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Hommage

Dans les pas de Mirbeau (1848-1917) et des artistes à Triel

Par : 
Jean-Paul Kervadec

Jean-Paul Kevadec, membre de la société Octave Mirbeau, a pris sa plume pour raconter le lien entre la ville de Triel et des artistes depuis le XIXe siècle. 

 

L'assemblée générale 2018 de la Société Octave Mirbeau s'est tenue le 5 mai à Triel, dans la salle des mariages de la Maison Senet, propriété communale. Elégant édifice construit à la fin du XIXe siècle par le parfumeur Eugène Senet, maire de la ville de 1900 à 1906.

La cinquantaine de participants, certains venus d'Allemagne et de Belgique, ont trouvé à leur goût la villa et son parc attenant, propices à leurs travaux et agapes vespérales.

 

Sous la férule de Claude Barouh et de l'association Triel, Mémoire & Histoire, les mirbeauphiles et mirbeaulogues ont pu visiter Triel en marchant dans les pas des artistes qui y ont vécu. Et ils sont nombreux !

Au début du parcours, passage évidemment obligé devant le Théâtre Octave Mirbeauoù le soir était donnée une représentation des Farces et Moralités de notre auteur par l'excellente troupe trielloise Les Comédiens de la Tour.

Par l'ancien chemin de halage, le long de la rive droite de la Seine, sous un magnifique soleil déclinant, le groupe s'est arrêté devant la villa [Stieldorf], que Guy de Maupassant (1850-1893)  a louée pour y écrire au calme, juste devant le fleuve. Une des rares personnes que Mirbeau ait jamais tutoyée. A Paris ils fréquentaient la même bohème littéraire, mais Mirbeau finit par se lasser de son ancien complice. Il ne supportait plus son « snobisme » et son « réclamisme », comme l'écrit le mirbeaulogue - ô combien -  Pierre Michel.

A une encablure, nous nous sommes transportés, toujours pedibus cum jambis devant la résidence Beaurivage, construite en 1965 à l'emplacement de la propriété de la Belle Otero (1868-1965), que la célèbre cantatrice et courtisane habita pendant cinq ans. Elle fut une bienfaitrice de la commune et de la paroisse, mais elle termina sa vie à Nice, ruinée par sa passion du jeu.

Nous sommes remontés devant la villa Les Figuiers avec une guide de choix, Elena Fornero-Sandrone, qui n'est autre que la propriétaire de la demeure, actuellement louée, venue spécialement d'Allemagne pour la Société Octave Mirbeau. La maison avait été [louée] en 1914 par un jeune écrivain francophone, d'origine égyptienne, Albert Adès (1893-1921). Sur la façade, une plaque émouvante : «Ici vécut le romancier Albert Adès 1893-1921. Triel changea le cours de son trop bref destin. L'amitié de Mirbeau éclaira son chemin. Sa fille 1971».

Visite prolongée, sous la conduite d'une guide particulièrement experte, de l'église Saint Martin,  XIII, XIV, XV, XVIes siècles se raccordant avec des adjonctions hardies. La rue Galande passe sous le chœur par une fameuse voûte, si typique et rare. Que dire des vitraux du XVIe siècle commentés par notre guide inspirée ?

Puis, apothéose de notre montée au Golgotha, la maison qu'Octave Mirbeau, notre grand écrivain polémiste, membre de l'Académie Goncourt dès sa création, s'était fait construire en 1908 sur les hauteurs de Cheverchemont (rue Général Leclerc, à l'angle de la rue qui porte son nom aujourd'hui), au milieu d'un parc plein de roses et de peupliers. « Regardez comme c'est beau », disait Mirbeau, désignant la vallée et les îles de la Seine, Triel et son église. Grand collectionneur d'art, sa maison était garnie de chefs-d'œuvre, des Cézanne, des Monet, des Van Gogh, des Pissarro, des Renoir, des Rodin, des Maillol... Il les avaient acquis à une époque où ils étaient ignorés du public et méprisés de l'élite. Quand on voit l'état de délabrement actuel de la maison et du parc, on ne peut que souhaiter leur réhabilitation par des moyens financiers publics ou privés. Vite, il est grand temps !

D'autre artistes ont vécu à Triel. Comment ne pas citer Zola (1840-1902), les poètes Paul Alexis (1847-1901), que Mirbeau fréquentait, et Paul Fort (1872-1960). Une mention spéciale pour la truculente actrice Denise Grey (1896-1996 ) qui vécut une dizaine d'années à Triel sur les hauteurs de l'Hautil, où elle se livra même à l'élevage industriel de poulets. « J'y ai laissé des plumes », racontait-elle avec malice. Nous avons eu le privilège de la rencontrer en Bretagne. Elle avait une propriété au bord du Golfe du Morbihan, dans la commune d'Arradon, où elle est inhumée. Celle-ci est proche de lieux fréquentés par Mirbeau : Penboc'h et Kérisper près de Vannes.

Triel, vraiment une commune aimée des artistes et des... mirbeauphiles !

Note :

1. Sources : Triel-sur-Seine, son histoire, ses légendes, Georges Beaujard et Daniel Biget, Editions du Valhermeil, 2011.                                                                                                                

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