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ACTU - Politique -

Andrésy : un voyage au Maroc embarrassant

Par: 
Lionel Wastl

Le maire d’Andrésy et sa femme ont participé au voyage organisé par le Centre d’Action sociale : leur séjour a été financé par les contribuables andrésiens. Au moment où la majorité UMP/NC d’Andrésy augmente les impôts locaux de 12,9 %, ce voyage a déchaîné le groupe d’opposition, Andrésy Citoyenne : tract sur toute la ville et débats houleux en conseil municipal.

Comme tous les ans, le Centre Communal d’Action Sociale (CCAS) d’Andrésy a organisé un voyage pour les plus de 65 ans. Cette année, direction le Maroc. Nos 68 seniors se sont installés dans l’hôtel (4 étoiles) Coralia Palmariva, en pleine Palmeraie de Marrakech, havre de paix et de douceur. Le décor était somptueux : les chambres donnaient sur des jardins andalous et une splendide piscine. Nos voyageurs ont pu profiter de la piscine, des tennis, du mini-golf.

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Un jardin intérieur du Coralia Club Marrakech Palmariva

Le centre de remise en forme (avec hammam, sauna et massage) a eu beaucoup de succès. Les seniors andrésiens ont aussi passé une journée dans les monts de l’Atlas en 4x4 et visiter les souks et la ville historique de Marrakech. Bref, une « semaine de vacances féeriques », pouvait-on lire dans le journal municipal de novembre…

 

La femme du maire, accompagnatrice du voyage

 

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Une chambre du Coralia Club Marrakech Palmariva

En compagnie des seniors, trois « accompagnatrices » ont encadré ce voyage : la maire adjointe aux solidarités, A. Delouze-Wolf, la femme du maire, Chantal Ribault et une employée municipale. Le maire, Hugues Ribault, (accompagné par La Directrice générale des Services de la ville et par la directrice des Affaires sociales) a rejoint sa femme au Maroc, pour y passer deux nuits. Les séjours de ces six personnes ont été financés par la ville d’Andrésy.

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La piscine du Coralia Club Marrakech Palmariva

L’opposition Andrésy Citoyenne, emmenée par Michèle Château, s’est engouffrée dans la brèche pour y dénoncer, d’abord, la présence d’une délégation qu’elle estime « pléthorique » et surtout le financement par les contribuables andrésiens du voyage de M. & Mme Ribault, au moment où les Andrésiens « doivent se serrer la ceinture face à l’augmentation considérable de la pression fiscale, décidée et votée par la majorité de M. Ribault ». Michèle Château déplore que le Conseil d’administration du CCAS (dont elle fait partie) n’ait jamais donné son accord au départ de Chantal Ribault : « nous avons été mis devant le fait accompli », a-t-elle déploré en plein Conseil municipal. Autre élu de l’opposition, Julien Besnard se demande si « Mme Ribault a des qualifications particulières pour encadrer des seniors ».

 

Le maire réagit aux attaques de l’opposition

 

Lors du Conseil municipal de décembre, M. Ribault est revenu sur cette affaire qui prenait de l’ampleur sur la ville, après que l’opposition avait distribué un tract mettant en parallèle la hausse des impôts et des dépenses considérées comme « superflues ».

Le maire a voulu jouer la transparence : « mon bref séjour au Maroc, accompagné par les directrices communales, a coûté 1 360 € ». [1] Il a rappelé que, de leur côté, les accompagnatrices du voyage ont été « indispensables aux nécessités d’assistance et de sécurité auprès des seniors. Les nombreux remerciements qu’elles ont eu des seniors permettront, je l’espère, d’atténuer l’impact de telles affirmations bien regrettables ». M. Ribault a insisté pour souligner « l’action efficace et chaleureuse » de sa femme.

