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Transport fluvial

Port de fer contre pot de terre : la ténacité a payé

Par : 
Rodrigo Acosta

La décision du tribunal administratif de Versailles a scellé la fin de ce vieux rêve technocratique d'un autre âge ! Cette victoire symbolise la ténacité des habitants qui se sont montrés efficace pour démontrer "l'inutilité publique" de cet ouvrage. Un rappel des faits politiques et des actes méritoires qui ont conduit à ce résultat.  (DERNIERE NOUVELLE : la préfecture des Yvelines a fait, le 22 janvier, appel de la décision du tribunal administratif de Versailles. Rebelote !)

C’était une décision très attendue par les riverains et par les associations de protection de l’environnement ; initialement programmé pour le 21 décembre 2017, le jugement des magistrats de la Cour administrative de Versailles a été rendu le jeudi 11 janvier. Dans leurs ordonnances, les juges annulent la déclaration d’intérêt général et l’arrêté du préfet des Yvelines nécessaire à l’aménagement de la plateforme portuaire dans les communes de Carrières-sous-Poissy et Triel-sur-Seine.

Cette victoire appartient au collectif qui s'est constitué en 2013 : il a permis de mener une lutte acharnée sur deux plans, politique et environnemental. De plus, il a organisé une série de manifestations qui ont marqué les esprits de ceux et de celles qui avaient planifié ce projet d'une autre époque. 

D'abord, un citoyen-élu a fait bouger les frontières de l'impossible avec l'aide et le concours avisé de plusieurs conseillers de l'ombre. Anthony Effroy, conseiller municipal de Carrières-sous-Poissy et président de l’association Rives de Seine Nature Environnement, a été un catalyseur de premier niveau. Il a savouré cette victoire, en  déclarant que ce jugement s’inscrit dans la continuité des décisions défavorables qui ont ponctué ce projet depuis son lancement : « Après les avis défavorables de l’Autorité Environnementale (AE) et du commissaire-enquêteur, les conclusions particulièrement sévères du rapporteur public lors de l’audience du 7 décembre dernier, c’est au tour du Tribunal administratif de Versailles de sanctionner ce projet en annulant toutes les autorisations nécessaires à la réalisation de ce port industriel. »

Quant aux habitants de Villennes, ils ont pris leur part du combat : plusieurs manifestations fluviales ont retenti partout en Île-de-France. Le président de la copropriété de l'île a fait appel à un avocat de premier rang dans les cercles de la République. Il était, certes, parfois difficile de coordonner des actions diverses et variées, mais la présence de M. Michel Gatta, gérant de la Marina Saint-Louis a permis un ancrage dans le territoire et des actions festives, militantes à tonalité politique. Par exemple, à partir de la Marina Saint-Louis, la marche d'avril 2013 a rassemblé plus de 400 personnes dont le maire de Carrières-sous-Poissy, Christophe Delrieu(1)

Sur le plan politique, les élus écologistes, dont Mme Ghislaine Senée, ont participé à toutes les actions et ont fait bloquer les financements d'une partie des études préalables à la mise en place de ce projet. Les écolos ont été constants face à une myriade d'élus qui ont changé d'avis : M. Delrieu est arrivé au pouvoir en se positionnant contre le projet du port ; ensuite, il a trahi "ses convictions". Par contre, la prise de position du maire de Villennes de l'époque, M. François Gourdon, et de son conseil municipal a été un "coup de tonnerre" le 11 octobre 2013 : "On (était) contre le projet du Port de Triel et l'on assumait !". Certes, au départ il devait avoir juste une motion qui indiquait les contraintes écologiques et acoustiques si le port devait se faire. Toutefois, comme Ports de Paris avait annoncé par la voie de l'intercommunalité de l'époque (CA2RS) que la mixité entre le port industriel et le port de plaisance actuel n'était pas faisable techniquement, le maire  de Villennes avait demandé au conseil municipal de le suivre dans la démarche de s'opposer aux maîtres d'ouvrage, Ports de Paris et la CA2RS. "Ce projet apportait une nuisance considérable" et de ce fait, "il a regretté" de devoir s'opposer à ce projet. Il faut enfin mentionner l'ancien député Pierre Morange qui avait aussi dénoncé ce projet. 

Désormais, nous constatons que le vent a changé. Ainsi, Eddie Aït a salué dans un communiqué du 11 janvier  "la ténacité des opposants aux projets et demande à la Communauté urbaine Grand Paris Seine et Oise de réaliser une étude d’impact." Vraiment, nous aurons tout vu avec cet ancien maire de Carrières-sous-Poissy resté conseiller municipal, conseiller régional d’Île-de-France (Mouvement radical), membre de la commission Transports : pourfendeur de la Marina Saint-Louis, bétonneur et autoritaire quant aux projets tels l'éco-port de Triel et la Centralité.  Entre tables rondes et moratoires, tous les politiques devaient se rendre à l'évidence : ce projet n'était ni fait ni à faire. 

Les craintes des riverains générées par le projet de cette infrastructure portuaire, désormais légitimes, ont donc été plus fortes que les annonces de créations d’emplois et les discours sur les nécessités économiques du secteur. Après la décision de son annulation, il est, maintenant, urgent de faire réaliser une étude d’impact, afin de mesurer les conséquences sur l’aménagement et la desserte de l’Ecopôle situé à proximité immédiate. 

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