Vous êtes ici

Démocratie intercommunautaire

Elaboration du PLUi : les citoyens ont émis de nombreuses idées ; seront-ils entendus ?

Par : 
André Zienne

Huit ateliers citoyens ont été organisés par la Communauté urbaine Grand Paris Seine & Oise,  entre le 3 octobre et le 30 novembre. Un compte rendu du dernier peut donner une idée de l’ambiance et des résultats des précédents, qui se sont déroulés selon le même principe.

Les nombreuses propositions des participants sont intéressantes. Seront-elles prises en compte par les élus communautaires, tout particulièrement par Mme Suzanne Jaunet, vice-présidente de la communauté urbaine déléguée à l'urbanisme qui les a commentées, en les résumant ? 

Les ateliers citoyens, que les élus et les services de la Communauté urbaine Grand Paris Seine & Oise (GPS&O) destinaient à établir une concertation pour l’élaboration du Plan local d’urbanisme intercommunal (PLUi) sont terminés. La phase précédente, constituée de six réunions publiques, en octobre et en novembre 2016, pour réfléchir à l’avenir du nouveau territoire, et d’une séance de restitution en mars dernier, a été perçue par de nombreux participants comme une opération de communication.  En sera-t-il de même de ces ateliers citoyens ou bien leurs propositions seront-elles réellement prises en compte dans l’élaboration du PLUi ?

Une méthodologie déjà rodée

Après les ateliers citoyens de Magnanville, de Lainville-en-Vexin, d’Aubergenville et de Meulan-en-Yvelines, les deux derniers ont eu lieu dans la Maison des insectes du Parc du Peuple de l’herbe à Carrières-sous-Poissy, le 28 et le 30 novembre. Les participants (acteurs locaux, dirigeants d’associations, élus et habitants motivés…)  y étaient accueillis dans une salle entourée des panneaux de l’exposition « Îles de la Seine ». Ce cadre se prêtait bien à des réflexions pour « construire ensemble GPS&O », le fleuve constituant l’axe autour duquel notre territoire s‘organise.

Environ quarante participants ont travaillé une grande partie de la soirée, sans être dérangés par des insectes. Nous ne pouvions même pas entendre une mouche voler car les discussions étaient animées autour de six tables,  sous l’impulsion des rapporteurs qui devaient noter dans un livret, en un temps limité,  les idées émises.

Ce travail en groupes a suivi une introduction générale sur le projet, l’objectif étant que "chaque participant exprime sa vision et son usage du territoire" ; il était, également, demandé de définir des règles à mettre en œuvre pour respecter les objectifs écrits dans le Projet d’Aménagement et de Développement Durables (PADD), en matière de paysage, d’attractivité et de développement urbain autour des lieux de mobilité.

Les principales questions posées étaient les suivantes :
- Comment penser les liaisons entre espaces urbains et espaces naturels ?
- Quels espaces publics remarquables sont à préserver et à valoriser ?
- Comment aménager les zones d’activités, le commerce de proximité, les grands pôles commerciaux ?
- Comment organiser l’urbanisation autour des grands pôles de mobilité et limiter la consommation d’espaces ruraux et naturels ?

Un jeu en équipes

Une personne qui serait arrivée au milieu de la soirée aurait pu se demander s’il s’agissait d’une nouvelle émission de téléréalité, en voyant un participant lever les bras, comme dans de célèbres concours télévisés de cuisine ou de pâtisserie, à la fin du temps réglementaire.

Etait-ce un jeu de société, un jeu de stratégie tel que SimCity mais à l’ancienne, autour d’une carte de la partie orientale de notre territoire ?



La carte de chaque table devait être transmise à la suivante, après avoir été surchargée par des gommettes et des traits de différentes couleurs. L’une des participantes a fait bénéficier ses coéquipiers de son habitude des gommettes et des feutres de couleurs, expliquant qu'elle s’occupe de jeunes enfants. Sans entendre les propos sérieux échangés mais en apercevant l'animateur passer de table en table pour vérifier que tout se passait bien et donner quelques conseils, il était possible d’y voir les élèves d’une classe d’école maternelle. 

