Vous êtes ici

Archives J2R

Des villes qui s’étiquettent « développement durable » mais qui pratiquent le désherbage chimique massif

Par: 
Lionel Wastl

Nos maires n’ont que ce mot à la bouche : « éco ! », « bio ! ». Ils ne jurent que par le développement durable : des actions municipales pour un développement raisonné, concerté et écologique. Et pendant ce temps-là, l’interco arrosent nos trottoirs de produits chimiques dangereux.

Attiré par le bruit d’un lourd véhicule circulant à très lente allure, je regarde dans ma rue : je découvre un camion-citerne et deux cosmonautes. Les hommes en combinaison aspergent les trottoirs. Inquiet, je sors et je leur demande ce qu’ils font : pas de réponse. Ou plutôt un « demandez à votre mairie. » Vexé et ne croyant pas mes yeux, je vais chercher mon appareil photo. De retour, l’un des cosmonautes s’avance et m’interpelle : « je ne veux pas que vous me preniez en photo ! »

Le témoignage d’un Andrésien, durant la première semaine de juillet, nous a amené à contacter les services administratifs de la Communauté d’agglomération des deux Rives qui ont été bien plus aimables et causants sur cet épisode.

 

Des éco-maires pas au courant des actions intercommunales anti-éco !

Mais que faisait cette escouade un peu futuriste dans les rues d’Andrésy ? « Du désherbage ! », nous a-t-on confirmé. Elle a parcouru la ville pendant une dizaine de jours avant de s’attaquer aux autres villes de l’interco.

Et oui : nos maires sont formidables ! C’est à qui signera la Charte des Maires pour l’Environnement (Carrières-sous-Poissy), c’est à qui se lancera dans un Agenda 21 (Andrésy et Carrières) ou qui proposera une semaine dédiée à l’environnement (Chanteloup)… Ils sont tous devenus de petits hommes verts. Certains s’étiquetent même « éco-maires » et ne parlent plus que « d’éco-quartiers, d’éco-ZAC… » !... Ils n’ont pas encore osé la « éco-autoroute » mais on ne désespère pas… Par contre, à l’échelle intercommunale, nos vice-présidents (les mêmes) passent un contrat de désherbage chimique des trottoirs avec une société spécialisée : Artec.

Au vu de la réaction du maire d’Andrésy (voir encadré), il se peut que la réalité soit simple : nos élus ne sont pas au courant de tout ce qui se passe au niveau intercommunal ! La machine bureaucratique de la Communauté d’agglomération des Deux Rives de la Seine semble leur échapper au regard de la pollution engendrée par le désherbage…

 

Un cocktail chimique à base de glufosinate d’ammonium et de flazasulfuron dans nos rues

L’analyse détaillée du cocktail laissé sur tous les trottoirs de nos communes laisse en effet rêveur…

Un produit qui en fait en recèle deux. D’abord un foliaire pour tuer les « mauvaises herbes » : la société Artec utilise le produit Final Way (marque Bayer) à base de glufosinate d’ammonium. C’est chimique, c’est totalement anti-biodiversité mais ce n’est pas encore trop grave : ce produit est assez rapidement biodégradable et ne recèle aucun danger particulier pour l’homme. Mais il faut se protéger quand on l’utilise (masque, gants, combinaison…) et surtout « éviter les projections sur les cultures » (mode d’emploi du produit). Espérons que nos deux cosmonautes ne passeront pas trop près des potagers privés…

L’autre produit chimique utilisé ne joue pas dans la même catégorie : il s’agit d’un anti-germinatif. Car une fois tuée, il ne faudrait pas que les « mauvaises graines » repoussent sur nos beaux trottoirs ! Il s’agit ici d’un produit de marque Aikido, à base de flazasulfuron.

 

La Seine polluée dans l’indifférence générale !

Le flazasulfuron est un produit chimique classé dans la catégorie N : « produit dangereux pour l’environnement ». Sur l’emballage : « ne pas traiter à moins de 20 mètres d’un point d’eau » car la flazasulfuron est très toxique pour les milieux aquatiques. Même les fournisseurs du produit (ici la société BASF, sur son site) insistent : le flazasulfuron « peut entraîner des effets néfastes à long terme pour l’environnement aquatique ». Or, plusieurs Andrésiens ont pu constater que la société ARTEC est passée à Andrésy sur les quais de Seine, désherbant côté habitation, soit à quelques mètres de la Seine ! Autant dire que l’utilisation d’un tel produit dans nos rues relève d’un scandale intercommunal…

Le vice-président Ribault interpellé en Conseil municipal

Interpellé (le 9 juillet) par l’opposition et par le public présent sur le passage de dangereux cosmonautes dans les artères de la ville, le maire et vice-président de la CA2R, Hugues Ribault, semblait découvrir la campagne de désherbage. Manifestement désolé et sincère, il a promis de s’informer immédiatement auprès des services intercommunaux.

Cette question soulevée a été l’occasion d’une première : le maire est allé féliciter les élus de l’opposition pour « leur intervention constructive » et a demandé de leur communiquer les informations dont ils disposaient afin de faire le nécessaire auprès de la Communauté d’agglomération.

Les 33 élus du conseil se sont ainsi séparés dans une ambiance conviviale pour des vacances d’été mérités après dix mois de discussions houleuses, de tensions et de recours administratifs (en cours)…

Si l’on peut comprendre que les municipalités veuillent lutter contre les « mauvaises herbes », le traitement chimique semble particulièrement choquant dans des villes qui se veulent exemplaires en matière d’environnement. La Communauté d’Agglomération des Deux Rives a beaucoup de chemin à faire pour rattraper les communes qui ne se limitent pas à « l’éco-discours » bien pensant.

 

Un désherbage raisonné existe pas loin de chez nous : à Conflans

Tout près de chez nous, Conflans Sainte-Honorine s’est engagée à réduire drastiquement l’utilisation de produits phytosanitaires (réduction de 10 % par an, suppression en 2014). La ville a investi dans les techniques alternatives : les désherbages thermique et mécanique. [1]

A peine plus loin, la commune de Saint-Ouen a une politique similaire et un discours qui en dit long sur la politique de désherbage de notre propre interco : « les produits chimiques utilisés habituellement appartiennent à la famille des pesticides. Le risque de pollutions des eaux, des sols et des nappes souterraines est réel via le ruissellement des produits épandus notamment vers les égouts. L’enjeu est alors de désherber autrement en préférant des solutions de plus en plus naturelles. » [2]

Espérons que l’arrivée de Pierre Cardo à la tête de notre Communauté d’agglomération sera le signe d’une véritable impulsion en matière d’actions de développement durable.

Publicité