Vous êtes ici

Archives J2R

Les députés absentéistes des Yvelines

Par: 
Lionel Wastl

Le site Lesinfos.com a réalisé un classement des députés français selon leur nombre d’interventions réalisées à l’Assemblée nationale depuis les dernières législatives de juin 2008. Les Yvelines ont le triste record d’avoir en ses rangs la lanterne rouge des 577 députés : Pierre Bédier.

 

Le décompte du nombre d’interventions et d’écrits réalisés par les six députés du nord du département, tous UMP, est très instructif. L’assiduité et le travail de nos élus nationaux sont fort variables. Le bilan global n’est guère reluisant : leur classement moyen les situe à la 338ème place sur 577, soit en dessous de la médiane et parmi la tranche des 40-50 % les moins assidus. Pire : deux de nos députés se situent parmi le top 10 des absentéistes de France !

 

Deux députés exemplaires : MM. Lequiller et Morange

Pierre Lequiller sauve l’honneur des Yvelines avec un dynamisme remarquable : avec plus d’une centaine d’interventions dans les commissions, le député de Marly est même le seul des six à avoir déposé une proposition de loi. Notons aussi le très bon classement de Pierre Morange, député-maire de Chambourcy, très actif dans les commissions notamment.

Le médiatique député de Chanteloup se situe à une place fort médiocre, dans la seconde partie de tableau. Gageons que sa démission de son poste de maire lui laissera plus de temps pour se consacrer à sa députation…

 

Assemblée nationale, Conseil général, tribunal :

on ne peut pas être partout !

Au-delà de la… 500ème position se trouvent nos trois députés restants (MM. Masdeu-Arus, Cuq et Bédier). Jacques Masdeu-Arus, maire déchu de Poissy, est aux abonnées absents du Palais Bourbon. Il fait partie des 10 à 15 % des députés les moins assidus.

Mais la palme revient à Pierre Bédier, dont le bilan frise le néant : aucune intervention en séance ni en commission, aucun rapport produit, aucune proposition de loi et aucune question posée. Rien : zéro pointé sur toute la ligne. Pierre Bédier est classé dernier des 577 députés. Quelle mauvaise surprise pour ses électeurs mantois et ancien Secrétaire d’Etat de gouvernement !… C’est à se demander si Pierre Bédier connaît le chemin de l’Assemblée nationale !

L’un, J. Masdeu-Arus, très actif pour soutenir le projet de la francilienne, l’autre, P. Bédier, intarissable sur « son » projet de Circuit de F1 à Flins, se retrouvent tout les deux avec un bonnet d’âne sur la tête.

Mais ils ont probablement une même excuse : celle d’avoir dû essuyer leur fond de culotte dans les bureaux des juges d’instruction et sur les bancs du tribunal correctionnel de Paris. Tous les deux condamnés, ces deux députés n’ont guère eu le temps de s’investir comme il se doit dans leur fonction de député.

Le troisième larron, Henri Cuq, député des Mureaux, n’a eu, en une année, qu’une seule intervention à son actif (en commission).

 

Absentéisme et cumul des mandats

En nous limitant à nos six députés, le lien entre l’absentéisme et le cumul des mandats n’est pas évident : grand défenseur du cumul, Pierre Morange est actif malgré sa double fonction (mais Chambourcy est une modeste commune). Pierre Lequiller a un bilan d’autant plus flatteur qu’il est aussi vice-président du Conseil général des Yvelines ! Par contre, on ne peut décemment présider un département entier et légiférer au niveau national : l’exemple de Pierre Bédier semble confirmer l’excès de cumul.

Pour Marc Laffineur, vice-président de l’Assemblée nationale, il ne fait néanmoins aucun doute quant au lien entre le faible travail des députés et l’accumulation des mandats : « il faudra bien aborder le cumul des mandats, c’est une chose certaine. On ne peut pas être à la fois président de région, maire d’une grande ville, conseiller... et titulaire d’un mandat parlementaire. C’est totalement incompatible. » [1] A bon entendeur...

 

Les limites du classement

Interrogé sur son classement très moyen, Pierre Cardo nous confirme que « cette législature [le] passionne moins ». Cette baisse de motivation ne serait-elle pas une conséquence de cette hyper présidence qui réduit les députés UMP à des rôles de godillots ?

Néanmoins, Pierre Cardo insiste pour relativiser ces statistiques : « elles ne rendent pas compte de notre travail de terrain, ni de notre participation à des groupes de travail ou à des réunions informelles ».

Ajoutons une autre limite : l’absence de dimension qualitative du travail des députés. Le nombre d’interventions à l’Assemblée nationale ne dit rien, en effet, sur leur contenu et leur pertinence.

 

5200 € nets par mois

Tout en étant conscient des limites de ce genre de classement, le bilan des six députés des Yvelines nord n’est guère flatteur. Tout cela ne serait pas trop grave si la fonction de député était bénévole… Rappelons que les indemnités parlementaires nettes s’élèvent à plus de 5 200 € par mois. Imagine t-on, un cadre supérieur absentéiste dans le privé garder son poste et ses émoluments ?

L’Assemblée nationale vient d’ailleurs de renforcer les sanctions pour absentéisme : les députés qui « sèchent » plus de deux fois par mois la commission du mercredi matin verront leur indemnité de fonction réduite de... 350 €. Demandée par la Commission Balladur, chargée de la modernisation des institutions politiques, l’interdiction du cumul des mandats a néanmoins été abandonnée par le Président Sarkozy, sous la pression des députés français.

Publicité