En fait, les trois tables de chaque côté de la salle n’étaient pas concurrentes ; elles devaient même se relayer, chacune traitant successivement les trois mêmes thématiques, mais en complétant ce qui avait été écrit par l’équipe précédente ou les deux précédentes. Une difficulté avait été introduite : le temps imparti diminuait pour le deuxième sujet  et,  encore plus, pour le troisième.

A la fin, il n’y a pas eu de gagnants. Les rapporteurs des six tables, celles de gauche et celles de droite, ont lu, sur le dernier livret empli, les idées formulées, déchiffrant parfois difficilement celles écrites par d’autres.

De sages propositions de bon sens

Ce travail en groupe, dans un contexte ludique, permettait-il de faire émerger des idées nouvelles et intéressantes sur les trois thématiques : paysage, attractivité, mobilité et urbanité. Etonnamment, les sujets abordés, malgré leur restriction et le caractère fermé des questions, ont généré un foisonnement d’idées. Certes, elles avaient presque toutes été déjà entendues mais elles ont montré le bon sens des participants et leur envie de maintenir un territoire où la vie soit agréable, en éliminant les difficultés connues et en empêchant de nouvelles nuisances.

Mme Suzanne Jaunet, vice-présidente de GPS&O déléguée à l’urbanisme, qui avait pris des notes au cours des restitutions de chaque groupe, les a résumées en les classant et en donnant son avis.

Paysage

- Maintien des parcs publics : contestation d’un Orgevalais relative à l’urbanisation du Parc de la Brunetterie et d’un Triellois à propos de la vente du Parc municipal, souhait de redonner vie à la piscine de Villennes (NDLR : La Plage de Villennes, dans la partie médanaise de l’île de Platais, dont des photos anciennes étaient visibles par tous sur un panneau) ;
- Préservation du bâtiment du Ciné.Ville de Conflans-Sainte-Honorine ;
- Dépollution des zones industrielles : certaines en zone PPRI peuvent devenir des zones naturelles, mais sur les propositions des maires ;
- Berges et îles de la Seine : préserver les îles naturelles et les rendre accessibles ;
- Refus du port industriel à Triel : il ne dépend pas entièrement de la communauté urbaine ;
- Arbres remarquables : demande de Mme Jaunet à chacun de compléter les informations communiquées par les communes pour inscrire les arbres remarquables, même ceux situés dans des propriétés privées ;
- Bâtiments industriels historiques : cas réussi de logements réalisés dans un ancien bâtiment de la société Cacao Barry à Hardricourt, projet intéressant à  Aubergenville, bâtiment superbe d’une ancienne biscuiterie industrielle à Mantes-la-Ville ;
- Voies vertes tout le long de la Seine : ce sujet intéresse tout le monde ; pour la communauté urbaine, les liaisons douces de loisirs doivent aussi être des voies vélo pour les déplacements quotidiens vers les gares et les centres-ville;
- Refus de constructions sur les espaces agricoles : la loi les interdisent, complètement ou de manière limitée pour usage agricole ;
- Pôles gares : la densification et la hauteur des bâtiments dépendront des villes (exemple d’un bâtiment plus haut, un « signal », à Epône-Mézières) ;
- Mutualisation des logements sociaux : la loi ne la permet pas, même entre deux communes ; il faut redemander aux parlementaires d’amender la loi ;
- Réhabiliter les cités avec de petits immeubles : il faut reloger les habitants, le turnover n’étant pas très important.

Mobilités

- Parkings : il est envisagé par la région que l’usage des parkings soit intégré dans le forfait Navigo ;
- Augmentation de la fréquence des trains : il faut attendre Eole, dont le chantier n’a pas de retard ;
- Augmentation du nombre de passerelles : celle de Carrières-sous-Poissy était l’une des conditions pour la construction du quartier de la Centralité ;  l’autre condition était la réalisation du pont d’Achères ;
- Garages de vélos sécurisés : ils favorisent l’usage des vélos ; un plan vélo est mis en place par GPS&O ;
- Déplacements sur la rive droite : Mme Jaunet partage l’avis qu’il ne faut pas oublier ce côté de la Seine, alors qu’Eole sera sur la rive gauche ;
- Navettes fluviales : une expérimentation sera organisée ;
- Téléphériques : celui prévu entre Les Mureaux et Meulan est à l’étude, depuis longtemps ;
- Covoiturage : il a été mis en place dans le Parc naturel du Vexin, avec un succès mitigé ;  sur le plateau sud, Blablacar a pris la main mais occupant les places de stationnement devant les quelques commerces ;
- Vidéosurveillance : l’initiative reste dans les communes.

