Sportive Horse-ball) a fêté en juin 2018 son 20ème anniversaire. Son centre équestre est situé à Chapet (http://mash-horseball.wixsite.com).
  3. https://www.geoportail.gouv.fr/carte
  4. Si vous souhaitez localiser le haras sur une carte ou aller retrouver son emplacement, ses coordonnées GPS sont : 48,974548, 1,924083.

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