 

Mme Ribault : une personne-clé dans le dispositif du maire

 

L’épouse du Maire est depuis longtemps une personne active et dynamique sur la ville. Elle n’a jamais hésité à s’engager aux côtés de son mari. C’est ainsi que la femme du maire était portée à la tête de la commission communale des impôts directs en charge de la révision des taux de taxe locale… au moment où la majorité de M. Ribault votait la hausse de la fiscalité locale, lors du conseil municipal de mai 2008. Les membres de cette commission émettent un avis sur les valeurs locatives de la ville. Il doit s’agir, selon le maire, « d’Andrésiens non concernés par la Municipalité ou le rôle d’élu » : le choix de Mme Ribault comme première titulaire peut donc légèrement surprendre.

Plus loin dans le passé, l’opposition s’était déjà insurgée contre ce qu’elle considérait comme un mélange des genres contestable, d’un point de vue éthique. En mars 2003, la femme du maire avait intégré un groupe de travail devant travailler sur « l’identité de la ville et son mobilier urbain ». L’opposition socialiste de l’époque n’avait guère goûter ce choix et s’était exclamée en Conseil municipal [2] : « ça reste donc en famille ! ». Hugues Ribault rétorqua alors qu’il trouvait normal « qu’une femme d’élu travaille pour la ville ».

La meilleure défense étant l’attaque, le maire d’Andrésy a affirmé que Mme Château « faisait exactement la même chose lorsqu’elle était présidente du CCAS » [lors de la mandature de Jean-François Thil (PS) entre 1995 et 2001]. M. Ribault a rappelé que le mari de Mme Château était parti lui aussi. Ce à quoi Mme Château a réagi vivement en rappelant que son mari « avait été accompagnateur bénévole et que, elle, avait payé son voyage à l’époque ».

 

Le maire au Maroc pour du « contrôle qualité »...

 

Autre point d’achoppement : mais qu’allait donc faire le maire au Maroc, si ce n’est retrouver sa femme dans la palmeraie et profiter de quelques jours de farniente, finalement bien mérités ? M. Ribault a justifié son séjour de trois jours : « je suis allé constater la qualité du séjour : elle n’était d’ailleurs pas conforme à nos attentes » - ce qui a eu le don de faire sourire l’opposition : « partir pour du « contrôle qualité », alors qu’une maire adjointe faisait déjà partie de la délégation ? », s’est-elle amusée à souligner.

Ainsi donc, le maire d’Andrésy s’est senti obligé d’aller passer deux nuits à Marrakech pour du « contrôle qualité »… Ce dévouement à la tâche et ce sens des responsabilités doivent devenir la ligne directrice de nos édiles : vivement le « contrôle qualité » réalisé directement par le maire dans les cantines scolaires de nos bambins, ou sur le parcours des 20 Bornes, maintenant que cette course pédestre devient qualificative pour le championnat de France ! Verra t-on aussi M. Ribault « contrôler la qualité » du nouveau bassin de la piscine ? Ou encore pousser un landau sur les trottoirs du centre ville pour « contrôler la qualité » du passage des familles andrésiennes désireuses d’aller faire leurs courses ?

 

De l’éthique en politique...

 

Toujours pendant ce conseil municipal de décembre, le ton est monté entre le maire et l’élu de l’opposition Julien Besnard, ce dernier trouvant « scandaleux que des élus qui ont des indemnités se fassent payer des voyages par la ville ». La réponse de M. Ribault fut cinglante : « M. Besnard raconte n’importe quoi, il doit faire attention ». Le maire, pour clore le débat, a rappelé qu’il « faisait ce qu’il voulait ».

En définitive, chacun est un peu dans son rôle : l’opposition s’agite et s’offusque. Mais aurait-elle fait différemment si elle avait été au pouvoir ?

La majorité, forte de sa légitimité obtenue dans les urnes et au pouvoir maintenant depuis huit ans, dirige sans complexe la ville et profite aussi des « petits avantages » que procurent le pouvoir local. Mais n’oublie t-elle pas que la fonction politique doit intégrer une dimension déontologique ?…

Ce regrettable manquement risque de troubler davantage les citoyens andrésiens déjà fortement tentés par l’abstentionnisme.

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