Attractivité du territoire

- Zones d’activités : elles ont toutes besoin d’un lifting, pour les requalifier, notamment remplacer la signalétique ; conserver les zones libérées suite au « compactage » des entreprises, pour maintenir des zones d’emploi, en utilisant de petites surfaces pour des logements ; essayer d’avoir des zones tampons entre les zones d’activités et l’habitat ;
- Permaculture : un chantier sur 3 ha est en cours à Achères, où des paniers de légumes pourront bientôt être achetés ;
- Manque de transports dans les zones d’activités : les transports publics ne dépendent pas que de GPS&O mais aussi du STIF ;
- Nécessité de restauration et de services dans les zones d’activités : c’est évident mais la création de restaurants d’entreprises n’est pas facile ;
- Commerces : l’équilibre entre ceux des centres-ville et les centres commerciaux n’est pas simple ; problèmes de stationnement ;  GPS&O essaie d’apporter une aide pour maintenir des commerces alimentaires de proximité.

Par ses réponses, Mme Suzanne Jaunet a montré qu’elle connait bien les dossiers et qu’elle a des convictions mais sans dogmatisme, en particulier sur la nécessité d’infrastructures. En tant qu’élue d’Achères, elle est favorable au projet du pont devant relier sa ville à la rive droite de la Seine mais elle admet qu’il pourrait être établi à un autre emplacement que sur l’île de la Dérivation. Elle a fait preuve d’un franc-parler, fustigeant les entreprises et les organismes publics de transport : elle avait participé, le matin,  à une réunion de travail avec la SNCF qu’elle juge avancer à sa propre vitesse  (NDLR : celle-ci ne peut pas être appelée TGV) ; elle estime que le STIF (NDLR : récemment renommé Île-de-France Mobilités) n’est pas facile à « manipuler », même pour déplacer un abribus. Elle pointe les contradictions de l’Etat, qui demande à l’intercommunalité de construire 2800 logements par an et pénalise les communes qui n’ont pas la possibilité de respecter la loi SRU pour la construction de logement sociaux.

Attendons les comptes rendus qui seront publiés sur le site Internet construireensemblegpso, pour compléter cette  synthèse de la soirée et restituer l’ensemble des propositions des huit ateliers citoyens !

Nos élus reviendront-ils en phase avec les citoyens, leurs électeurs ?

La parole a, ensuite, été donnée aux participants, pour une question par table ; les sujets abordés ont été les suivants :
- Les espaces boisés remarquables, au-delà des arbres remarquables isolés, avec, en particulier, la menace sur le Bois de Verneuil ;
- Nécessité du développement de cultures bio pour des circuits courts ;
- Demande d’accès aux parkings communautaires sans carte Navigo, notamment pour les retraités ;
- Règlementation du commerce local pour qu’il n’y ait pas que des banques, des agences immobilières et des coiffeurs ;
- Règlement intercommunal de publicité.

La meilleure conclusion a été apportée par Thierry Dornberger, président de l’association ASAEECC « Bien vivre à Carrières ». Il a fait remarquer que tous les participants étaient d’accord sur chaque sujet mais que les résultats de l’exercice ne sont pas en adéquation avec les projets en cours, souvent soutenus par GPS&O, notamment par son président.  Il pense que la qualité de vie devrait être mise au centre de tous les projets. Selon ce responsable associatif très impliqué dans la vie locale, les propositions de l’atelier citoyen reviennent, à demander à toutes les collectivités territoriales (communauté urbaine, département, région) et à l’Etat d’avoir du bon sens.

Publicité