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Consommation et références historiques

Au secours, le Black Friday revient !

Par : 
Michel Kohn

Pourquoi, chaque année,  le quatrième vendredi du mois de novembre reçoit-il, désormais, un nom américain, qui n'engendre pas la joie ?Alors que les rites d'outre-Atlantique nous envahissent, le jeudi, jour d'action de grâce, et sa dinde légendaire nous reportent à l'époque de la conquête de l'Amérique.

 

Depuis quelques jours, nous recevons une multitude de courriels annonçant une prochaine journée funeste. Tous les médias (presse écrite, radio, télévision...) nous submergent d'annonces publicitaires relatives au Black Friday. Qu’en sera-t-il le vendredi 24 novembre, qualifié “noir” alors que, espérons-le, aucun nouvel attentat terroriste n’aura eu lieu et que la bourse ne se sera pas effondrée. Pourquoi, ce terme et le phénomène qu’il désigne continuent-ils à s’imposer en France ?

La « Black Friday Week »

En fait, c’est toute une semaine de ventes promotionnelles qui est annoncée par des sociétés bien françaises, suivant l’entreprise mondiale, qui aurait lancé cette pratique nord-américaine, chez nous, en 2010.

Un article C’EST QUOI LE « BLACK FRIDAY» ?, publié le 20 novembre 2017, par le journal Le Parisien sur son site Internet, commence ainsi : “ 2017 sera une année forte pour le Black Friday version française. Le rouleau compresseur américain est passé par là. Comme la célébration d’Halloween a grignoté l’hexagone, le marketing du vendredi noir s’installe sur la période des fêtes.” Cette affirmation reflète la réalité ; malheureusement le dernier paragraphe de l’article, intitulé Un Black Friday digital pour la France, utilise un terme anglais/américain, de plus en plus fréquent dans les médias à la place du mot français “numérique” !

Le site Internet du quotidien Le Figaro nous donnait, l’année dernière, des précisions : « Pendant une semaine, du 21 au 28 novembre, plus de 10 000 articles feront l'objet de rabais et ventes flash. L'an passé, près d'un million de produits ont été vendus en une seule journée, soit 660 par minute ! Depuis minuit, Amazon a déclenché les hostilités de sa "Black Friday Week". Au total, plus de 10 000 articles feront l'objet de rabais et ventes flash pendant une semaine." Compte tenu de la richesse de l'offre et des rabais proposés, cet événement est la plus vaste opération promotionnelle jamais organisée sur amazon.fr, indique Frédéric Duval, responsable d'Amazon en France. Elle permettra à nos clients de réaliser plusieurs millions d'euros d'économies." Encore inconnu en France il y a quelques années, le Black Friday - un phénomène venu des pays anglo-saxons - s'est imposé dans le paysage hexagonal. À un mois de Noël, il permet aux consommateurs de commencer leur shopping des fêtes en profitant d'importants discounts [sic]. ».

Quelle est l’origine du nom de cette tradition commerciale, le lendemain de la fête de Thanksgiving ? Cette appellation viendrait de son objectif d’accroître les ventes avant Noël : les commerçants marquant à l’encre rouge les déficits dans leurs comptes et à l’encre noire les profits, les soldes du « Black Friday » leur permettaient de passer du rouge au noir. Une autre explication est plus crédible : l'adjectif black, utilisé pour désigner les jours-clés du krach boursier de 1929, est réapparu à Philadelphie, un vendredi de décembre 1961, suite à d’énormes embouteillages provoqués par des supporters de football qui venaient chaque année y assister à un match ; certains avaient, alors, accru le désordre en se servant dans les magasins bondés.

Une dinde à l’Elysée, cette année ?

La politique libérale d’Emmanuel Macron le conduira-t-il à adopter une pratique des présidents des Etats-Unis : la grâce accordée à une dinde. Alors qu’environ 45 millions de dindes y sont consommées, chaque année, le 4ème jeudi de novembre, des économistes considèreraient ce nombre comme "un bon indicateur du moral des ménages américains" ! Cette coutume bizarre remonte à la fin des années 1980 : le président John F. Kennedy fut le premier à gracier l'une de ces volailles. Cette tradition a, récemment, évolué : l'administration américaine organise un vote sur les réseaux sociaux pour faire un choix entre deux dindes ; en fait, les deux candidates sont épargnées.Ce n’est pas en raison de ce geste laissant la vie sauve à un volatile obèse que les Québécois nomment « Action de grâce » le jour de Thanksgiving ; ils font référence à une fête importée d’Europe comme Halloween, qui est s’est imposée, à nouveau, dans notre continent, en particulier en France. A l’origine, celle-ci était une fête païenne traditionnelle originaire des îles anglo-celtes, célébrée dans la soirée précédant la fête chrétienne de la Toussaint. Son nom, contraction de l'anglais All Hallows even signifie « the eve of All Saints' Day », se traduisant comme « la veillée de la Toussaint ».

Quant à l’Action de grâce, elle a son origine dans les fêtes de la moisson célébrées par les paysans européens. Elle aurait été introduite en Amérique du Nord par un navigateur qui, cherchant le Passage du Nord-Ouest en 1578, avait fait escale sur l'île de Baffin pour rendre grâce à Dieu que son équipage soit toujours en bonne santé. Toutefois, d’autres navigateurs, les pilgrims du Mayflower, furent à l’origine de la tradition de Thanksgiving. Débarqués, en 1620, dans le Massachusetts, ils y fondèrent la ville de Plymouth. La moitié d’entre eux ayant succombé, victimes du scorbut, les autres survécurent grâce à une tribu indienne qui leur offrit de la nourriture, puis leur apprit à pêcher, à chasser et à cultiver du maïs. Afin de célébrer la première récolte, à l’automne suivant, le gouverneur décréta trois jours d'action de grâce. C'est ici qu'est intervenue une poule d'Inde, originaire d'amérique, mais que Christophe Colomb aurait nommée ainsi, persuadé d'avoir atteint les Indes orientales. Une dinde aurait figuré au menu du repas du premier Thanksgiving. En 1863, Abraham Lincoln fit de Thanksgiving un jour de fête nationale.

Alors que cette tradition n’a aucun lien avec notre propre histoire, pourquoi adopter le « Black Friday », le lendemain de l’Action de grâce ? Cette célébration nous serait imposée par une nouvelle religion, celle de la consommation.

Vous avez aimé le Black Friday, vous aurez le Cyber Monday !

Ce n'est pas fini !

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