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Migrants

Que sont-ils devenus ? Vahé, étudiant à la Sorbonne en cinéma et théâtre

Par : 
VAHE

La semaine dernière, Idy nous racontait son histoire ; aujourd'hui, c'est le tour de Vahé de témoigner. Bien qu'il soit arrivé en France à l'âge de huit ans avec sa famille, il n'a pas été facile de régulariser sa situation. En partenariat avec le réseau RESF, le J2R continue à publier les témoignages de ceux et celles qui sont passés par la frontière invisible du phénomène migratoire. 

Site RESF : http://www.resf78.ouvaton.org/spip.php?article297

 

 

Pour chaque histoire il y a un début. 
Moi, je suis né en Arménie. J’ai fui mon pays avec ma famille ou plutôt c’est grâce à ma famille que j’ai pu fuir mon pays. Si j’étais resté en Arménie, j’aurais été obligé de faire mon service militaire à 18 ans. Il faut savoir que le service militaire en Arménie n’est pas ce qu’on croit :  on te donne une arme et tu dois tirer.

Mes parents ont voulu m’offrir un avenir meilleur en quittant l’Arménie pour venir en France. Je suis arrivé en France en 2005 ; à cette époque, je n’avais que 8 ans, j'étais un petit garçon qui ignorait ce qui l’attendait dans ce pays étranger pour lui. Nous avons été accueillis par l’oncle de mon père, puis nous avons arpenté les villes de France, les quartiers malsains de Paris comme Pigalle, les foyers de Dreux, nous avons été hébergés par un habitant de Poigny-la-Forêt, Nous sommes maintenant dans les Yvelines.

J’ai fait ma scolarité en France, j’ai eu mon brevet, mon bac littéraire. Je me suis fait des amis, j’ai vécu des moments inoubliables qui m’ont marqué, comme par exemple mon premier Disney a l’âge de 8 ans et le festival d’Angers avec des amis. J’ai joué dans de nombreuses pièces durant mes quatre années de théâtre : Roméo et Juliette de Shakespeare, Les trois sœurs de Tchekhov, et bien d’autres encore. Je fais du judo depuis 7 ans ;  grâce au judo, j’ai fait une formation chez à la police nationale de l’Essonne [...].

Je vous dis tout ça mais sachez que j’ai vécu en France pendant 12 ans sans titre de séjour, j’étais un « sans papier ». A l’école et en cours, j’essayais de le cacher, j’avais peur que les autres découvrent que j’étais étranger sans papier mais, petit à petit, j’ai appris à faire face à ce qui m’entourait, grâce à beaucoup de personnes et d’amis qui m’ont soutenu, dont le groupe RESF qui m’a donné l’espoir d’obtenir mon titre de séjour. Vous vous demandez peut-être pourquoi j’ai dû attendre beaucoup de temps pour avoir un titre de séjour. En fait, c’est très simple, pour renouveler mon passeport arménien quand il a expiré, l’ambassade d’Arménie voulait que je retourne dans mon pays pour faire mon service militaire, mais mes parents ont dit non, et c’est grâce à RESF que j’ai pu faire les démarches à la préfecture de Versailles. Le préfet a fait une exception pour mon dossier et j’ai pu avoir mon titre de séjour. C’était un grand soulagement.

Aujourd’hui, j’ai 21 ans et j’étudie le cinéma et le théâtre à la Sorbonne nouvelle Paris 3. Je continue le judo (d’ailleurs pour la petite histoire, j’ai gagné les championnats de ceinture de couleur des Yvelines, troisième sur 26 en moins de 81 kg, et je suis ceinture noire maintenant). Mon rêve serait d’ouvrir un grand centre où je pourrais partager mes expériences dans le judo et l’art théâtral, et pourquoi pas réaliser un film sur le groupe RESF. Si vous êtes dans le même cas que moi, sachez que vous n’êtes pas seul dans votre situation et entourez-vous des gens qui veulent vous aider, ne vous enfermez pas sur vous-même. Ensemble nous sommes forts.

Je voudrais remercier toutes les personnes qui m’ont soutenu et aidé et qui m’ont permis d’arriver là où je suis aujourd’hui.

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