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Réfugiés

Un avant-goût des Etats Généraux des Migrations à la Péniche de Triel

Par : 
Rodrigo Acosta et correspondants

Le 4 mars 2018 se sont réunis, à la Péniche de Triel, une trentaine de réfugiés dans le cadre des Etats Généraux des Migrations, organisés au niveau national. Au nord des Yvelines, le collectif R-AMY, lancé officiellement le 7 mars à Versailles, a servi de relais de ces états généraux qui vont continuer à Mézy-sur-Seine, le 10 mars.

Ce fut un après-midi studieux pour l'ensemble des réfugiés et les bénévoles du réseau AMY(1), qui se sont rendus à la Péniche le 4 mars.  Dès le départ, après un accueil café, les organisateurs du comité Les Tilleuls de Triel ont résumé les attentes de cette réunion. Il s'agissait de recueillir des migrants des propositions qui seront consolidées et serviront de contribution à la journée du 10 mars à Mézy-sur-Seine. La trentaine de réfugié s'est répartie en sous-groupes de 8 à 10 personnes, animés par deux personnes d'AMY, et  se sont penchés sur trois questions basiques pour eux :

Que se passe-t-il bien dans la façon dont vous êtes accueillis en France ?
Que se passe-t-il mal dans la façon dont vous êtes accueillis en France ?
Que faut-il d’abord essayer de changer ?
 
En attendant la synthèse de ces apports et des réflexions de la part des réfugiés, il est important de voir que la méthode utilisée par le collectif AMY a été efficace à deux titres. D'abord, elle a permis d'identifier les grands thèmes et les obstacles de la procédure actuelle pour traiter la problématique d'immigration en France. Au-delà de l'obstacle de la langue (langues parlées par les animateurs, anglais ou français...), les migrants ont raconté leurs expériences pour ensuite les mettre en perspective du projet de loi. Certes, des lacunes existent dans l'état actuel de la loi, mais les réflexions de l'après-midi sont restées d'un ton positif. "La France est un pays de droits de l'Homme", a-t-on fait remarquer et quoiqu'il arrive, l'ensemble des Français sont accueillants et gentils.  Prochain rendez-vous à Mézy-sur-Seine !

 

Synthèse de la parole des migrants :

Qu’est ce qui se passe bien dans la façon dont vous êtes accueillis en France?
 

L’aide et l’attitude des citoyens

- l’accès à des cours de français par des comités, collectifs ou associations 

- le soutien des personnes, des associations 

- le respect, la gentillesse, le bon accueil, le sourire 

- les dons de nourriture, de vêtements et de couvertures 

- l’aide gratuite des avocats 

 

Le côté institutionnel

- l’assistance médicale gratuite (CMUC), la bonne prise en charge dans les hôpitaux 

- l’argent donné par le gouvernement (conditions matérielles d’accueil), les transports moins chers 

- l’hébergement 

- l’aide des assistantes sociales ;

- les explications de l’administration jugées suffisantes 

- une fois la procédure Dublin terminée, possibilité de faire une demande d’asile et peut-être de rester en France.

 

Qu’est ce qui se passe mal dans la façon dont vous êtes accueillis en France ?
 

La procédure de demande d’asile

- La procédure Dublin rend fou (NDLR : la demande d'asile ne peut pas être déposée en France si le migrant est rentré par un autre pays en Europe, si ce n'est au terme d'une longue et très complexe procédure)

- la procédure Dublin est injuste car un passage de quelques jours en Italie ou Bulgarie sans y avoir demandé l’asile implique tout de même le statut de « dubliné » en France ;

- les critères d’examen des droits d'un pays à l'autre de l'Europe ne sont pas les mêmes 

- pratiques des Préfectures ne sont pas alignées, créant un sentiment d’arbitraire 

- l’angoisse d’attendre les réponses de l’administration et les délais trop longs entre chaque étape 

- difficulté de trouver des interprètes dans certaines langues pour les entretiens OFPRA 

- Files nocturnes ou matinales dans les Préfectures 

 

Le soutien administratif

- mauvaises informations, pas de renseignements corrects, pas toujours au courant de leur situation administrative 

- pas assez d’assistance administrative pour les papiers, difficultés pour avoir un rendez-vous 

- délai trop long pour obtenir la CMU retarde les soins nécessaires

 

L’attente, l’intégration

- l’absence de cours de Français institutionnels au 1er jour de demande d’asile : perte de temps, retard à l’intégration 

- l’inactivité rend paresseux ;

- l’interdiction de travailler tant qu’on n’a pas de statut de réfugié 

- mêmes les réfugiés statutaires ont des difficultés pour obtenir une formation et un logement. Comment reprendre des études ?

 

L’hébergement et allocations

- Délais dans le 1er enregistrement et pas d’hébergement immédiat : tous ont été à la rue 

- le contrôle des entrées et des sorties dans les centres fermés est trop contraignante 

- problèmes dans certains hébergements : pas d’internet, pas assez de place pour dormir, pas de possibilité d’apporter de la nourriture, interdiction d’utiliser la cuisine, pas de laverie.

- changements fréquents de lieux de résidences imposés par l'administration créent des difficultés supplémentaires de socialisation 

- très grande précarité des migrants « en fuite » ou déboutés, sans ressources matérielles, et expulsables/expulsés de leur hébergement

- arrêt des ressources et allocations

 

Qu’est-ce qu’il faut d’abord essayer de changer ?

 

Reconsidérer la procédure de demande d’asile dès le départ :

- hébergement rapide, cours de Français dès le 1er enregistrement

- avoir le droit au travail et à la formation pour les demandeurs y compris Dublin, dès le début de la demande 

- la suppression de Dublin en priorité pour ceux qui n’ont jamais demandé l’asile dans un autre pays européen 

- raccourcir les délais d’obtention des papiers 

- mieux protéger les droits de l’Homme et en particulier ceux des réfugiés 

- besoin d’interprètes dans leur langue natale 

- aligner et clarifier les pratiques des Préfectures

 

Centres d’hébergement

- proposition de créer des vacations de psychiatre, psychologue et infirmière dans les centres d’hébergement. Besoin de personnel formé 

- mettre en place des activités et des occupations dans les centres d'hébergement

- Demande spéciale pour le Centre d'Hébergement d'Urgence de Triel : possibilité de préparer sa nourriture, avoir accès au micro-ondes en dehors des heures de repas, supprimer le contrôle des entrées et sorties, être au maximum 2 par chambre.

 

 

 
Note
1. Réseau pour l’Accueil des Migrants en Yvelines 
Site officiel des Etats Généraux des Migrations est https://eg-migrations.org/ur l’Accueil des Migrants en Yvelines
 

Photos de l'événement

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