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ACTU - Transports -

A 104 et Grenelle de l’Environnement : le COPRA plus fort que jamais

Par: 
Lionel Wastl

Le puissant collectif anti A104 a réuni plus de quatre cents personnes pour son Assemblée générale annuelle à Conflans Sainte Honorine, le 19 novembre, avec la présence de leur avocate, Corinne Lepage. Changements de majorité aux dernières municipales, Grenelle de l’Environnement, déficit budgétaire : le contexte est devenu bien plus favorable pour tout ceux qui ne veulent pas d’autoroute dans les Yvelines et Val d’Oise.

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Tracé vert de l’ A104 défini en 2006 (source http://www.copra184.org) - cliquer sur l’image pour agrandir ...

C’est la première fois depuis très longtemps que l’optimisme semblait l’emporter sur les inquiétudes. Il faut dire que le Grenelle de l’Environnement est passé par là : les nouvelles orientations en matière de protection de l’environnement ont calmé les ardeurs des acteurs institutionnels pro autoroutes – élus locaux et entreprises.

Le prolongement de la francilienne décidé par le Gouvernement De Villepin, entre Méry sur Oise et Orgeval, qui coupe en deux des villes comme Conflans ou Carrières sous Poissy, qui traverse trois fois la Seine et qui charriera près de 150 000 véhicules par jour semble effectivement impensable, aux yeux du COPRA, tant il aura des impacts terribles sur des centaines de milliers de personnes.

Le COPRA s’est par ailleurs renforcé durant l’année 2008 : il a reçu de nombreux soutiens financiers et a adhéré au collectif associatif France Nature Environnement. Le collectif a multiplié les rencontres durant cette année [Voir l’intervention du Président du COPRA sur notre site]

Corinne Lepage : « Une autoroute en contradiction complète avec les principes édictés par le Grenelle de l’Environnement »

Dans une brillante plaidoirie, l’avocate du COPRA, Corinne Lepage, a d’abord ironisé sur les soi disant bienfaits de la francilienne : comment pourra t-elle, notamment, solutionner les problèmes de circulation alors qu’elle se déversera sur la A13, déjà saturée (aucun prolongement n’est en effet possible par le sud : la plaine de Versailles et la Vallée de Chevreuse étant classées) ?

Mais surtout, Corinne Lepage a rappelé que ce projet était en totale contradiction avec les objectifs du Grenelle de l’Environnement.

Elle s’est notamment opposée à la position des maires de notre intercommunalité favorables à ce projet autoroutier : le maire d’Andrésy, par exemple, a affirmé, en juin dernier devant ses habitants, que ce nouveau tronçon était bien une « voie de contournement » de zones urbaines, ce que tolérait le Grenelle. Les maires de Triel, Verneuil, Chanteloup et Andrésy ont plusieurs fois rappelé que cette autoroute était nécessaire au développement économique de la Boucle de Seine. La célèbre avocate et membre du MoDem a rappelé qu’aucune étude économique n’avait pu prouver le lien développement économique/autoroute. A cette occasion, l’un des membres fondateurs du COPRA, Victor Blot a ironisé sur le fait que « le chômage se réduirait avec les kilomètres de bitume qui seraient déversés dans nos villes et nos poumons verts ».

L’avocate a rappelé que tout projet routier était dorénavant soumis au principe « d’inversion de la charge de la preuve » : les concepteurs doivent ainsi prouver qu’un autre projet ne sera pas plus efficace en terme de « développement durable ». Ce qui ne semble pas difficile à démontrer dans le cas du tracé vert !

Enfin, que dire du coût budgétaire de ce tronçon autoroutier, en pleine période de marasme économique ! Le projet A104 est le plus coûteux de France (2 milliards d’€) : comment tolérer une telle dépense qui, parallèlement, accroîtra les émissions de gaz à effet de serre, en Ile-de-France, de près de 30 % ? [Voir l’intervention de C. Lepage sur notre site]

Carrières, Conflans, Poissy et Maurecourt : un front uni contre l’autoroute

Autre temps fort de la soirée : les discours des trois seuls maires présents, tous opposés au tracé vert. Le public fit un accueil chaleureux aux deux nouveaux édiles de Poissy (Richard Bertrand, MoDem) et de Carrières (Eddie Aït, PRG). Ils étaient accompagnés par le maire de Maurecourt, Gérald Rutault (DVG).

Le maire de Poissy, dans une courte intervention assez politique, a semblé déterminé : « chaque fois que la DDE tente de s’installer dans notre ville [pour faire des repérages techniques préalables], on fait des recours administratifs, parce que cette autoroute, on n’en veut pas à Poissy ». M. Bertrand a, par ailleurs, appelé à l’arrêt « des divisions entre les maires : nous devons nous réunir et réfléchir à un aménagement de notre territoire ». Le maire de Poissy s’en est enfin pris au Conseil général des Yvelines et à son Président [M. Bédier] qui tenteraient, avec l’Etat, d’imposer un aménagement par le biais de l’Opération d’Intérêt national (OIN). [Voir l’intervention de M. Bertrand, sur notre site]

Très à l’aise, Eddie Aït a rappelé sa ferme opposition à cette autoroute. Un argument qui a fait mouche : « les trois villes, Carrières, Conflans et Poissy, représentent plus de la moitié de la population impactée : c’est bien maintenant la majorité de la population concernée qui est contre ! ». M. Aït a exigé une « levée des emprises foncières ». [Voir l’intervention de M. Aït, sur notre site] Déjà excessivement discret pendant les débats publics, l’absence du maire de Conflans, Philippe Esnol décevait encore une fois le public venu nombreux.

Quelques maires absents s’étaient fait représentés par leurs adjoints, comme celui d’Achères. L’ancien maire d’Andrésy, Jean-François Thil, a tenu à rappeler, dans une intervention teintée d’émotions, qu’il fallait rester extrêmement vigilant sur ce dossier : le fameux tracé historique, le rouge, pourrait revenir dans le débat et être finalement imposé. [Voir l’intervention de JF Thil, ancien maire d’Andrésy]

En conclusion, le COPRA a rappelé que le « temps jouait maintenant pour nous », pendant que Mme Lepage rappelait que cette autoroute était « d’un autre temps, d’un autre siècle : le XXème ».

Et cela faisait des années que le public n’était pas sorti d’une réunion du COPRA avec le sourire.

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